En vue 2018

24 10 2018

Mois du doc : Pyramide Production donne la parole

Propos recueillis par Catherine Lefort


Mois du doc : Pyramide Production donne la parole

Photos : "à l'infini" et "Le Soliloque des muets" / Pyramide Production

Deux films de la société de production Pyramide sont présentés lors du Mois du film documentaire en novembre 2018 : Le Soliloque des muets et à l’infini. Créée à Limoges il y a 30 ans par Patrick Séraudie, Pyramide Production compte aujourd’hui dans son catalogue plus de 70 films documentaires en coproduction avec les chaînes de télévision françaises. Coup de projecteur avec Isabelle Neuvialle, productrice déléguée.

 
Le Soliloque des muets, réalisé par Stéphane Roland, révèle au grand jour les crimes perpétrés par le régime de Suharto en Indonésie dans les années 60. Longtemps muselés par un système oppressif, les anciens prisonniers politiques relatent enfin leur enfer vécu il y a plus de 50 ans à travers des témoignages recueillis et lors du tribunal populaire symbolique organisé à La Haye en 2015. Dans un tout autre domaine, à l’infini est une immersion dans la Maison d’accueil pour déficients mentaux de Maud Mannoni en Dordogne*. Dans cet univers clos, la caméra d’Edmond Carrère s’attarde délicatement sur le personnel soignant, aux paroles et gestes toujours répétés.
 
A priori, ces films semblent très différents, mais on s’aperçoit bien vite qu’ils ont en commun l’intention de mettre en lumière des êtres humains qui ne peuvent parler de leurs maux, de libérer la parole de ceux qui souffrent d’une blessure intérieure.

 

"Ce qui nous intéresse, notamment dans les films qui portent sur l’histoire, ce n’est pas l’Histoire avec un grand H, mais ce sont les petites histoires qui sont à l’intérieur…"


 
Isabelle Neuvialle est entrée chez Pyramide production il y a 23 ans, en tant que stagiaire. C’est ainsi qu’elle a découvert le cinéma documentaire. À force de détermination et de travail, elle est devenue productrice, permettant à Patrick Séraudie, le fondateur de la maison de production, de se consacrer pleinement à la réalisation de ses films :

« S’il y a bien quelque chose qui nous tient à cœur à Pyramide, c’est de donner la parole à des gens qui n’ont pas ou ne peuvent pas avoir l’occasion de l’avoir, pour une raison ou une autre. Ce qui nous intéresse, notamment dans les films qui portent sur l’histoire, ce n’est pas l’Histoire avec un grand H, mais ce sont les petites histoires qui sont à l’intérieur… Pour Le Soliloque des muets, c’est complètement ça. Chacun des films a une genèse très différente. Le Soliloque des muets a demandé quatre ans de travail. L’idée de Stéphane Roland a été de faire le voyage en Indonésie pour aller à la rencontre des victimes de la répression de 1965, qui ne s’étaient jamais exprimées. Il s’est appuyé sur les associations présentes en France – notamment Réseau Indonésie – et il a pu recueillir de nombreux témoignages. Dans un deuxième temps, s’est tenu le Tribunal populaire que Stéphane a eu l’idée de photographier – de superbes clichés en noir et blanc intégrés au film [ndlr] – : c’est ce mélange des deux matières qui a constitué le film, qui lui a donné une autre envergure. Ce film a été difficile à produire. Il était éloigné des problématiques européennes. Et puis l’Indonésie est méconnue, comme le sont les événements de 1965 dans ce pays, y compris des historiens.
 
à l’infini a eu deux éléments déclencheurs : Pyramide a produit les deux premiers films d’Edmond Carrère (Miage et Mato) et nous avions envie de continuer avec lui et de l’aider à déployer son talent d’artiste. Edmond est également le chef opérateur d’un film que nous venions de produire avec la réalisatrice Claire Durand-Drouhin, par ailleurs danseuse et chorégraphe : Le Monde autrement, qui est une plongée dans l’univers d’un centre d’accueil spécialisé. Le film est axé sur les résidents qui dansent avec la réalisatrice, les personnels soignants étant complètement hors-cadre. Lorsqu’Edmond a souhaité retourner dans une maison d’accueil, mais en braquant sa caméra vers les soignants, ça nous a paru très intéressant et complémentaire.
 
