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08 11 2014

Ritournelles, 15 ans de créations

Par Marie-Laure Picot


Ritournelles, 15 ans de créations

Du 6 au 8 novembre, l’association Permanences de la littérature propose une 15e édition exceptionnelle du festival Ritournelles : pas de thème mais une sorte de florilège de tous les champs de la création explorés depuis quinze ans, avec cette année un croisement de multiples expressions artistiques : littérature et danse, art contemporain, musique, chanson, cinéma et même rugby ! Et des auteurs, des artistes qui sont venus et revenus et dont on a pu suivre l’évolution de leurs créations.
Chaque jour de cette semaine, Éclairs présente une photo d'une production réalisée à l'occasion de l'une des quinze éditions de Ritournelles, jusqu'à sa samedi prochain, journée de clôture du festival 2014.

1/6 – Poudre de riz sonore

Poudrederizsonore
© Vincent Monthiers

Poudre de riz sonore, première production pour la scène du festival Ritournelles (2000), inaugurait nos projets d'œuvres croisées, mariages improbables entre des écrivains contemporains et des artistes qui nous mèneront loin dans la réflexion sur la création. La poésie (Jean-Marc Baillieu) rassemblait ici la danse contemporaine (Naomi Mutoh) et le jazz (Jean-Jacques Quesada). La danseuse répond, reprend, traduit avec son corps, ses mains, son visage, les mots et les sons des deux autres interprètes.
Ce très beau titre Poudre de riz sonore sera aussi le premier du catalogue des éditions Le bleu du ciel.


2/6 – Électuaire du discount

Electuaire
© Gonzague Conte

Derrière un écran d’images vidéos réalisées par l’artiste Michel Herreria et le cinéaste Olivier Desagnat, l’écrivain Jérôme Mauche lit des extraits de son propre texte, Electuaire du discount, relayé dans sa lecture par la comédienne Elodie Chamauret, le tout orchestré par le metteur en scène Jean-Paul Rathier. À l’origine de cette pièce adaptée à la scène, une série de narrations extravagantes et caustiques, proches de la langue parlée, écrites à la première personne du singulier. Des personnages féminins s’y dévoilent dans leurs situations professionnelles et familiales tragi-comiques. L’électuaire est un ancien breuvage médicinal sensé guérir toutes sortes de maux. La distance et l’humour engendrés par la littérature en est un autre. Cette lecture performée est créée en 2009 sur la scène du Molière scène d’Aquitaine et en partenariat avec l’OARA.

3/6 – Medea

Medea
© Frédéric Desmesure

Le photographe Frédéric Desmesure immortalise cet instant spectaculaire et sidérant au Molière-Scène d’Aquitaine le 27 novembre 2010, lors de la première de Medea à Bordeaux. Pascal Quignard a lu sa version de Médée, percutante, sublime. Puis il s’est tu, a éteint sa lampe de lecture pour laisser Carlotta Ikeda apparaître dans l’obscurité, dans un mouvement lent, concentré, tendu, geste inaugural de la transe.
Sur cette image finale du spectacle, sous cet éclairage qui nous la montre presque en négatif, déjà Médée (la grande Carlotta Ikeda) n’est plus ni femme, ni monstre, mais incarne bel et bien la Tragédie. Nous restons quelques minutes scotchés à nos fauteuils. Dès lors, nous savons que cette première représentation ne sera pas la dernière. Le trio Medea avec le musicien Alain Mahé qui les accompagne au koto, fera une tournée internationale. Paris, Tokyo, Fukuoka, Saint-Pétersbourg, Moscou… Nous publions le livret de ce spectacle, qui accompagnera la tournée. En 2013, poursuivant sa réflexion, Pascal Quignard publie aux éditions Galilée, L’Origine de la danse, un volume de textes qui nous éclaire sur les liens entre la littérature et la danse.
La disparition récente de Carlotta Ikeda a mis un point final et définitif à l’histoire de ce spectacle alors que nous vivions avec l’espoir de le voir renaître.

4/6 – Les Axes de la terre

LesAxesdelaTerre
© Frédéric Desmesure

Le guitariste, est ici absent de l’image, mais cette proposition est un trio, de poésie (avec l’écrivain Jean Daive), de danse contemporaine issue du buto (Naomi Mutoh), et de guitare rock (Laurent Paris). Elle a été créée la même année que Medea pour la onzième édition du festival Ritournelles, dans une programmation qui croisait les écritures littéraires et chorégraphiques. Ce vers mallarméen accompagne cette année-là nos interrogations : « La danse, c’est le poème dégagé de tout appareil de scribe. » Avec Les Axes de la terre, on assiste véritablement à un dialogue entre la langue du poème, le mouvement spatial de la danse et le mouvement sonore de la guitare électrique jouée à l’archet. Les personnages féminins évoqués dans les poèmes de Jean Daive évoluent, ondoient comme des comètes. Guidés par la voix exceptionnelle de l’auteur, tous les éléments du spectacle s’attirent comme par magie.

5/6 – Lonely people

LonelyPeople
© Gonzague Conte

En bord de scène, le poète performeur Jean-Michel Espitallier lit un texte original. En fond de scène, un film qui ne comporte qu’une seule prise de vue, très plastique, tourne en boucle. Le refrain de la chanson All the lonely people des Beatles (All the lonely people Where do they all come from ?) est la bande son de cette performance. La vidéo, signée Yumi Sonoda a été tournée dans la gare de Fukuoka au Japon. On assiste au défilé incessant des usagers des trains. Tous ces gens seuls, d’où viennent-ils ? La voix de l’auteur couvre en partie le refrain des Beatles et fait écho, sur le mode poétique, à la vision du monde de la vidéaste japonaise. Cette œuvre performative d’art contemporain et de poésie a été créée en 2012 lors d’une résidence internationale Bordeaux-Fukuoka, et d’un véritable échange entre les deux artistes. 

6/4 – Ritournelles

Ritournelles
© Ange Leccia

Pour fêter les 15 ans de notre festival, nous avons passé commande à l’artiste Ange Leccia. Film vidéo de quinze minutes conçu pour être montré en boucle sur grand écran, « Ritournelles » est le résultat d’une carte blanche dont l’unique contrainte pour l’artiste aura consisté à visionner un choix d’archives audio et vidéo de notre festival. Le travail d’Ange Leccia a beaucoup à voir avec la ritournelle, dans sa forme comme dans son propos. Ses installations filmiques font bien souvent appel à la mémoire collective. Á travers la collusion et la répétition de morceaux de musiques, de chansons connues d’une ou de plusieurs générations, d’images relatant des événements géopolitiques notables et de gros plans de visages féminins, Ange Leccia vient troubler notre perception du temps et provoque en nous de nouvelles émotions. Dans cette création spécifique d’Ange Leccia « Ritournelles », la littérature est bien sûr conviée et pour dialoguer avec le cinéma et la chanson.





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