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28 11 2019

Pépites de Montreuil : romans pour ados, littérature pour tous !

Par Chloé Marot


Pépites de Montreuil : romans pour ados, littérature pour tous !

Photo : DR

Lauréate de la Pépite Fiction ados pour Le Dernier sur la plaine, publié chez Thierry Magnier, Nathalie Bernard est revenue, avec Hélène Vignal, également en sélection pour Si l'on me tend l'oreille (Rouergue), quelques jours avant la révélation des Pépites du Salon de Montreuil, le célèbre prix récompensant depuis 2011 les meilleurs titres jeunesse parus dans l’année d’après un jury composé par les équipes du Salon du livre et de la presse jeunesse (SLPJ), sur son parcours et ses ouvrages.

 
Si les deux auteures ont déjà de nombreux livres à leur actif, cette nomination est évidemment une bonne nouvelle. Pour Nathalie Bernard, c’est la surprise qui prévaut : "Les doutes ne s’arrêtent jamais, même après 20 ans. Et on a toujours besoin de l’accompagnement de l’éditeur." Hélène Vignal confirme : "Cela donne de la visibilité au titre et c’est une bonne nouvelle d’autant que mon éditrice, Sylvie Gracia, qui m’a découverte et accompagnée depuis 2004, a quitté le Rouergue (et n’a donc pas pu soutenir Si l’on me tend l’oreille au moment de sa sortie, ndlr). Ce n’est pas tant le prix que la possibilité de toucher différents lecteurs qui m’importe."  
 
 

La liberté au cœur

Leurs deux romans appartiennent à ce que l’on appelle la littérature young adult, c’est à dire une littérature dont les thèmes, l’énergie, le rythme du texte et la figure du héros trouveront une résonance prioritairement, mais pas exclusivement, chez les 15-25 ans. Généralement, le personnage principal est adolescent et se révèle combatif, ou, au moins, acteur de son destin : c’est le cas de Grouzna, l’héroïne de la fable envoutante d’Hélène Vignal, déambulant dans le Pays des Trois Provinces. Là-bas, le peuple est partagé entre sédentaires et ambulants. On se méfie toujours un peu de ceux-là qui, allant de foire en foire, connaissent trop de secrets. Quand il accède au pouvoir, le jeune roi Baryte Myrtale décide que désormais les ambulants seront assignés à un territoire. Certains d’entre eux vont refuser de perdre leur liberté. Parmi eux, Grouzna, une étrange jeune fille qui sait deviner le destin de chacun, mais est incapable de lire le sien.
 
De même, Kwana, le héros de Nathalie Bernard, a 13 ans au début du récit et 25 à la fin. S’appuyant sur des faits réels et sur le destin hors norme de Quanah Parker qui sera le dernier chef comanche à avoir vécu libre sur les grandes plaines américaines, l’auteure propose un texte très prenant, sensible et juste, qu’elle juge accessible pour tous les lecteurs, à partir de 13 ans. "Je ne parle généralement pas de littérature ado, explique-t-elle, mais de littérature jeunesse ou de littérature tout court."

 

>> Lire la chronique du Dernier sur la plaine <<

 

Le young adult, une catégorie ouverte

D’ailleurs, il arrive régulièrement que ces ouvrages soient rangés à la fois dans l’espace jeunesse et dans l’espace adulte des médiathèques. Considérée il y a une dizaine d’années encore comme une sous littérature –une sorte de passerelle vers la Vraie Littérature (celle pour adultes, donc) empruntée par les bons lecteurs de 13 ans ou par les mauvais lecteurs de 25 ans-, la fiction ado séduit un public de plus en plus large. En effet, nous sommes passés des romans pour ados didactiques et réalistes à des ouvrages décloisonnant les âges des lecteurs en permettant des réflexions sur le monde et les sociétés. Pour Hélène Vignal, "tous les sujets peuvent être traités. Il faut cependant laisser un espoir avec des personnages qui croient en quelque chose, qui doivent ouvrir des perspectives. Finalement, tous mes textes tournent autour de la question de la ressource : comment on découvre nos propres ressources, comment on les utilise." Nathalie Bernard approuve : "Il n’y a pas de sujet tabou. Par exemple, il y a une scène de viol dans mon précédent livre, Sauvages. La seule différence [par rapport à un livre de littérature générale, ndlr] se fera dans le traitement : il s’agit d’une évocation de l’acte."

