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19 09 2016

Retour sur la Journée régionale de l’inventivité en bibliothèque

Par Catherine Lefort


Retour sur la Journée régionale de l’inventivité en bibliothèque

La nouvelle médiathèque de Boulazac (Dordogne) – Photos : Catherine Lefort

Le 8 septembre dernier, l’agence régionale Écla, accompagnée de ses partenaires, a organisé la 2e Journée régionale de l’inventivité en bibliothèque, dans la nouvelle médiathèque Louis Aragon de Boulazac en Dordogne. Retour en images sur cette journée et synthèse par Raphaëlle Bats.

Cette 2e édition a accueilli 19 bibliothécaires de la Région Nouvelle-Aquitaine accompagnées de leurs élus, qui ont présenté des expériences et des services relevant d’une démarche inventive. Le thème qui a émergé est la co-construction et les démarches participatives.
Ces 19 dispositifs inventifs ont fait l’objet d’une exposition d’affiches – une affiche par expérience  – et parmi eux, 12 ont été présentés oralement par les bibliothécaires.
La Journée de l’inventivité est une invitation à découvrir et expérimenter de nouvelles relations et de nouveaux services aux publics, dans le cadre de partenariats diversifiés, pour un accès plus partagé à la culture et à la connaissance.
Organisée une fois par an par Écla en collaboration avec le Centre régional du Livre en Limousin et le Centre du Livre et de la Lecture en Poitou-Charentes, et conçue par un groupe de travail constitué d’une quinzaine de responsables de bibliothèques territoriales de la Nouvelle-Aquitaine, l’objectif de ces rencontres est d’ouvrir la concertation à toutes les structures, quelle que soit leur taille, afin de dynamiser le réseau des bibliothèques et d’étendre l’information et la professionnalisation des acteurs de la lecture publique sur tout le territoire régional.
 
Raphaëlle Bats, chargée des relations internationales à l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques)  a conclu la journée par une synthèse des échanges :
 
Je voudrais faire une restitution en partant du thème majeur de cette journée qui, certes, a parlé de participation, mais qui a d’abord parlé d’inventivité. À cet égard, je salue les organisateurs pour avoir pensé à l’intituler « Journée de l’inventivité ». C’est ce qui m’a tout de suite incité à participer alors que j’ai dû traverser le pays pour être parmi vous.
Pourquoi ai-je été séduite par ce terme ? Le mot « inventivité » – à la différence de la notion d’innovation – est porteur d’une créativité qui est sans cesse renouvelée et qui prend appui dans les exemples donnés, sur un terrain local qui donne à la fois la mesure mais aussi les bornes pour pouvoir se réinventer, se repenser et se donner les moyens de cette inventivité.
Je travaille dans une école, par conséquent la première réponse que je trouve dans la possibilité d’une réinvention et d’une inventivité, est la formation. C’est une déformation professionnelle mais que j’assume parfaitement. Dans la formation et l’autoformation : journées d’étude, formations diverses, ouvrages dont ceux de l’ENSSIB mais pas seulement… et d’une manière générale toute la veille que l’on est amenée à faire et, à mon avis, que nous devons faire en tant que bibliothécaire ou acteur des bibliothèques, sur le métier de bibliothécaire ou l’exercice du métier lui-même, sur les projets menés et France ou à l’étranger. En d’autres termes, si nous voulons nous renouveler, nous devons – nous – d’abord nous penser en tant que bibliothécaire, nous analyser, nous lire, nous confronter à la littérature.
 
