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23 07 2014

Yvan Delatour descend aux enfers

Par Olivier Desmettre


Yvan Delatour descend aux enfers

© Élisabeth Roger

Réalisateur, en résidence d’écriture cinématographique au Chalet Mauriac, du 10 au 20 juillet, du 3 au 10 septembre, puis du 29 octobre au 6 novembre 2014.

Assis sur une vieille chaise blanche de jardin, à l’ombre des pins des Landes et de l’imposante façade rouge et crème du chalet Mauriac, par une chaude journée de juillet, vous êtes face à Yvan Delatour et, tandis qu’il répond à votre première question, vous ne pouvez manquer de remarquer l’intensité de son regard, la concentration passionnée qui le tend au moment de trouver les mots, ceux qui seront le reflet le plus exact de sa pensée et, dès lors, vous savez combien cet homme, là, peut-être devant vous, est en fait tout entier dans sa création.
Et quand il vous dit que c’est pour s’extraire quelques jours seulement de sa vie de famille nombreuse et bordelaise qu’il a choisi de solliciter ce temps de résidence, temps qu’il a préféré, pour cette raison de paternité, morceler en trois périodes, vous comprenez combien ces moments seront précieux pour lui.
Il vous dit aussi avoir d’abord envisagé l’écriture de ce qui serait un premier long-métrage, mais s’être vite rendu compte du temps trop important qu’il lui faudrait pour réunir la documentation nécessaire à ce projet. Alors, encouragé et soutenu par Écla Aquitaine notamment, il a préféré concentrer son travail sur l’écriture d’un moyen-métrage qu’il portait aussi depuis longtemps, dont le genre, inédit pour lui, relève du fantastique et dont le scénario est construit à partir des neufs cercles de L’Enfer, ceux de La Divine comédie de Dante Alighieri. Il dit aussi son envie, lui l’optimiste qui croit en l’homme, de s’intéresser cette fois à ses faces les plus sombres. Pour ce film à venir, il sait que son personnage principal descendra chaque niveau d’un parking souterrain, représentation contemporaine de ces cercles infernaux, croisant chaque fois un couple nouveau, jusqu’à atteindre, bien sûr, le neuvième sous-sol.
Son écriture est donc déjà bien avancée, mais ces moments de calme et de solitude vont lui permettent de préciser ce qui doit l’être encore, afin de pouvoir envisager ensuite, lors des deux séjours ultérieurs, un aboutissement de la forme.
Il dit que calme et solitude n’empêchent pas les temps informels de partage et d’échange avec les autres artistes résidents, au moment des repas, lors des veillées du soir où peuvent se montrer les films que l’on fait et ceux que l’on aime, et, cela, il dit qu’il a pu l’apprécier très vite, ayant le sentiment quasi immédiat d’avoir été là depuis longtemps déjà, lui qui est arrivé il y a quelques jours seulement. Il dit qu’il est trop tôt encore pour percevoir si flotte dans le chalet un esprit du lieu et s’il aurait même une influence sur son travail.
Pourtant, alors que vous croisez une dernière fois son regard intense en le remerciant de vous avoir accordé un peu de son temps, vous êtes sûr d’avoir vu quelque chose, au fond, qui y ressemble.

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