Auteur aquitain

12 10 2017

Sirius

Par Lucie Braud


Sirius

Photo : Alban Gilbert / Écla

C’est au Chalet Mauriac de Saint-Symphorien que Stéphane Servant a écrit Sirius, qui vient de paraître aux éditions du Rouergue. Un texte où la violence et l’amour se côtoient, où la poésie et la fiction s’entremêlent. Un texte d’ombre et de lumière d’une infinie beauté.

À la cime d’un grand arbre, dans une cabane perchée au milieu de la forêt, Avril et Kid survivent grâce aux vivres contenus dans des capsules. Avril est une jeune fille à peine sortie de l’adolescence ; Kid, son frère, est un enfant qu’elle tente d’élever du mieux qu’elle peut dans ce monde dévasté par la guerre, la famine, le virus. Le virus. Les hommes ont désigné les animaux responsables de sa propagation et les ont exterminés en masse. Avril et Kid se cachent des hommes et des Étoiles noires, un groupe de jeunes semant la terreur et la mort au nom de Dieu. Avril les connaît, elle a un jour appartenu aux Étoiles noires, elle a détruit, elle a tué. Repentie, elle sait que Darius, leur chef, la cherche et qu’il la tuera, elle et Kid. Pourtant, ces enfants gardent un espoir : un jour, leur chien Sirius, un chien noir avec une étoile blanche sur le front, viendra les chercher et ils pourront rejoindre Pa et Ma dans la montagne. Avril et Kid attendent ce jour et s’y préparent. Sirius se présentera finalement à eux, non sous la forme d’un chien, mais d’un porcelet. Il sera le signe du départ. Ainsi débutera leur road trip, un voyage semé de rencontres, de peur, d’affrontements et d’espoir, où Avril devra déposer une à une les pierres qui l’encombrent, où elle devra faire face au passé et dire la vérité à Kid sur Pa et Ma. Kid se révélera un enfant étrange, capable de communiquer avec les rares animaux qui peuplent encore la Terre. Sirius sera leur guide vers la montagne.
 
En astronomie, après le soleil, Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel. Elle appartient à la constellation du Grand chien. Dans les cultures anciennes, Sirius est censée conserver le monde spirituel alors que le soleil maintient le monde physique en vie, le monde de la grande illusion. Elle est la « vraie lumière » qui brille à l’est, la lumière spirituelle. Sirius, le porcelet tient ce rôle. Le monde est devenu stérile. Le présent et l’avenir sont noirs : désolation, mort, absence d’amour. Mais ces deux enfants s’aiment et le chemin qu’ils parcourent ensemble est leur façon de croire que la lumière existe quelque part. Chacune de leurs rencontres sur ce chemin les amène à la connaissance d’eux-mêmes, à se découvrir l’un l’autre. Sirius, le porcelet sans défense, est ce qu’ils doivent protéger pour espérer atteindre leur but : la promesse d’une vie nouvelle. Si Kid est l’enfant porteur de cette promesse de vie, dont la pureté lui permet de comprendre le langage de Sirius et de lire le monde qui l’entoure, Avril, quant à elle, a une âme noire prisonnière de ses actes passés, de sa culpabilité, de ses mensonges. Mais elle est capable d’amour, elle dévoilera la vérité, pour Kid, même s’il doit la détester pour ce qu’elle a fait. Mais Kid sait qu’Avril, comme lui, comme Sirius, est une étoile et qu’ils doivent briller ensemble.
 
Stéphane Servant, en nous menant dans cet univers de fin du monde, nous connecte à notre présent, à nos choix, à nos actes. Il nous accompagne sur le chemin de la pensée, pour réinterroger les fondements et les fondamentaux de l’humanité. Ici, point de coupables désignés, point de boucs émissaires, mais des êtres responsables du monde qu’ils ont construit. Puis détruit.


 
Sirius, de Stéphane Servant
Éditions du Rouergue
août 2017
480 pages
16,50 €
ISBN : 978-2-8126-1433-0
Gencod : 9782812614330