La seconde réponse que l’on peut faire est celle qui a été apportée aujourd’hui : cette possibilité de renouvellement exposée dans toutes les interventions, qu’elle soit donnée sous l’angle de la participation ou pas. Chaque exemple a trouvé son inventivité, soit via une source, soit dans la forme de renouvellement, à l’extérieur de la bibliothèque. Ce qui est très marquant de cette journée, c’est la manière dont les bibliothèques ont pensé cette inventivité en acceptant d’une certaine manière de se dessaisir d’elles-même pour se retrouver avec d’autres. Les autres, pouvant être on l’a vu, des partenaires habituels ou nouveaux, des publics d’usagers ou plutôt des publics d’habitants, éloignés parfois, volontairement ou involontairement, des bibliothèques, des espaces culturels ou de loisirs, on a parlé de musées, de piscines, de PMI, de jardins… Bref, l’inventivité – vous l’avez montré – a pour socle la capacité de la bibliothèque à mobiliser des acteurs, qui non seulement vont participer à donner corps à un projet, mais plus largement, à lui donner du sens.
Alors que le projet participatif, qu’il prenne la forme d’une consultation, d’une délibération, d’une décision collective, ou tous les exemples que l’on a évoqués aujourd’hui ou que l’on peut voir dans d’autres projets participatifs, c’est cette rencontre-là sur un projet, celle qui fait que l’on peut faire communauté – plus encore que faire société, chose dont on aime parler en France car la société est un socle de la construction de notre vivre ensemble – mais ce « faire communauté » finalement que l’on exerce peu, qui était très bien approché et bien montré dans les expériences d’aujourd’hui, notamment dans ce qu’ils ont donné voix, précisément, aux compétences des autres.
Alors justement, que peuvent apporter ces partenaires et les habitants ? J’insiste sur le terme « habitants » plutôt que public. Quand on travaille sur la participation, on parle des savoirs mobilisés. On entend par là les savoirs qu’on mobilise en tant qu’on expérimente personnellement un territoire. J’entends par territoire, une ville, un quartier, une rue, une place… Ces savoirs mobilisés sont ceux des habitants qui ont une expérience quotidienne du territoire dans lequel ils vivent et pour lequel ils sont capables de redonner l’histoire, les valeurs, l’expérience concrète… Ces savoirs nous sont transmis par les habitants d’une part, non sans émotions, car c’est « leur » territoire –  c’est parfois le vôtre, un certain nombre d’entre vous vivent dans la ville où vous travaillez, même si ce n’est pas toujours le cas – mais aussi dans une certaine forme de militantisme. Et puis ces habitants s’appuient par ailleurs, il ne faut pas l’oublier, sur des compétences et des connaissances qui leur sont propres, qui ne relèvent pas seulement de l’expérience de leur territoire. Qui sait parler russe, qui sait faire ses propres vêtements, qui est comptable dans la vie… Toutes sortes de choses que l’on est capable de mobiliser en vérité dans un projet participatif. Cette richesse qui est souvent silencieuse et invisible mérite de trouver sa place dans nos institutions. Et comme le disaient nos collègues de Lormont, je voudrais reprendre ici un extrait de leurs propos : « il fallait reconnaître la capacité des parents à transmettre ». J’ai trouvé cette phrase très forte car elle nous amène à revenir sur trois choses en termes de reconnaissance :
 
