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28 10 2019

Rémi Bassaler et l’âge de raison

Propos recueillis par Nathalie André


Rémi Bassaler et l’âge de raison

Photos : Élisabeth Roger / ALCA Nouvelle-Aquitaine

Après avoir écrit et réalisé quatre courts métrages (2016 à 2018), Rémi Bassaler a obtenu une aide à l’écriture de la Région Nouvelle-Aquitaine pour travailler sur son premier long métrage, La Déserteuse. Et, comme cela arrive parfois, un autre projet de long, Les Voisines, a émergé entre temps. Lauréat de la résidence cinéma au Chalet Mauriac, du 1er au 8 juillet, c’est sur ce dernier projet qu’il a travaillé cet été. Il est venu accompagné de sa coscénariste, également réalisatrice, Marie-Stéphane Imbert, qu’il a rencontrée à la Fémis et qu’il a sollicitée après avoir particulièrement apprécié ses trois courts métrages*.


Avant d’explorer votre parcours et de vous questionner sur Les Voisines, peut-on évoquer ce qui a vous a incité à mettre de côté votre premier projet, La Déserteuse ? Le synopsis présentait une mère de famille française qui part en vacances à Marrakech et qui est appelée au chevet d’une vieille femme.

C’est un projet qui me tient vraiment à cœur alors bien sûr je vais le conserver d’autant que j’ai eu la chance d’obtenir une aide sélective de la Région pour son écriture. Son titre originel était Merozuga, du nom de la ville marocaine où l’histoire doit se dérouler. Au fur et à mesure, il est devenu La Déserteuse. J’y suis allé pour faire des repérages, notamment dans le désert du Sahara où doit se dérouler une partie du scénario. Ça m’a permis de mesurer la tâche qui m’attendait. Un an plus tôt, j’avais postulé à l’appel à résidence d’écriture du Chalet Mauriac. Mais entre temps, j’avais compris et j’avais fini par accepter qu’il valait mieux attendre un peu pour m’y atteler car, pour un premier long métrage, il allait être complexe à monter. L’histoire, par ailleurs, qui est à cheval entre deux cultures, aurait nécessité un budget assez lourd pour tourner au Maroc, avec de nombreux décors et personnages. J’ai donc changé d’avis, après mûre réflexion, entre le moment où j’ai postulé pour la résidence et le moment où la réponse positive est arrivée. Ça faisait aussi très longtemps que j’écrivais sur ce projet et, pour tout dire, je commençais à saturer. Et surtout je commençais à être travaillé par une autre histoire qui s’avérait vraiment plus adaptée pour un premier long métrage. J’ai donc décidé d’être réaliste et de le laisser de côté.
 

Vous avez donc dû annoncer ce changement à l’équipe cinéma d’ALCA puisque les jurys de la commission vous avez choisi, vous, pour le projet La Déserteuse

Bien sûr. Je leur ai proposé d’honorer quand même la résidence avec un autre projet de long métrage, en expliquant pourquoi je le voyais plus, lui, comme mon premier long. Son titre de travail est Les Voisines ; j’en suis encore au début même si ça fait déjà quelques mois que je travaille dessus. Aussi je n’ai pas encore déposé de demande d’aide à l’écriture. L’histoire va tourner autour de deux personnages de femmes. L’une, Sylvie, est infirmière de nuit. Elle habite dans une HLM où elle a grandi et à laquelle elle est très attachée. Alors que le bâtiment est menacé de destruction, Sylvie recueille Louise, qui fuit un mari violent, qu’elle veut quitter. Une amitié très forte va se nouer autour de leur entraide jusqu’à ce qu’un drame les lie à jamais et scelle leur destin. Pour l’instant, je situe l’histoire à Grenoble parce que j’ai déjà des lieux et des décors en tête mais rien n’est encore vraiment fixé.

 

"Ça surprend toujours tout le monde mais, jusqu’à mes 19 ans, je ne m’intéressais pas du tout au cinéma ni même aux arts en général."

 
Originaire de Corrèze, vous en êtes parti pour vous inscrire à Sciences Po, à Paris. Vous n’aviez pas encore de vue sur le cinéma ? Même si j’ai lu dans votre biographie que c’est là que vous vous êtes occupé d’un ciné-club, que vous avez créé la Semaine du Cinéma (festival de court métrage) et que vous avez lancé un blog d’analyse de films. La question et l’envie de faire du cinéma sont donc venues à ce moment-là ?

