En vue 2018

19 11 2018

"Octopus", une revue qui fait ses pieuvres

Par Nicolas Rinaldi


Photo : Caroline Chassaing et Marie Serect - Nicolas Rinaldi / ALCA Nouvelle-Aquitaine

Lancée en début d’année par Marie Secret en vue de financer l’audacieux projet d’apprentissage de la langue par l’image Cinelexique, la revue Octopus a su affirmer son originalité et trouver ses lecteurs. Elle sera présente au Salon du Livre Gourmand de Périgueux, du 23 au 25 novembre.

 
Un met, une œuvre. La moutarde, le safran, le poivre et bientôt l’ail donnent ainsi corps au credo d’Octopus. Cette revue papier bimestrielle, qui se veut un « précis artistique des mots de bouche », a été lancée par Marie Secret dans le but de financer Cinelexique, une plateforme pédagogique d’apprentissage du français par le cinéma, dédiée aux associations et fondations luttant contre l’illettrisme et facilitant l’intégration. Depuis près d’un an, le titre a pris de l’ampleur, bénéficiant de la collaboration de grands noms des arts, et pas seulement culinaires.
 
Épousant le format original du journal Le 1, Octopus offre huit pages de contenus et une affiche réalisée par les artistes de renom que sont Dominique Bertail, Mister Ken, Alexandre Clérisse et Lassaâd Metoui. Les textes, eux, cuisinent le met mis à l’honneur et sont rubriqués en « mythologie », « art contemporain », « histoire », « étymologie », « voyage », « essai » et… « recette », évidemment.

 

« Nous n’aurions pu sortir de revue sans l’implication de chacun. »

 
Présidente de l’association Bande Originale, réunissant plusieurs personnalités du monde de l’art et du cinéma, Marie Secret peut s’appuyer sur une équipe de passionnés : « Nous n’aurions pu sortir de revue sans l’implication de chacun. » De l’écrivain et ancien journaliste Sébastien Gindre à la conservatrice et auteure de L’Histoire de l’art pour les nullissimes (First) Alexia Guggémos. Mais aussi Saloua Bouchaoui, Virginie Ferré et Caroline Chassaing, la rédactrice en chef. « Travailler sur un tel OVNI qui se construit au gré de rencontres avec des auteurs est une activité passionnante », se réjouit la professeure de français langue étrangère, qui a travaillé plus de dix ans avec un public de migrants et de personnes analphabètes ou en situation d’illettrisme. Pleinement impliquée dans le projet depuis le premier numéro, la fantasque auteure culinaire Coco Jobard nous a malheureusement quittés au début du mois de novembre.
 
Octopus se retrouve aussi sur le web, avec une version anglaise en libre accès, un blog et une boutique. Des planches sont aussi en vente, notamment Alcôve de Lassaâd Metoui, œuvres qui pourraient également être exposées. Tirée à 25 000 exemplaires, le succès de la revue est « plutôt inattendu » pour Marie Secret, qui s’est lancée dans l’édition « sans en connaître les rouages ». Mais avec la ferme intention de financer son projet Cinelexique.

 

« L’avenir du projet et de la revue est loin d’être financièrement garanti. »

 
C’est en voyant son troisième fils Hector apprendre le français grâce à la série télévisée d’animation Barbapapa et forte de son apprentissage de la langue de Cromwell en fréquentant les théâtres newyorkais que Marie prend conscience du rôle de l’image dans l’apprentissage des langues. La crise migratoire que traverse l’Europe l’a convaincue il y a quatre ans de lancer sa plateforme Cinelexique. Le concept ? Apprendre le français par l’image. « Le cinéma a cette force unique pour transmettre à la fois la langue mais aussi les codes gestuels pour mieux la comprendre », explique celle qui vit à Bordeaux depuis 2014. « Et ainsi, par la langue, faciliter l’intégration de ceux, de plus en plus nombreux, qui en expriment le besoin ».
 
Sensible à la démarche de Marie Secret, Jacques Audiard lui a donné la possibilité d’utiliser deux de ses films, Un Prophète et Dheepan, pour monter le module de présentation du projet qui sera diffusé pour une campagne de crowfunding à venir. Car Cinelexique, porté par Marie, Caroline et Ruedi Baur, est encore en phase de pilotage et a besoin de fonds. « L’avenir du projet et de la revue est loin d’être financièrement garanti », alerte Marie Secret, qui ne cesse de rechercher des soutiens pour donner corps à « son rêve d’apprendre la langue par le cinéma ». Et continuer de nous faire lire une telle revue.




Retrouvez Octopus sur son site web.