Éditeur aquitain

23 02 2016

Sébastien Laurier en quête de sources

Propos recueillis par Vincent Lafaille


Sébastien Laurier en quête de sources


Sébastien Laurier aime les aventures extraordinaires, les voyages improbables. Après avoir chassé les coin-coins au Groenland1 il est parti en juin 2014 sur les traces des sources et fontaines guérisseuses des Landes de Gascogne. Pour écrire cette expérience et préparer son livre, qui vient de paraître aux éditions Élytis, Into Ze Landes une quête de sources et de guérison. Il a posé ses valises au Chalet Mauriac, une première fois du 15 septembre au 5 octobre puis du 3 au 10 novembre 2014. Quelques jours avant de repartir vers Bordeaux il avait accepté de nous dévoiler l'état d'avancement de son projet et de revenir sur ce périple à vélo à travers la forêt.

Into-ze-Landes-Sebastien-LaurierVendredi 7 novembre 2014, Chalet Mauriac, Saint-Symphorien. Sébastien Laurier achève la seconde partie de sa résidence ici. La première avait duré trois semaines, du 15 septembre au 5 octobre 2014. C'était l'été, une autre saison, un autre rythme. Il s'était beaucoup baladé alors, avait marché fait du vélo, au milieu des pins, au milieu des « arbres de Mauriac ». Il avait aussi écrit bien sûr, beaucoup, reprit ses notes, et était reparti chargé d'un document de 300 mille signes environ, son « Monstre ». Le « Monstre » en théâtre c'est le premier filage, le premier bout à bout. Car oui Sébastien Laurier est un homme de théâtre et ce n'est jamais très loin, même ici où il est venu écrire un livre qu'il compte avoir terminé pour l’hiver. Ce livre ce sera « un chemin », à la fois carnet de bord, carnet de rencontres, de notes, journal de voyage, divagations, où  l'on trouvera des poèmes mais aussi des cartes « pour ne pas perdre le lecteur au milieu des Landes ». Le fil narratif en sera les différentes étapes de son voyage. Alors donc ces jours-ci, juste avant de partir, il affine ce « Monstre ». Il pourra ensuite quitter ce lieu « hors du temps » pour retourner à sa vie, en ce moment celle « des notes d'intentions et des recherches de financement pour monter un spectacle » (« mais c'est bien la vie », précise-t-il) avec le sentiment d'être proche de la fin. Il en est là, à ces questions, « comment finir, où j'arrête ? Est-ce que ça s'arrête réellement ? Est-ce qu'un chemin a une fin ? Comment on termine une quête ? ». Mais pour notre part revenons aux sources.
 
