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18 05 2016

Sur les traces de Sébastien Laurier, jour 2

Par Sébastien Laurier


Sur les traces de Sébastien Laurier, jour 2

« Cheval » - Photo : Sébastien Laurier

Mercredi 18 mai. 11h.

Tout change, donc.
Cheval n’est plus Cheval mais est Cheval quand même. Cheval est le nom donné à mon vélo, compagnon de route d’Into Ze Landes et de la vie quotidienne. Or, Cheval a été volé.
C’est arrivé une nuit de mai dernier au cours de la fête du fleuve à Bordeaux. Alors que j’allais le prendre pour faire une lecture de L’Adieu au fleuve de Christophe Dabitch et Christophe Goussard, il avait disparu. Dans le hall de mon immeuble, j’avais oublié de l’attacher. Candeur ou négligence coupable, je m’en voulais et en voulais à la terre entière en arrivant (en retard) sur le Sicambre, le bateau-restaurant où je faisais la lecture. Très abattu, j’avais expliqué mon malheur à Christophe Goussard, le photographe du livre. Il m’avait dit qu’une de ses amies, à qui il était arrivé la même mésaventure (tragédie, plus précisément), avait posté un appel sur Facebook et avait réussi à récupérer son bien.
De retour chez moi, j’avais lancé un appel en demandant au voleur de bien vouloir ramener l’animal. Au cas où, je souhaitais par ailleurs une belle et longue vie à Cheval sans moi, en le remerciant pour ses bons et loyaux services. J’avais placardé le même appel sur la porte de mon immeuble. Le mot était resté quelques jours, le fil d’actualité de la toile avait emporté mon message plus vite qu’un torrent du pays basque et Cheval n’est jamais reparu.
Complètement désorienté, je ne pouvais pas me résoudre à aller chez un marchand de cycles, même chez saint-Christophe (mon réparateur de Talence). Une période de deuil s’avérait nécessaire. Je ne parvenais même plus à regarder les autres vélos dans la rue ; c’est cheval qui me manquait, c’est avec lui que je voulais continuer la vie. J’espérais secrètement qu’il revienne, comme dans les faits divers où on peut lire qu’un chat ou un chien a fait des centaines de kilomètres pour rejoindre son foyer. Une part de moi me disait  qu’il fallait peut-être envisager une autre solution, même provisoire.
J’ai donc nourri une relation « pansement », en utilisant pendant quelques semaines (mois ? le temps paraît si différent dans ces périodes) un des vélos de la ville de Bordeaux. Mais il est difficile d’établir un lien véritable quand on sait de part et d’autre qu’on n’est ensemble que pour un moment (je parle de vélo bien sûr, rien à voir avec une relation amoureuse, qui elle, se fout totalement du temps). Et puis, c’est bien gentil ces bestioles-là, mais rien à voir avec la bête de course de voyages que je fréquentais.
J’attendais donc le moment et/ou l’opportunité de retrouver un nouvel ami.
Ce moment est arrivé quand la vie m’a proposé d’être à Moliets au début de l’été dernier. J’y ai rencontré un loueur de vélo qui m’en a montré un, qui n’avait fait qu’une seule saison. Un vélo unique, de marque allemande, fait spécialement pour les loueurs, introuvable dans le commerce.
Au premier coup d’œil, j’ai su que c’était lui. De couleur sombre, très élégant, très racé, encore mieux fini, mieux équipé et apparemment encore plus robuste que Cheval, j’ai retenu mon exaltation avant de l’essayer. À peine suis-je monté dessus qu’il glissait, silencieux, souple et puissant, comme un véritable seigneur de la route.
Quand le loueur m’a dit que, neuf, il coûterait 600 euros, je l’ai cru. Quand il m’a dit qu’il était prêt à me le céder à 200 euros,  c’était fait.
Cheval était revenu. Il n’était pas Cheval II, Junior ou autre nom, il était : Cheval.
Sebastien-Laurier-Salle-de-Bain-Jour2La matière disparaît, l’Esprit perdure… CQFD. Je vous laisse méditer là-dessus.
À propos de méditer, j’ai été très touché du cadeau de Christelle de la librairie du 5e art de Saint-Jean-de-Luz. En regardant ses livres, une couverture m’avait attiré « être vivant, méditer, créer » (Actes sud)  de Philippe Filliot. Avant même que je ne le remarque, elle avait pensé à me l’offrir. Merci, Christelle ; voilà mon livre de la semaine (et plus si affinités) !
À la rencontre d’hier, très sympa, une dame atteinte de trois maladies auto-immunes est venue. Elle n’a pas voulu en dire plus, mais quand on a parlé des origines, elle a dit qu’elle était née en 1941 (« pas une bonne année ») à Bordeaux, où elle n’est restée que 6 mois et qu’elle n’a jamais revu.
Un homme a également parlé d’une source guérisseuse à Bidarray, mais ça m’a paru un peu loin pour y aller avant Biarritz.
Sinon, un ami pas vu depuis deux ans, qui faisait dans la conciergerie de luxe, était présent aussi. Quand il m’a dit qu’il travaillait désormais dans le neuro-marketing, j’ai été profondément attristé qu’il ait basculé du côté obscur de la force. Quand je lui ai dit que j’avais reconnu en lui Dark Vador, il m’a répondu que c’était plus compliqué que ça. Il faut entrer dans le cerveau des marques pour qu’elles comprennent la quête de sens. Si on peut entrer dans le cerveau des marques pour qu’elles comprennent que ce n’est pas la peine d’essayer de me faire croire que j’ai besoin de changer de vélo (ou téléphone-télé-ordinateur-etc-etc-etc-etc.) tous les 6 mois, il y a peut-être un espoir. On va se revoir pour qu’il me parle de tout ça.
En même temps, je me méfie de Dark Vador. Déjà, il m’a provoqué en me demandant si ce que je faisais était pur égoïsme ou s’il y avait un message. Ensuite, rien qu’en prononçant ce nom, j’avais déjà envie d’acheter toute la série de nouvelles figurines star wars ™.
Allez, tais-toi, hennit Cheval. En route vers le Bookstore de Biarritz !

Photo : « Salle de bain » de Sébastien Laurier