 

"Pour que la magie opère et que le livre soit bon, il faut, bien évidemment, ajouter à cela le travail de l’écrivain et le temps de l’écriture."

 

Le temps de l’écriture

Chacune l’affirme : au moment de l’écriture, il ne faut pas essayer d’écrire pour les ados mais bien travailler une histoire littéraire. Nathalie Bernard, qui vient de la littérature générale, en a fait les frais lors de sa première tentative d’incursion en jeunesse. Son manuscrit, qui mettait en scène un adolescent et ses problèmes d’ado, était refusé par les éditeurs spécialisés en jeunesse. Tibo Bérard, éditeur de la collection Exprim’ chez Sarbacane, ne disait pas autre chose quand, il y a quelques années, il prévenait de manière franche et directe : "Si le manuscrit sent l’ado, je le refuse."
 
Pour que la magie opère et que le livre soit bon, il faut, bien évidemment, ajouter à cela le travail de l’écrivain et le temps de l’écriture. Pour Hélène Vignal, employée à temps complet, l’écriture se faisait jusqu’à présent sur son temps libre, de même que la promotion de Si l’on me tend l’oreille, soutenue et aiguillée dans ses démarches par ALCA. Mais l’année qui vient et qu’elle appelle "sabbatique", sera studieuse et consacrée à l’écriture d’un nouveau roman accessible dès l’adolescence, grâce à la bourse d’écriture que le Centre National du Livre vient de lui accorder. Ce temps, si important pour l’écrivain, a également été donné à Nathalie Bernard, ALCA lui ayant proposé une résidence d’écriture de 4 semaines en juin 2018 au Chalet Mauriac à Saint-Symphorien. "Une fois qu’on commence à être soutenue, la Région ne nous lâche plus : c’est un vrai soutien de qualité", reconnaît-elle. C’est d’ailleurs dans ce cadre propice à la concentration que Le dernier sur la plaine a commencé à prendre forme.
 
Depuis la parution, les deux auteures vont à la rencontre des lecteurs en librairies, des jeunes dans le cadre scolaire ou associatif pour des discussions ou des ateliers d’écriture. Nul doute qu’avec ce prix et leur nomination aux Pépites, ces temps d’échange ont de beaux jours devant eux et les livres une seconde vie.
 

 
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Lucas Méthé, scénariste de BD néo-aquitain, sélectionné pour les Pépites

Les mystères de Jeannot et Rebecca, parue aux éditions du Poisson Soluble, est une bande dessinée simultanément ancrée dans le réel et complètement loufoque. Lucas Méthé (au scénario) et François Henninger (pour ses dessins dynamiques et extrêmement libres, réalisés à l’aquarelle avec un splendide travail sur les teintes) proposent aux enfants dès 7 ans une plongée dans la vie trépidante de Jeannot, un petit garçon au caractère affirmé (pour ne pas dire colérique), déterminé à faire tourner la ferme qu’il vient d’acquérir avec les sous de sa tirelire. Sauf qu’aucun animal ne vit dans cette ferme, à part Rebecca, sa colocataire, qui est une oie. Bah, quoi ? Jeannot, aidé par un voisin évidemment étrange, va tenter de résoudre son mystère : pourquoi aucun animal ne vient travailler dans sa ferme, malgré les annonces de recrutement qu’il a fait paraître ? 

Audacieuse, parfois absurde, souvent très drôle, cette bande dessinée est la première incursion en jeunesse de Lucas Méthé et de François Henninger. "C'est agréable de se sentir admis dans l'univers des enfants, dans leurs goûts et leurs amusements, confie le scénariste. Quand ensuite j’ai appris notre nomination aux Pépites de Montreuil, j’ai pensé que nous aurions peut-être la chance d'avoir quelques lecteurs de plus qui découvriraient le livre et l'aimeraient." La Pépite de la Bande Dessinée sera remise mercredi soir, à l’un des 6 titres en lice.
 
 
 

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