L’actu pro

03 04 2018

Nathan Lévêque, prescripteur de littératures

Propos recueillis par Nicolas Rinaldi


Nathan Lévêque, prescripteur de littératures

Photo : Capture d'écran - Le cahier de lecture de Nathan, YouTube

Depuis son blog et sa chaîne YouTube, Nathan Lévêque est, auprès d’un public jeune, l’un des prescripteurs littéraires les plus influents du web. Invité à la matinée professionnelle qu’organisent l’ALCA et l’Escale du livre le vendredi 6 avril, il revient sur les frontières entre littérature adolescente et littérature adulte.

 
Considérez-vous une ou plusieurs frontières entre littérature adolescente et littérature adulte ?
 
La première frontière, naturelle, est celle de l’âge. Nous avons malheureusement un peu tendance à la négliger, ce qu’a rappelé fort justement l’auteure Clémentine Beauvais dans une interview donnée à Boitamo sur YouTube. Elle expliquait que les romans jeunesse, et notamment pour ados, sont éditorialisés pour être lus par des adolescents. Ils s’adressent à ce public précis avec les problématiques qui lui sont propres : première fois, découverte sensuelle, sentiments très intenses… Ce qui n’empêche pas des adultes de lire ces romans parce qu’ils se retrouvent dans ces sujets.
 
 

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Le livre en tant qu’objet est également appréhendé de manière différenciée selon le public visé. En littérature « vieillesse » - en opposition à la littérature ado -, l’objet-livre relève presque du sacré, avec la couverture blanche et une sobriété de rigueur… En littérature ado, les couvertures s’affranchissent de ces contraintes par de la couleur et un graphisme original. Un effort de communication est également apporté sur les réseaux sociaux pour toucher les jeunes mais aussi par le biais de prescripteurs comme les blogueurs ou les booktubeurs.

 

 
Selon la littérature, l’œuvre est donc traitée avec un ton différencié. Avec plus de liberté pour la littérature ado ?
 
Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une question de liberté mais d’intensité et de spontanéité dans le propos. La force avec laquelle sont racontés les sentiments explique mon intérêt pour cette littérature. La littérature générale me semble prendre plus de temps et de mesure pour émouvoir le lecteur.
 
 
Les frontières entre ces deux littératures sont donc assez ténues. Quelles en sont les accointances ?
 
Les frontières que j’ai évoquées restent artificielles : beaucoup d’adolescents vont lire de la littérature générale ou des classiques et, inversement, des adultes lisent des romans pour ados. Cette dichotomie est fragile, n’ayant vu le jour il y a une vingtaine d’années quand s’est exprimé un besoin de lire une littérature propre aux adolescents et non seulement une passerelle entre la littérature jeunesse et la générale.
 
 
L’école a donc un rôle central à jouer pour faire aimer la lecture aux adolescents à travers cette littérature…
 
Beaucoup d’enseignants font un très bon travail en arrivant à amener les élèves à la fois à lire des classiques et d’autres choses, plus adaptées à leur âge. La culture littéraire est essentielle mais il faut trouver cet équilibre entre faire lire des romans « plaisirs », pour donner l’envie aux jeunes, et des grands standards de la littérature.
 
 

"Le public qui me suit sur ces médias reste quand même très jeune, la plupart de mes abonnés ayant entre 18 et 30 ans."


 
En tant que prescripteur (blog, chaîne YouTube), comment analysez-vous le rapport des lecteurs à ces deux littératures ?
 
Le public qui me suit sur ces médias reste quand même très jeune, la plupart de mes abonnés ayant entre 18 et 30 ans. L’adolescence passée, ils se situent dans cet entre-deux, à la fois intéressés par la littérature ado et la littérature générale. Quand je fais une vidéo de mes quatre à cinq dernières lectures, je parle souvent de livres provenant des deux littératures, présentés sur un pied d’égalité.
 
 
Il existe néanmoins des publics distincts, fidèles à une littérature précise…
 
Oui, évidemment, même s’il y a plus d’adolescents que d’adultes qui, à mon avis, piochent dans les deux littératures. Parmi mes abonnés et lecteurs, les retours sur la littérature classique émanent surtout d’adultes et ceux sur la littérature ado de personnes plus jeunes.

 

"Il y a une grosse part de la littérature en général qui est peu présente dans les médias puisque l’on parle surtout des mêmes livres."


 
Quel rôle ont a joué les médias comme les chaînes YouTube, les blogs ou les réseaux sociaux pour susciter l’envie de lire chez les jeunes et permettre des échanges avec un public plus large ?
 
Pour ma part, je me trouve une utilité en présentant des livres dont on n’entend pas forcément parler à cause d’un relai de la littérature jeunesse peu présent dans les médias traditionnels. En ayant dans le même temps un pied dans les métiers du livre, je me rends compte aussi qu’il y a une grosse part de la littérature en général qui est peu présente dans les médias puisque l’on parle surtout des mêmes livres. Mon rôle de prescripteur consiste aussi à mettre dans la lumière des petites maisons d’éditions, des auteurs peu connus…
 
Et ce rôle de prescripteur est d’autant plus important pour la littérature ado étant donné que l’essentiel de son public est connecté aux réseaux sociaux et à YouTube.