Éditeur aquitain

16 12 2014

Philippe Djian : en marges

Par Sébastien Gendron


Philippe Djian : en marges

Philippe Djian, en marges de David Desvérité, Le Castor Astral.

Né en 1949, Philippe Djian est devenu, à l’âge de 36 ans, l’écrivain emblématique des années 80. Avec 37°2, le matin, on l’a vite baptisé auteur rock et une telle image aurait pu contenir sa carrière à cette seule décennie. Mais Djian ne s’en est pas laissé compter. Boudant les médias, vivant reclus, il taille sa route, revendiquant la primeur du style sur l’histoire et consolide sa réputation au-delà des modes. Tour à tour parolier, traducteur, dramaturge, scénariste, au fil des années, il impose une griffe qui lui vaudra, en 2012, le prix Interallié.

David Desvérité est avant toute chose un fan de Philippe Djian – il est d’ailleurs à ce titre le fondateur du principal site Internet dédié à l’auteur. Cette biographie est donc un travail de fond, fortement documenté, qui ne laisse rien au hasard. Toute l’œuvre y est citée, pièce par pièce, allant même jusqu’à déterrer le plus petit texte écrit pour tel ou tel journal. L’étude se fait de manière chronologique, un livre après l’autre, raconte dans quelles conditions chaque opus a été écrit, quel fut l’accueil du public, de la presse, etc. À bien des égards, c’est passionnant, si tant est qu’on s’intéresse à l’homme : l’enfance, la jeunesse, la première maison achetée avec ses droits d’auteurs, l’Amérique, l’aventure puis la rupture avec Bernard Barrault, l’arrivée chez Gallimard où Djian fut commis dans sa jeunesse, les écrivains fétiches, la complicité avec Stephan Eicher... Philippe Djian est une affaire qui roule, dès le début, une entreprise même. Un roman et demi par an en moyenne, des chiffres de vente qui ne se démentent pas, des critiques acerbes dont il se moque comme il se moque presque autant des compliments.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous ne sommes pas ici dans une hagiographie. Mine de rien – et peut-être à son corps défendant du reste –, à narrer cette success story par le menu, David Desvérité nous fait entrer dans une sorte de cycle, une série de moments qui finissent tous par se ressembler. À partir de l’arrivée chez Gallimard, le travail de Djian devient quasiment routinier. Personne ne s’en plaint, lui le dernier, mais le lecteur de cette biographie finit par s’en rendre compte. L’aventure est terminée. Installé, décoré, désormais ouvert à toutes les occasions de montrer sa bobine, Philippe Djian n’est plus un mystère. Il n’en reste pas moins un extraordinaire auteur qui a suscité bien des vocations, mais ce que nous en montre son biographe, sur les dernières pages, n’est plus aussi extatique qu’aux débuts.

On se dit alors, en refermant ce livre de quelque 500 pages, qu’on a suivi là un exercice à la Perrec : une tentative d’épuisement du cas d’un auteur. Comme seul un fan est capable d’en écrire.

À découvrir : la présentation du dernier livre de Philippe Djian paru aux éditions Gallimard : Chéri-Chéri.

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  • Références du livre
    Philippe Djian, en marges
    Biographie par David Desvérité
    Préface de Virginie Despentes
    23 x 15 cm ; 504 p. ; illust. N&B ; 24 € : Isbn : 978-2-85920-995-7 ; oct. 2014
    Éditions Le Castor Astral
    BP 11 – 33038  Bordeaux cedex
    http://www.castorastral.com