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06 12 2017

Portraits de libraires : ouvrir une librairie en Nouvelle-Aquitaine

Par Nicolas Rinaldi


Portraits de libraires : ouvrir une librairie en Nouvelle-Aquitaine

Photos : Écla

Issus de parcours souvent atypiques, de nouveaux libraires, professionnels du livre ou non, ont ouvert ces dernières années des librairies en Nouvelle-Aquitaine, bénéficiant des dispositifs du contrat de filière livre et de l’accompagnement d’Écla. Éclairs est allé à la rencontre de cinq libraires à travers la région.

 
Se lancer, trouver un local, créer sa propre structure… Les premiers pas d’un néo-libraire sont rarement les plus évidents. Et, au regard des parcours des cinq professionnels qu’Éclairs a rencontrés, ils ne se ressemblent pas.
 
Sur un territoire qui a accueilli par le passé jusqu’à quatre librairies, Damiane Donato a ouvert en septembre 2016, dans un local de 100 m2 pour un loyer « raisonnable », le seul établissement indépendant langonais. Situé dans une zone commerciale dynamisée grâce notamment aux travaux de réhabilitation initiés par la municipalité, L’Antre Guillemets profite aujourd’hui d’un flux important de clients. Mais la recherche de locaux s’avère parfois bien plus contraignante. Marina Mico, fondatrice de la Librairie du Contretemps, en a fait l’expérience. Souhaitant à tout prix s’installer sur la barrière de Bègles, l’année 2016 a été pour elle source d’une « importante frustration », avant que la quincaillerie qu’elle a aujourd’hui réinvestie ne soit mise en vente.
 
Pour certains, le projet de librairie n’a pris réellement forme que plusieurs années après l’installation. Benoît Coquant a ainsi repris au milieu des années 2000 une maison de la presse à Artigues, dans l’idée d’en faire un établissement dédié au livre et aux jeux. Ce n’est qu’en 2013, avec l’arrivée de son épouse Karine Munzdik, que 20 mille jeux sous les livres s’est affirmé en tant que tel avant, deux ans plus tard, de proposer également une offre conséquente de jeux.

 

La création de sa propre structure est aussi le moyen de créer son emploi.



La création de sa propre structure est aussi le moyen de créer son emploi. Forte d’une riche expérience en librairie, qu’elle a « affûtée » à Écla, Emmanuelle Andrieux a décidé de s’installer à son compte en 2016 en ouvrant Le Vent Délire à Capbreton. Une volonté qui peut parfois être contrainte. Après avoir travaillé en librairie en Île-de-France puis à Actes Sud, Cécile Quinard a recherché un poste dans le Sud-Ouest. N’en trouvant pas, elle s’est intéressée au Lot-et-Garonne et y a ouvert en 2015 La maison des feuilles.
 
Dans ses démarches, Cécile Quinard a bénéficié du soutien d’Écla pour remplir le dossier de demande de subvention. Dans le cadre du contrat de filière livre, son projet a reçu une aide financière de la Région Nouvelle-Aquitaine et de la Drac Nouvelle-Aquitaine, ainsi qu’un soutien du Centre national du livre. Une aide financière « bienvenue » dont ont également bénéficié les autres néo-libraires.

 

"Mieux connaître les professionnels du livre en région"



L’accompagnement d’Écla s’avère également utile pour ces passionnés du livre qui ne disposent pas forcément des compétences pour questionner la faisabilité de leur projet ou ne connaissent pas suffisamment le milieu du livre. « Le soutien d’Écla a été essentiel puisqu’il m’a permis de mieux connaître les professionnels du livre en région », explique ainsi Marina Mico. Après avoir exercé une quinzaine d’années dans la santé, cette passionnée de littérature a repris des études de lettres, s’est formée à l’INFL de Montreuil pendant six semaines et a ouvert aussitôt la Librairie du Contretemps.
 
Un parcours pour le moins atypique, à l’instar de celui de Damiane Donato. Biochimiste de formation et passionnée par les émissions de Bernard Pivot, elle s’est reconvertie en 2005 en s’inscrivant en année spéciale à l’IUT Métiers du livre de Bordeaux. Aujourd’hui ancrées dans leur territoire, ces librairies sont portées par des femmes et des hommes d’horizons divers mais animés par la même passion.
 
