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15 mars 2015

Naviguer dans une coquille de noix, sur l'océan

Propos recueillis par Nathalie André au Chalet Mauriac le 11 mars 2015.


Naviguer dans une coquille de noix, sur l'océan

Vanessa Lépinard – DR

Après avoir travaillé dans la production audiovisuelle avec la réalisation d’une douzaine de films institutionnels, Vanessa Lépinard a suivi une année de formation dans l’atelier scénario de la Fémis. Engagée depuis sur des projets personnels,  elle a réalisé deux courts-métrages En douce (2009) et Ni sucre ni couronnes (2013), ce dernier soutenu par l'Aquitaine et tourné dans les Landes. Elle a souhaité poursuivre le lien avec la région et s'est installée au chalet Mauriac (du 2 au 13 mars puis reviendra du 15 au 29 juin 2015) pour travailler sur l'écriture de son 1er long métrage, Materna, dont Marie Agnely (Ysé production) assurera la production.

Nathalie André – Un long parcours précède le choix de réaliser vos propres créations ?
 
Vanessa Lépinard – Oui ce n'est que depuis 2005 que je fais de la mise en scène. Après En douce en 2009, qui a été récompensé dans plusieurs festivals – ce qui m'a encouragé à poursuivre – il y a eu Ni sucre ni couronnes. C'était une nouvelle au départ. C’est étonnant parce que quand je l’ai écrite, je me disais que j’écrivais ce que je croyais ne pas être capable de tourner ; de ce fait je préférais une forme littéraire. C'est l'histoire d’une femme âgée qui vient d'être hospitalisée et sa famille se mobilise autour d'elle… Aussi les réflexions intérieures du personnage, l’agonie puis la mort me semblaient trop personnelles pour que je les filme moi-même. Et puis il me fallait avoir un recul suffisant pour réussir à m’en amuser ce qui est important quand on tourne.
 
N. A. – Maintenant vous vous lancez sur la réalisation d'un long-métrage, un travail de longue haleine ?
 
V. L. – Materna je l’ai écrit en 2009 et là, je l’ai réengagé avec la productrice Marie Agnely (Ysé production) avec qui j’ai signé Ni sucre ni couronnes, film qui a suscité ma 1re rencontre avec l'Aquitaine. Ce nouveau projet est très sensible : un couple qui ne peut pas avoir d’enfant fait appel à une mère porteuse, ce qui est illégal en France. L'actualité récente autour des nouveaux agencements familiaux et des questions que ça soulève sur la place de l’enfant notamment, n’a pas trop touché la question de la procréation par porteuse. Légalement, rien n'a changé depuis que je l’ai écrit. Pour autant l’actualité qui a émergé depuis autour de ces questions est une des difficultés de ce scénario : je risque d’être jugée sur le sujet lui-même et non sur le traitement du sujet.
 
N. A. – Comment travaillez-vous sur un scénario de long métrage ?

V. L. – Écrire des nouvelles – ma production est très modeste – c’est très différent. Il faut trouver une efficacité narrative et comme c’est court c’est assez vite identifiable. Le fait de travailler un style donne une satisfaction immédiate. Pour un scénario, on peut prendre plaisir sur l’écriture de certains dialogues mais on ne cherche pas un style. Et il y a autant d’importance à avoir un univers personnel qu’à savoir utiliser les outils d’écriture scénaristique et à avoir une habileté à les utiliser. Un scénario c’est un peu comme une recette, c’est écrire pour l’écran, pas écrire pour écrire. J’essaie de ne pas être trop dans le jugement pendant ces périodes où j'écris. Il faut se laisser poser les choses même si c’est plat, même si on sait que ce n’est pas encore bon et accepter de tout transformer à chaque étape. L'erreur que j’évite maintenant c'est d'essayer de préserver à tout prix quelques articulations parce qu'elles semblent bien. Il faut beaucoup jeter et souvent de bonnes choses, pour commencer à obtenir une trame qui se tient. C'est dans un deuxième temps que la matière s'étoffe, devient plus aboutie...
 
N. A. – Le fait d'avoir déjà derrière vous de nombreux projets réalisés et primés doit apporter de la confiance sur cette étape ?
 
V. L. – Oui il faut se faire confiance mais quand on en est à l'écriture d'un long métrage, c’est qu’on a laissé derrière soi plusieurs projets non aboutis alors on peut plus facilement douter de sa capacité à aller au bout et puis c'est quand même beaucoup plus difficile à faire. Il n'y a pas que l'écriture ou la recherche de financement ou le tournage, il y a aussi un enjeu majeur qui est le public. Les gens vont payer pour aller voir ce film ; personne ne paye pour aller voir un court-métrage. Alors on n'a pas la même responsabilité vis-à-vis du spectateur. C'est une étape très solitaire ce moment de l'écriture avec sa présentation à différentes commissions. Avec la productrice, on n'est que deux et on se sent comme un couple perché sur une coquille de noix sur l'océan. Alors depuis 2013, j'apprécie vraiment de me sentir soutenue par Écla. Il y a un vrai suivi du projet, du début à la fin et on ne se sent pas jugées ni pour maintenant ni pour la suite. Et ici, il fait beau, la végétation renaît alors chaque jour ça me porte.
 

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