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08 07 2014

Nelson Bourrec Carter écrit la carte de son film

Par Catherine Lefort


Nelson Bourrec Carter écrit la carte de son film

Nelson Bourrec Carter en plein travail d’écriture. Il bâtit le puzzle de son scénario sur des Post-It de différentes couleurs correspondant aux quatre actes. Sur la carte, il reconstitue la trajectoire du roadmovie et travaille le « séquençage ». © C.L.

Photographe, vidéaste et réalisateur, Nelson Bourrec Carter est arrivé le 10 juin dernier au Chalet Mauriac et consacre sa résidence à l’écriture de son premier long-métrage. Né d’un père américain et d’une mère française, Nelson a grandi en France. Cette mixité culturelle a forgé sa sensibilité par rapport aux deux territoires et son univers artistique.
Il évoque le travail d’écriture de son prochain long-métrage.

«  Aussi paradoxale que cela puisse paraître, ma culture américaine s’est forgée par la fiction. Étant petit, je suis allé souvent aux États-Unis, particulièrement à New York, mais j’ai grandi en France. J’avais une construction mentale des U.S. basée essentiellement sur des bribes de culture populaire : cela va des musiques des années 70, des programmes TV des années 80, en passant par des films contemporains ou non, de livres… qui ont créé chez moi un univers « patchwork ». Ça été mon premier rapport à la fiction. À l’âge adulte, quand j’ai voyagé pour la première à l'intérieur du territoire américain, notamment lorsque j’ai tourné un documentaire là-bas, j’ai pu mesurer l’écart entre mon Amérique fantasmée et l’Amérique réelle. J’ai alors décelé ces parts fantasmées ou réelles dans mon travail d’artiste, cette sensibilité que j’avais par rapport aux deux territoires.
Ce qui m’intéresse c’est de traiter de cette zone « intersticielle ».
Take me to the water, le court-métrage que j’ai réalisé à l’issue de ma formation à l’école des Beaux-Arts  et qui a été tourné dans les Landes, a été artistiquement influencé par l’œuvre d’Andrew Wyeth, ce peintre rural américain très connu, dont la peinture la plus connue est Christina’s world.
 
Après ce tournage, je suis parti aux États-Unis, et là-bas, j’ai filmé quasiment de façon documentaire. J’ai aimé retrouver cette façon de filmer, d’expérimenter, cette souplesse, cette liberté qu’a cette prise de vue. Et puis j’ai commencé à écrire sur ce que j’ai filmé… J’ai entamé une fiction à partir d’événements réels – parfois insolites – qui se sont déroulés.
Quand je suis rentré en France, j’ai eu la certitude de vouloir écrire ce que j’avais commencé lors de mon périple américain. Mais il me manquait un cadre pour le faire. Lorsqu’il s’agit d’un
roadmovie qui a pour cadre de grands espaces, il est compliqué de concevoir un film dans le confinement d'un petit appartement… Et au moment où j’ai démarré le synopsis, j’ai reçu un mail d’Écla me proposant de postuler à une résidence… Cela ne pouvait pas mieux tomber.
C’est un film un peu particulier, dans la mesure où le point de départ n’est pas l’écriture, mais l’image, le réel : des films, des vidéos, des photos… L’idée est de créer une fiction à partir du matériau recueilli là-bas, issu du vécu, d’événements, de scènes aussi parfois jouées.
Concernant les vidéos, il y a très peu de mise en scène. Les mises en scène viennent après, par le montage. Et le film se construit beaucoup autour de lieux différents. Du coup, quand je suis arrivé ici, j’ai commencé à dessiner le trajet et à calibrer chaque séquence.

Glowsticks (littéralement « bâtons lumineux ») c’est le titre provisoire de ce film en quatre actes. Il s’agit d’une histoire d’amour, de premier amour, de perte, de fantasmes aussi, sur fond de roadtrip. Ce film conjugue beaucoup de choses qui sont présentes dans mon travail. »

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