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20 mille jeux sous les livres – Artigues (Gironde)
 
Établissement « pluriculturel », selon Benoît Coquant qui le gère avec son épouse Karine Munzdik, 20 mille jeux sous les livres propose une offre originale. D’abord maison de la presse, la librairie dispose aujourd’hui également de près de 3000 ouvrages, tous genres confondus, et de près de 800 jeux. Le jeu, « très complémentaire du livre », est une passion pour le couple qui transmet son expertise aux clients. L’été, la convivialité de 20 mille jeux sous les livres s’étend en terrasse. Forte d’une croissance à deux chiffres depuis 2014, la librairie se délocalisera l’année prochaine sur le même secteur, dans un local plus adapté.
 
Surface : 60 m2
Références : 3000 livres, 800 jeux
Retrouvez 20 mille jeux sous les livres sur le web et Facebook
 

 
Librairie du Contretemps – Bègles (Gironde)
 
« Librairie populaire, de quartier, un lieu d’échanges où tout un chacun peut entrer ». Marina Mico conçoit la philosophie de son établissement à son image : accessible et généreuse. Connaissant bien le centre-ville béglais avant son installation, l’ancienne cadre de santé veut en faire « un lieu de référence pour l’animation culturelle de la ville ». Son offre généraliste, les lectures régulières qu’elle propose avec les enfants et les nombreux débats et conférences qui s’y déroulent ont semble-t-il conquis le public local, puisque Marina a pu rapidement embaucher du personnel.
 
Surface : 120 m2
Références : 6000 livres
Retrouvez la Librairie du Contretemps sur Facebook
 


Le Vent Délire* – Capbreton (Landes)
 
« Quand on vient chez toi, on n’a pas honte de franchir la porte ». Les propos de ses clients rapportés par Emmanuelle Andrieux témoignent de sa volonté de rendre le livre « accessible ». Un tiers pour la littérature, un autre pour la jeunesse et le dernier « pour tout le reste dont la bande dessinée »… Le Vent Délire se veut généraliste par son offre et un lieu de vie et de transmission par ses animations. Des dégustations de soupe, des lectures de contes, des ateliers créatifs de cartes de vœux sont ainsi organisés pour Noël. Toute l’année, des cours de philosophie ont lieu deux fois par mois.
 
Surface : 100 m2
Références : 8000 livres
Retrouvez Le Vent Délire sur Facebook
 


L’Antre Guillemets** – Langon (Gironde)
 
Offrant un large rayon de littérature générale, un vaste choix de polar, une belle offre en jeunesse, quelques ouvrages de science-fiction et fantasy (une passion de Damiane Donato) et un peu de régionalisme, L’Antre Guillemets a développé de multiples activités culturelles : dédicaces d’auteurs, participation au salon du livre de Langon, ateliers d’écriture. Soucieuse de s’inscrire dans une politique culturelle régionale, Damiane a ainsi participé à la manifestation « Jeunes en librairie » et met en avant des éditeurs régionaux comme les éditions Agullo, Mirobole ou L’Ire des marges…
 
Surface : 100 m2
Références : 7500 livres
Retrouvez L'Antre Guillemets sur le web et sur Facebook
 


La maison des feuilles – Nérac (Lot-et-Garonne)
 
La littérature et la jeunesse surtout, la bande dessinée et les sciences humaines à la marge… Cécile Quinard ne veut écarter personne et renforcer ses liens avec les scolaires. Elle aussi a participé à l’opération « Jeunes en librairie » mais La maison des feuilles entretient peu de liens avec les enseignants du tout proche collège de Nérac, faute d’investissement de ces derniers. Les lycées et les autres collèges du secteur ainsi que les parents sont, quant à eux, demandeurs et permettent ainsi de dynamiser un pôle jeunesse déjà développé.
 
Surface : 70 m2
Références : 6500 livres
Retrouvez La maison des feuiles sur Facebook
 
 
* Propos recueillis par Catherine Lefort
** Propos recueillis par Marie-Pierre Quintard