› Il me semble qu’il est important pour la bibliothèque de reconnaître les compétences de l’autre ; l’autre qui est cet habitant, notre concitoyen, notre voisin… Et notamment, quand en face, nous ne sommes pas seulement le voisin, nous ne sommes seulement le concitoyen : nous sommes aussi le bibliothécaire, expert. Expert en quoi ? Expert es-documentation ? Bibliothèque ? Institution culturelle ? Information-livre-culture ?
Nous avons évoqué ici « l’ingénierie », l’espace public. De quoi sommes-nous expert au juste ? Quelles sont les compétences que nous avons nous-mêmes à mettre dans le « pot commun » de la participation ?
Voilà les questions posées par cette reconnaissance de savoirs. Le fait est que notre métier à mon sens entretient avec bonheur mais difficulté un certain flou. Bonheur parce que finalement nous avons la chance en tant que bibliothécaire d’avoir plusieurs vies possibles, tous les métiers n’ont pas cette chance… Avec difficulté car tout métier se construit autour d’une identité propre, forcément questionnée quand on se lance dans le participatif et quand on est dans la rencontre avec l’autre.
› La reconnaissance par ailleurs, c’est aussi la reconnaissance de la valeur de ses habitants : de ses associations, ses autres partenaires… qui sont capables de renouveler la bibliothèque.
Et comme l’ont dit les habitants de Lormont, ils demandent ainsi : « pourquoi vous faites ça pour nous ? ». C’est là où se joue le rôle de la bibliothèque dans les projets participatifs. Dans la reconnaissance de leur valeur. J’en cite d’autres : les collègues de Blasimon qui ont parlé de la « mémothèque ». C’est cette reconnaissance-là dans la valeur qui est importante. Il y a la mise en visibilité de leurs habilités, au sens général. C’est peut-être un premier pas vers le vivre ensemble, ce « nous » qui a été appelé et rappelé par plusieurs des collègues aujourd’hui.
› Enfin, cette reconnaissance c’est celle de la capacité à agir des habitants. Cette participation au renouvellement de la bibliothèque, à leur inventivité, est une participation à la transformation de la société et des institutions. Notamment culturelle, y compris culturelle, devrait-on dire. Et c’est là où la bibliothèque, en faisant appel à ses habitants, plutôt même qu’à ses usagers, pour se renouveler fait un exercice démocratique et prend une part active et totalement assumée à la transition que connaît notre société aujourd’hui.
Ceci nous ramène sur le territoire. Pour se renouveler, se réinventer, en tant que bibliothèque et en tant qu’acteur politique, car à mon sens c’est ce qui est en jeu actuellement, nous ne devons pas seulement « refléter notre territoire » – phrase très souvent utilisée – mais l’accompagner. Et nous y intégrer. Il ne s’agit pas d’attendre que le territoire trouve sa place dans une bibliothèque qui lui ressemble, mais d’aller à sa rencontre pour penser et créer ensemble ce reflet. Et c’est là où est l’inventivité dont ont témoigné tous les collègues aujourd’hui, ici présents. Une inventivité qui se construit avec l’autre, pour l’autre, par l’autre, dans une responsabilité assumée et partagée. Une véritable citoyenneté en d’autres termes, dans la construction de la société démocratique dans laquelle nous souhaitons aujourd’hui vivre ensemble.
Je vous remercie.
 

Voir les affiches ici


Tout afficher

  • 12 projets présentés par les bibliothécaires intervenants
    La Gironde Music Box : Bordeaux (33)
     
    Mobilivre, dispositif de lecture itinérant : Nexon (87) :
     
    Kit@lire, dispositif numérique itinérant : CLL Poitou-Charentes/Saint-Maixent-l’Ecole (79)
     
    › La Mezzanine, espace animé d’accueil des enfants : Angoulême (16)
     
    › Livres en Part-Âge, co-construction avec les parents étrangers : Lormont (33)
     
    › Formation à l’accueil des enfants non accompagnés : Poitiers (86) – (Ce projet n’a pu être présenté en raison d’un empêchement).
     
    › Ludo-médiathèque en projet : Blasimon (33)
     
    › Atelier de partage de savoir-faire et de connaissances : Coursac (24)
     
    › Projet de médiathèque co-construit : Marsac-sur-Isle (24)
     
    › Compagnonnage avec un auteur : Mugron (40)
     
    › « Révise tranquille » en direction des adolescents : Mont-de-Marsan (40)
     
    › Bib’Invaders, festival à la carte de jeux vidéo : Gradignan (33)
     
  • 7 projets présentés en affiches
    › Carte blanche aux associations culturelles : Boulazac (24)

    › Cabanes à Lire : Branne (33)
     
    › Réalisation d’une grainothèque (suite à l’édition 2015)
     
    › Co-construction avec les apiculteurs locaux : Haux (33)
     
    › Centre de ressources dématérialisé : Oloron-Sainte-Marie (64)
     
    › Exposition interactive numérique : Pau (64)
     
    › Biblimabulle, espace de lecture itinérant : Saint-Médard-en-Jalles (33).
     
  • Partenaires de la Journée régionale de l'inventivité en bibliothèque
    Commune de Boulazac-Isle-Manoire
    Conseil départemental de la Dordogne (Bibliothèque départementale de Prêt).
    Région Nouvelle-Aquitaine
    Drac Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes
    CRFCB / Médiaquitaine
    Centre régional du Livre en Limousin
    Centre du Livre et de la lecture en Poitou-Charentes.