C'est au Groënland, bien loin de Saint-Symphorien, que ce projet prend corps. Du Groënland aux Landes, en plus de la rime, il y a environ quatre mille kilomètres mais pour Sébastien Laurier il n'y a qu'un pas. Là-bas, « aux racines du monde » dit-il, il s'est déjà lancé dans une recherche « un peu folle », celle de canards en plastiques, les coin-coins, lâchés par la NASA pour étudier la fonte des glaces. Alors qu'il pense beaucoup aux Landes, ses racines à lui, la terre de ses grands-parents et de ses ancêtres, il croise un explorateur français qui, régulièrement, accompagné seulement de son sac de couchage, traverse cette forêt de pins, à pieds, pendant une semaine. L'envie devient forte alors de faire lui même son « Intozelandes », de retraverser cette forêt de pins « que les "étrangers" trouvent monotone » et où il se promenait avec son grand-père. Le livre de cette « chasse aux coins-coins » il l'écrira d'ailleurs pas loin d'ici, déjà, dans la maison de son cousin. Alors de ce projet initial, une marche à travers les Landes du cœur vers la mer, à celui d'un périple à vélo à la poursuite des sources et fontaines guérisseuses il y a justement une source qui se perd, « comme celle de la Leyre, nous dit-il, qu'on ne connaît pas ». Sébastien Laurier le répète souvent, il ne croit pas aux hasards. Le lien se fait grâce à, ou plutôt à cause de, une maladie auto-immune appelée Rhumatisme Psoriasique dont il souffre. Même si elle est réputée incurable il cherche à en guérir et comme elle vient « de très loin, de très profond, du très profond des cellules » il s'est dit que le meilleur moyen était d'aller lui même « vers le plus profond des cellules, au plus archaïque, d'aller voir les ancêtres » c'est à dire pour lui d'aller voir dans les Landes. Et s'il se trouve qu'il n'y a pas de hasards il se trouve aussi que sur les quelques deux mille sources et fontaines guérisseuses de France, environ deux cents sont justement situées là, dans les Landes.
En juin il a donc enfourché son vélo, car c'est son grand père qui lui a appris à en faire, et est parti en quêtes. En quêtes au pluriel car tout se mêle dans ce parcours. La quête de guérison, la quête des ancêtres, de ces premiers « habitants qui étaient là bien avant Napoléon », la quête de l'origine des sources avant le christianisme. Il est parti le 5 juin, a rencontré des chamans, des guérisseurs et guérisseuses, des usagers de ces fontaines, des habitants. Il a pédalé, il a écouté, il a cherché à savoir depuis quand on utilisait telle ou telle source, pourquoi, quand et comment on avait décidé que son eau était guérisseuse. On lui a répondu « ouh la, ouh la la, depuis au moins... depuis... ouh la la... Mon grand père déjà il y allait ». Alors il a cherché ces traces qui se perdent, il est remonté jusqu'à l'Antiquité, bien avant les parents ou grands-parents. Il a trouvé aussi sur le chemin ses sources à lui, pas celles qui lui appartiennent « attention elles sont à tout le monde », mais celles qui lui font du bien, auxquelles il se sent relié. Il y en a une notamment « qui guérit des peurs, des peurs archaïques, des peurs d'enfant, de la peur du noir », elle s'appelle la Fontaine de la peur et se trouve à Bostens...tout près de la forêt du grand père. Mais malgré cette quête des origines, les siennes, celles de sa maladie et celles des sources, il insiste, il n'y a pas chez lui de nostalgie. D'ailleurs ce qui l'intéresse aussi c'est « l'ici et maintenant », ce qu'on fait de ces sources, comment on les utilise et pourquoi. Et s'il s'est rendu compte d'une chose c'est que si « elles avaient été un peu délaissées il y a trente ans, depuis quinze ans beaucoup y retournent » et les gens qu'il a croisés y sont très attachés. Il y voit comme « un retour au sacré, pas teinté d'un grand mysticisme ni d'une grande religiosité mais plutôt relié à la terre, un sacré pragmatique, paysan ». En expliquant cela il dit « je vais passer pour un illuminé mais comme je ne suis pas cadre à la banque, je suis artiste alors ça va, j'ai le droit ». Il pense d'ailleurs que c'est parce qu'il est artiste, et artiste de théâtre, qu'il s'intéresse à cela, à ce « pays de superstitions, de légendes, de sorcières et de fées ». Il y voit comme un lien avec son métier d'acteur où l'on vit sans cesse avec les esprits, ceux des personnages à incarner. Son parcours il l'a bouclé le 24 juin, jour de la Saint-Jean, à Pontenx-les-Forges, près d'une fontaine Saint-Jean qui soigne les rhumatismes.
Une fois ce voyage terminé il fallait donc se replonger dans ces notes, écrire ce livre. Cela il voulait le faire là, au milieu des pins, au cœur même du territoire du récit. Situé à 1,5 kilomètres de la très réputée source de Saint-Léger de Balson, le Chalet Mauriac paraissait le lieu idéal et il n'a pas déçu Sébastien Laurier qui, tout à sa joie, dit « c'est très bon d'être ici, je prends ça comme un privilège ».  Bien sûr il a fallu qu'il se ré-freine, qu'il n'aille pas au Cercle Ouvrier interroger les « paroupians » sur leurs liens aux sources, qu'il laisse de côté les histoires qu'on lui racontait, qu'il oublie les arbres de Mauriac et ses livres aussi ainsi que ceux de Félix Arnaudin qui étaient là tout proche de lui puisque lors de son premier séjour il travaillait dans la bibliothèque. En étant toujours là, au cœur de son sujet, il a dû rester vigilant pour ne pas se faire déborder par la matière. L'idée lui est parfois venue de consacrer une semaine aux histoires de ce village, comme un autre projet, mais le temps lui a manqué et il est revenu à ses sources. Lui qui vient du théâtre, « qui est un art du collectif », a aussi beaucoup profité de la présence en ces lieux et en même temps que lui d'autres résidents. Chacun au travail, à son poste, à ses occupations la journée, se retrouvant le soir pour partager le repas et échanger. Ainsi alors qu'il dit qu'il « connaît le chemin » de la création d'une œuvre, fait de doutes et d'interrogations, mais qu'il se « cogne quand même à chaque fois toutes les étapes » il était parfois rassuré de voir les autres résidents partager ses peurs ou alors au contraire les avoir dépassées pour eux. Pour lui aussi la présence d'autres artistes permet parfois de se remettre à sa place lorsque l'on croit que l'on crée le monde, un monde, mais que l'on se rend compte que d'autres, juste à côté, font exactement la même chose. Il avait choisi de faire cette résidence en deux parties, toujours un lien au théâtre « où souvent et de plus en plus on se rencontre pour des sessions de répétitions, puis on laisse passer un moment, et lorsque l'on se retrouve on se dit qu'on aura tout oublié mais non c'est encore là, ça a décanté, et finalement on a avancé ». Cette fois encore le miracle s'est produit. Dans deux jours il partira. Ensuite il jonglera entre ses autres activités et la recherche d'une fin à ses quêtes. Pour notre part il ne nous reste plus qu'à attendre, impatiemment, que ce livre paraisse, pour pouvoir suivre ses traces et avoir l'envie pourquoi pas, comme il l'espère, de « se mettre en quête de nos propres sources ».

1. Sébastien Laurier, Le Groenland, Journal d'un chercheur de coincoins, collection « Passeport pour le monde », éditions Élytis, 2012.
Photo : Loïc Le Loët / Écla.

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  • Into Ze Landes une quête de sources et de guérison
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    Into Ze Landes une quête de sources et de guérison
    Sébastien Laurier
    Élytis éditions / www.elytis-edition.com
    24 x 17 cm ; 112 p. ; Illust. En N&B ; 16 € ; Isbn : 978-2-35639-166-7 ; fév. 2016