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26 08 2015

Un rapport au temps différent

Propos recueillis par Olivier Desmettre


Un rapport au temps différent

En résidence au Chalet Mauriac du 16 au 23 mars 2015, puis du 10 au 20 août, l'auteure et réalisatrice Stéphanie Vasseur travaille à l’écriture du scénario de son premier long-métrage.

J’en suis plutôt au début et je crois que c’est la première fois où n’entre que de l’imaginaire dans ce que j’écris alors que, souvent, cela a des liens avec des thématiques pas toujours autobiographiques mais personnelles. J’ai écrit beaucoup de sketches pour la télé dans lesquels j’utilisais ma vie quotidienne, ou bien celle des autres autour de moi. Beaucoup de matériaux réels. Là, le scénario est original, tout est inventé.
 
J’ai déjà fait six courts-métrages. J’avais bien sûr imaginé pouvoir arriver au long-métrage plus tôt, selon une espèce de règle tacite : faire deux ou trois courts-métrages, et puis un long. Beaucoup de filmographies sont organisées ainsi. La mienne aussi allait dans ce sens.
Quand j’ai préparé mon troisième film, j’avais un projet de long-métrage bien avancé, le casting était même commencé. Mais ce troisième tournage s’est extraordinairement mal passé, un résultat très frustrant, pas du tout à la hauteur de ce que j’avais imaginé. Je n’avais pas trouvé mon équipe. Du coup, je ne me sentais pas assez solide, pas assez bien entourée… Même si je crois avoir formulé cela plus tard.
Alors j’ai mis ce projet de côté et je suis retournée au court-métrage. Et le quatrième a été le premier film dont j’étais vraiment contente. Du coup, faire les autres est devenu plus simple. Trois films réalisés en un an et demi alors qu’il m’avait fallu dix ans pour les trois premiers. Pas du tout la même énergie, le même plaisir, les mêmes résultats. C’est la raison pour laquelle les choses n’arrivent que maintenant, mais c’est mieux comme cela.
 
Le long-métrage est un rapport au temps très différent. Une endurance nécessaire à tous les niveaux. Cela a déjà été pour moi, au moment de l’écriture, le plus difficile à appréhender. Les premières années je n’arrivais pas à me figurer l’histoire dans sa globalité, c’était très compliqué. Comme je viens du très court, de sketches de 30 secondes, faire un film d’une demi-heure était déjà un pas énorme.
Bizarrement, cette maîtrise du temps long m’a demandé beaucoup de temps. Avec le recul, je m’en rends compte. Mais aujourd’hui mon temps de création est de plus en plus court, moins éparpillé. J’ai appris à construire. Avant j’avais tendance à écrire les dialogues très rapidement. Je venais de là, j’étais assez douée pour ça. Mais, notamment pour les longs-métrages, cela m’était préjudiciable. Alors je suis revenue aux fondamentaux, essentiels pour avoir une colonne vertébrale solide.
 
C’est vrai qu’il y a souvent des enfants dans mes films. Ce n’est pas plus compliqué de tourner avec des enfants, en tout cas je n’ai pas eu cette expérience. Il faut bien les choisir, sans se poser aucune question. C’est très intime, très intuitif, un peu comme on choisirait son amoureux ou son amoureuse. Un choix du cœur. Quelqu’un avec lequel on a envie de passer du temps, qu’on a envie de regarder. C’est à la fois très affectif et très professionnel. J’ai des critères très précis et en même temps je me laisse séduire.
Je ne sais pas pourquoi la présence de ces enfants. Je n’en ai pas, pas tant que cela non plus autour de moi. Je crois que c’est le lien, comme pour tout le monde, à ma propre enfance.
        
Mais ce nouveau scénario est assez différent de mes autres films. Il s’agit de la disparition d’un adolescent, le personnage principal étant la mère. À un moment, quand on se sent plus solide, techniquement et dans ce rapport au temps, on a envie d’aller vers quelque chose que l’on connaît moins, d’aller voir ailleurs.
 
Une semaine de résidence, ça paraît court mais en fait ça ne l’est pas tant que ça.
J’aime bien les belles maisons, je suis sensible à l’architecture, alors ici, au Chalet Mauriac, je suis gâtée ! Le parc aussi est important. Et, forcément, le fait que ce soit une maison d’écrivain. Cela n’imprègne pas l’atmosphère, mais on sait où l’on est. Cela ne donne pas une responsabilité, mais on est là pour écrire. Un peu comme si cela nous le rappelait. Et c’est bien.

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