En vue 2018

28 03 2018

Un sans faute pour L’Aventure Lis tes Ratures

Par Chloé Marot


Un sans faute pour L’Aventure Lis tes Ratures

Photo : Virginie Wiblé-Dubuis

La septième édition de L’Aventure Lis tes Ratures s’est achevée dimanche 25 mars à Beychac-et-Cailleau, après quatre mois d’événements organisés dans la Communauté de communes de Saint-Loubès. Retour sur un festival convivial, local et exigeant.

 
Le succès de cette manifestation consacrée à la littérature pour la jeunesse ne cesse de croître avec une fréquentation en forte hausse cette année : 3500 visiteurs uniques ont bravé le mauvais temps pour assister aux trois journées de clôture de l’édition 2017-2018, soit 50% de plus que l’édition précédente.
 
Tout commence par une sélection qualitative, variée et pertinente opérée par les bibliothécaires de la CDC de Saint-Loubès. Cette bibliographie de 40 titres, classés par âge et destinés aux jeunes de 0 à 15 ans sert de socle à l’ensemble de la programmation de L’Aventure Lis tes Ratures. Ainsi, depuis le 25 novembre dernier, la manifestation a rassemblé six communes et autant de médiathèques (Beychac-et-Cailleau, Montussan, Sainte-Eulalie, Saint-Loubès, Saint-Sulpice-et-Cameyrac, Yvrac), 23 auteurs et illustrateurs participant à quelque 150 rencontres avec le jeune public et animant une quinzaine d’ateliers créatifs lors du Salon.
 
Pour Philippe Garrigue, Président de la CDC de Saint Loubès et Maire de Beychac-et-Cailleau, cette manifestation littéraire enfance et jeunesse atteste que la CDC « est engagée  dans une politique d’exigence et de cohérence culturelle sur l’ensemble de son territoire.» Et les enjeux sont aussi fondamentaux que divers : « Familial, pour renforcer le partage intergénérationnel autour du livre et de la découverte de nouvelles technologies avec le cyberspace. Culturel et social, pour favoriser la lutte contre l’exclusion, l’accès à la lecture, l’égalité de tous les enfants, la découverte de belles rencontres et le partage des idées. » Tout cela dans une ambiance chaleureuse et décontractée, pour mettre le plaisir de la lecture au centre.

 

La fidélité et l’engagement des partenaires, des gages de réussite

Soutenu activement par l’agence régionale Écla (prochainement intégrée à l’ALCA agence livre cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine), ce festival gratuit propose une programmation variée, qualitative et accessible soit en allant directement à la rencontre des publics dans les établissements scolaires ou les médiathèques, soit en proposant des ateliers, des spectacles, des tables-rondes et des expositions lors des trois jours du Salon.
 
Afin d’ancrer sa présence sur le territoire local, l’organisation et les partenaires de l’Aventure Lis tes Ratures ont adopté depuis plusieurs années une stratégie originale. En effet, la CDC, partenaire incontournable et fidèle, confie successivement à chacune des six communes qui la composent la responsabilité d’accueillir le Salon. Cet accueil tournant permet un véritable investissement des mairies autour d’un projet de territoire et de médiation culturelle destiné à tous les publics, ainsi qu’une mise en valeur des municipalités au-delà même de la CDC. Cette année, c’est Beychac-et-Cailleau, environ 2000 habitants, qui recevait ! C’est donc son maire, M. Garrigue, qui a inauguré les trois jours de Salon le vendredi 23 mars dans l’espace sportif de la trappe, comble pour l’occasion. Il faut dire que de nombreux auteurs/illustrateurs étaient disponibles et accessibles pour des échanges informels et conviviaux avec les jeunes et leurs familles. Auteurs régionaux, français voire européens ont présenté leurs ouvrages, parlé de leurs créations et signé leurs livres proposés sur le stand des libraires indépendants (la librairie Acacia, la librairie-papeterie Saint Aignan et la presse d’Yvrac).
 
 

Pour l’édition 2018-2019, ce sera la commune de Montussan qui accueillera le Festival.



C’est ainsi que l’ont pouvait repartir avec, par exemple, une dédicace de Davide Cali, Séverine Vidal, Arnaud Tiercelin ou Sandrine Revel, l’invitée d’honneur de cette édition. Pour l’édition 2018-2019, ce sera la commune de Montussan qui accueillera le Festival. Parmi les objectifs de développements envisagés, la volonté réaffirmée de toucher un public encore plus large : intégrer des classes de lycées à L’Aventure Lis tes Ratures et dépasser les frontière de la Communauté de communes de Saint-Loubès afin d’attirer des visiteurs issus d’une zone géographique plus vaste encore !
 