Ça surprend toujours tout le monde mais, jusqu’à mes 19 ans, je ne m’intéressais pas du tout au cinéma ni même aux arts en général. J’ai donc pensé que Sciences Po m’ouvrirait le champ des possibles. Et dans un cours optionnel, j’ai eu une très bonne professeure de poésie qui créait des passerelles entre tous les arts et ça a vraiment été une révélation pour moi. En parallèle, je commençais juste à découvrir le cinéma d’auteur, les films de Kubrick notamment. De là, j’ai mesuré mon retard en littérature, en cinéma, en peinture ; je ne connaissais rien. J’avais alors la chance d’habiter dans le quartier latin à ce moment-là et tous les jours j’allais voir au moins trois films dans les cinémas du quartier. Puis, grâce aux échanges inter-universités de Sciences Po, je suis parti une année aux États-Unis. Sur place, je n’ai pris que des cours de cinéma et d’art contemporain. Aussi, en quelques années, je me suis fait l’œil. Quand est arrivée l’année de master, j’ai eu l’opportunité de faire un stage en production pendant quelques mois aux côtés de Paulo Branco chez Alfama Films. L’expérience a été incroyablement riche mais j’ai compris que je voulais surtout écrire, tourner et donc, réaliser plutôt que produire. Alors j’ai tenté la Fémis et j’ai réussi le concours d’entrée.  Rétrospectivement, je me dis que j’ai eu beaucoup de chance.
 
 

Depuis vous avez signé quatre courts métrages, trois fictions et un documentaire : Que le ciel tombe (2016) ; Invisible (2016, prix Serge Daney, diffusé sur Arte en 2017) ; Un rêve chinois (2016) ; Garde tes larmes (2018) et Paris est à nous (82 mn) coécrit avec Elizabeth Vogler (acquis par Netflix et diffusé pendant l’hiver 2019)…

Oui et sur Les Voisines, je travaille avec la coscénariste Marie-Stéphane Imbert. On s’est rencontrés à la Fémis. Elle était dans la promotion scénario 2017. On ne se connaissait pas trop mais c’est en voyant les films qu’elle a réalisés que j’ai eu envie de la rencontrer. Je lui ai donc fait lire mon scénario et elle m’a fait des retours vraiment pertinents sur les deux personnages de femmes. C’était important pour moi d’avoir un point de vue féminin.

 

"Pouvoir faire ça ensemble de manière intense, sur une période très resserrée, une semaine complète, est un luxe quand on écrit son premier long métrage."

 
Comment se passe l’expérience d’écrire à deux ? L’un écrit, l’autre relit et propose des modifications ?

Avant d’arriver au Chalet, Marie-Stéphane connaissait un peu le synopsis du premier traitement où tout était posé : les personnages, les décors, les éléments de décors, les péripéties, le cadre fort de cette HLM qui va être détruite et que les personnages vont occuper quasiment jusqu’à la fin. Je n’arrivais plus à voir de manière très nette ce qu’il fallait travailler. On a commencé à travailler l’écriture ici et ça m’a permis de resserrer sur les personnages, de retravailler les enjeux et de prendre du recul surtout. Je peux de nouveau regarder l’ensemble et les détails, avec de la distance et ça c’est indispensable. Pouvoir faire ça ensemble de manière intense, sur une période très resserrée, une semaine complète, est un luxe quand on écrit son premier long métrage. Quand je vais repartir à Paris, je vais pouvoir continuer seul, avec des bases solides posées. Avec Marie-Stéphane, on a déjà programmé de se revoir dans deux mois pour faire un point.

 
Vous avez envisagé un délai pour le présenter ?

J’aimerais le retravailler tout l’été pour parvenir à un traitement solide de 20 pages, prêt à être envoyé à un producteur en septembre. On avance très bien au Chalet donc ça me semble possible. L’équipe cinéma d’ALCA m’a par ailleurs confirmé qu’elle va suivre ce travail. Cet accompagnement, c’est leur force et de fait ça devient la mienne aussi, c’est précieux pour avancer.
 
 
*Marie-Stéphane Imbert a réalisé 3 courts métrages : Je marche beaucoup (2015) ; Lettres à Adja (2017, film de fin d’études) et Va-t’en tristesse, coréalisé avec Clément Pinteaux (2018).

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