Je dirais que chaque film fait l’objet d’une approche particulière et que chaque film est un prototype différent à produire, celui-là n’y fait pas exception. Mais la MAS (Maison d’accueil spécialisée) de Maud Mannoni en Dordogne est un lieu à part. Ce n’est pas un hasard si le film a été tourné là. C’est une maison ouverte où il y a de nombreuses résidences d’artistes. Acteur dans le film, Mathieu Sajous est le directeur du centre. Il est aussi un être exceptionnel dans son domaine d’activité. C’est un professionnel très impliqué qui porte ce lieu. Le genre de personne idéale pour faire un film. »

 

"J’aimerais bien que ce film fasse bouger la vision sur le handicap… Ne serait-ce que faire évoluer le regard et la curiosité d’une personne, c’est déjà un pari gagné !"

 

Une avant-première du film a lieu le 26 octobre en soirée au cinéma Utopia à Bordeaux. La projection du film sera suivie d’un débat sur l’accompagnement des personnes déficientes mentales, Mathieu Sajous sera présent avec des soignants du centre.
 
« Il va faire venir des résidents, c’est pour lui essentiel : cette ouverture, on la voit dans le film et elle perdure après, dans l’accompagnement qu’il fait lui-même du film. Le film a été présenté à la MAS de Montpon-Ménestérol, aux personnels soignants et aux résidents : les gens ont beaucoup ri, ce qui m’a étonnée… Je me suis dit que c’est peut-être parce qu’ils se connaissent… Puis il a été présenté au festival Visions du réel à Nyon, en Suisse, où il était en compétition ; même chose : les gens riaient ! J’ai alors pleinement réalisé que ce film dégage quelque chose de lumineux. Nous avions travaillé cette idée de légèreté au montage mais j’en ai vraiment pris conscience lors des projections et des moments de partage avec le public. »
 
Et lorsqu’on demande à Isabelle Neuvialle si elle espère que ce film va faire bouger la vision du handicap : « J’aimerais bien… Ne serait-ce que faire évoluer le regard et la curiosité d’une personne, c’est déjà un pari gagné ! Parfois on y croît, bien sûr. Il y a 50 ans, on appelait ces gens des fous – on n’a plus le droit d’employer ce mot – et on les enfermait. Les patients aspirent à plus d’ouverture vers le monde et j’espère que le film contribue à cela : ouvrir un peu le regard… »
 
Achevés fin 2017, Le soliloque des muets et à l’infini, conçus pour la télévision, ont reçu chacun une Étoile de la SCAM 2018, une belle reconnaissance. Pyramide Production célèbre ses 30 ans cette année, avec une cinquantaine de projections, débats et autres soirées festives de novembre 2018 à octobre 2019. Le lancement a lieu à l’Utopia le 26 octobre…
 
* intégrée au Centre hospitalier Vauclaire à Montpon-Ménestérol.
 

 
Pyramide Production
10 rue des Tanneries 87000 Limoges
06 20 73 53 70 / lesfilmspyramide@gmail.com
www.pyramideproduction-films.com

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  • Plus d’informations sur les films

    Le Soliloque des muets

    Production Déléguée : Isabelle Neuvialle / Pyramide Production
    Coproducteurs : Bip TV – Sophie Cazé & Obatala
    Durée : 70 minutes
    Images, photographies, son, montage : Stéphane Roland
    Consultante histoire et criminologie : Truly Hitosoro
    Création sonore originale : Pierre-Marie Blind
     
    Avec le soutien des Régions Nouvelle-Aquitaine, Ciclic - Centre-Val-de-Loire & Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée et de la PROCIREP-Société des Producteurs et de l’ANGOA. Bourse Brouillon d’un rêve de la SCAM.
     
    Festivals
    Prix Bernard Landier du jury lycéen au Festival International du Film d’Histoire de Pessac, novembre 2017
    Sélection à la Media Library de Visions du Réel, Nyon, avril 2018
    Sélection au Festival de Cinéma de Douarnenez, Août 2018
    Sélection à Images en Bibliothèques 2018
    Étoile de la SCAM 2018
     
     

    à l’infini


    Production Déléguée : Isabelle Neuvialle / Pyramide Production
    Avec la participation de : TV7 & vià Occitanie
    Durée : 72 minutes
    Image, son, montage : Edmond Carrère
    Montage : Florent Mangeot
    Montage son & mixage : Fabien Bourdier
     
    Avec le soutien des Régions Nouvelle-Aquitaine, & Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée et de la PROCIREP-Société des Producteurs et de l’ANGOA.
     
    Festivals
    Sélection en compétition internationale long-métrage au Festival Visions du Réel Nyon, avril 2018
    Étoile de la SCAM 2018
    Festival Interférences, Lyon, 2018
    Cinemed, Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, Section « Regards d’Occitanie », octobre 2018
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