Qui a dit que les jeunes n’aimaient plus lire ?

Signe de la qualité de l’offre culturelle proposée aux enseignants et de la vitalité de la création contemporaine en littérature pour la jeunesse, 150 rencontres scolaires et périscolaires ont eu lieu, impliquant près de 120 structures (des classes en majorité, mais aussi des structures accueillant des jeunes). La création contemporaine était au cœur de nombreuses rencontres.
 
Comment fabrique-t-on un livre ? Comment travaillent les binômes auteur-illustrateur ? Quel est le rôle de l’éditeur dans le processus de création ? Existe-t-il des formes de censure en littérature jeunesse, que ce soit dans l’écriture ou dans l’illustration ? Toutes ces questions, et bien d’autres !, les enfants les ont posées aux artistes qu’ils ont eu la chance de recevoir dans leurs écoles. Parfois même, ce sont les classes qui sont à l’origine d’une création, comme l’a confié Davide Cali, l’auteur de Cours ! (éditions Sarbacane). Lors d’une intervention scolaire qu’il menait avec l’illustrateur Maurizio Quarello dans le cadre de Lis tes Ratures, ce dernier a dessiné un personnage en direct pour les enfants. Cette image a fait naître un début d’histoire dans la tête de Davide Cali, qui a révélé lors de la rencontre professionnelle précédant l’inauguration que les deux compères s’étaient mis à travailler sur le projet. Un nouvel album naîtra-t-il de ce moment d’échanges avec les élèves ?
 
À l’inverse, il arrive souvent que la création d’un auteur serve de terreau à des créations d’élèves. C’est ce que nous a raconté l’auteure-illustratrice Sandrine Revel. Invitée d’honneur de la 7ème édition, la Bordelaise s’est impliquée toute une année dans cette manifestation. Volontaire pour du compagnonnage, elle est allée à la rencontre d’une trentaine de classes d’écoles élémentaires ainsi que d’une classe de collégiens réparties sur le territoire afin de parler de son travail via son album de bande dessinée Hey Jude ! (éditions Casterman). Heureuse de l’expérience, elle est admirative du travail mené par les équipes enseignantes et leurs élèves. « Toutes les classes se sont investies et ont beaucoup travaillé. Certaines avaient beaucoup travaillé en amont de ma venue et m’ont présenté différentes entrées autour de Hey Jude ! Des professeurs ont plus travaillé autour du chien, d’autres sur les illustrations ou sur le texte. Il y a même deux classes qui m’ont offert un concert : les enfants m’ont joué « Hey Jude » des Beatles ! D’autres enseignants ont préféré utiliser ma visite comme point de départ pour travailler ensuite autour du livre et de ses thématiques. Quoi qu’il en soit, on peut voir l’implication qui a été fournie par les enfants autour de mon album puisque leurs travaux sont exposés pendant les trois jours du Salon. » Ce travail a été rendu possible grâce à l’implication active des enseignants, tous volontaires pour que leurs élèves participent au projet, mais aussi grâce à l’appui des inspectrices de circonscription de l’Éducation nationale, partenaire de la manifestation, rappelle Virginie Wiblé-Dubuis, chargée de communication pour cette édition.
 
 

"Cette année, ce sont 3850 enfants qui ont été touchés par les rencontres organisées en amont du Salon."
 

Frédéric Delhoume, opérateur culturel de L’Aventure Lis tes Ratures, souligne également l’engagement de la CDC, qui offre « une sélection complète de six ouvrages adaptés à l’âge des enfants pour les classes de primaire et quinze exemplaires d’un même titre à chaque classe de collège » souhaitant participer à la manifestation. Ainsi, « cette année, ce sont 3850 enfants qui ont été touchés par les rencontres organisées en amont du Salon. »
 
Un peu avant la clôture, les pleurs d’un enfant résonnent. Un garçon d’à peu près 3 ans reste planté devant un présentoir et pleure en disant à sa mère qu’il veut « le livre sur les monstres ». Elle lui explique gentiment qu’ils vont d’abord faire le tour pour regarder tous les livres, quitte à revenir ensuite. Rage et désespoir du petit qui n’a d’yeux que pour la  créature ornant la couverture du livre Un repas monstrueux de Tobias Krejtschi (Minedition). On sent la mère prête à céder. Une colère pour lire un livre lors d’une manifestation littéraire pour enfants, ca ne compte pas vraiment comme un caprice…
Après cela, qui osera encore dire que les jeunes n’aiment pas lire ?