En vue 2019

15 10 2019

Mois du doc : 20 ans de films documentaires partagés

Par Catherine Lefort


Mois du doc : 20 ans de films documentaires partagés

Photo : Mois du film documentaire / Images en bibliothèques

Le Mois du film documentaire, qui se tient en novembre chaque année, est né avec le siècle. 20 ans déjà ! Et en pleine forme avec aujourd’hui près de 3 300 séances sur tout le territoire français, portées par 2 500 structures participantes et coordonnées au niveau national par Images en bibliothèques et en Nouvelle-Aquitaine par Les Yeux verts, CINA et ALCA.

 
Depuis les années 1970, les bibliothèques ont constitué des collections de films documentaires grâce à l’acquisition des droits de ces films par le ministère de la Culture et le CNC ; c’est unique au monde. Pour mettre en lumière ces fonds, l’association Images en bibliothèques et ses partenaires ont créé un événement : le Mois du film documentaire. Lancé en 2000, il s’est appuyé sur le réseau des bibliothèques et aussi sur les salles de cinéma, les structures culturelles, éducatives et sociales. Le but était de faire connaître les fonds des bibliothèques, de montrer le plus possible de films, de favoriser la sortie de ces films en salles de cinéma, de toucher le grand public en essayant de favoriser des partenariats entre les différents acteurs.
 
"Pour la première édition, nous avons réuni 200 structures participantes, ce qui était déjà un succès. Le principe du Mois du doc est toujours le même depuis sa création ; on y tient beaucoup : c’est un réseau qui travaille ensemble pour promouvoir le documentaire avec une règle érigée dès le départ : la liberté de participation et de programmation. Notre rôle à Images en bibliothèques est de fédérer l’ensemble des actions." Marianne Palesse, déléguée générale d’Images en Bibliothèques
 
Porté par Images en Bibliothèques au plan national, par les coordinateurs régionaux et les lieux participants dans les territoires, le Mois du doc est une manifestation salutaire dont la vertu est de faire découvrir et faire aimer le genre du film documentaire, à distinguer du reportage ou du document d’investigation. Cette forme est une création cinématographique à partir d’éléments issus de la réalité – on parle de cinéma du réel – : elle est un regard singulier d’un auteur-réalisateur qui offre une vision du monde ou d’un événement, elle traduit son engagement au long cours sur un sujet. Le documentaire a le souci d’innover sur la forme, de trouver le juste langage, il y a une vraie recherche artistique qui en fait un genre cinématographique à part entière.
 
 

"Le mois du doc permet aux films qui ne sortent pas en salles de cinéma d’être projetés sur grand écran – ainsi que dans d’autres lieux – et inversement."

 
Voir des documentaires sur grand écran permet de sensibiliser le public à un genre pas toujours connu. Le mois du doc permet aux films qui ne sortent pas en salles de cinéma d’être projetés sur grand écran – ainsi que dans d’autres lieux – et inversement, il permet aux salles qui n’auraient pas connaissance de ces films de pouvoir les diffuser, et de recevoir des intervenants : réalisateurs, producteurs, membres des équipes de film ou autres intervenants, pour accompagner les films et susciter des échanges avec le public après les projections.
 
En Nouvelle-Aquitaine, trois coordinations régionales travaillent ensemble sur le programme du Mois du doc, c’est une particularité depuis l’instauration de la grande région : ALCA, l’agence du livre et du cinéma en Nouvelle-Aquitaine, CINA (Cinémas indépendants de Nouvelle-Aquitaine) et Les Yeux verts, Pôle d’éducation à l’image en ex-Limousin.
 
"Le Mois du doc est une manifestation attendue par les professionnels, particulièrement par les producteurs et les réalisateurs, il y a une vraie demande de leur part. En général, les documentaires en tant que films audiovisuels ont reçu des aides de chaînes de télévision. La plupart du temps, ils sont diffusés une seule fois sur le petit écran, rarement rediffusés. Le reste de leur vie se passe en festivals. Le Mois du doc est une fenêtre de diffusion inégalée et une opportunité de rencontres avec de nouveaux publics." Stéphanie Collignon, coordinatrice régionale pour ALCA
 
"Le cœur de notre action pour cette manifestation est l’accompagnement d’une sélection de films en tournée de réalisateurs ou d’intervenants. Nous privilégions les films soutenus par la Région Nouvelle-Aquitaine, choisis par un comité de sélection composé d’exploitants, mais nous proposons aussi des films de la liste d’Images en bibliothèques. Pour la première fois cette année, nous lançons une proposition « jeune public » consacrée à la nature pour les enfants de primaire." Cécile Giraud, coordinatrice régionale pour CINA
 
"En tant que pôle d’éducation à l’image, Les Yeux verts a une mission de médiation : à la croisée entre les producteurs et les réalisateurs d’un côté et les diffuseurs de l’autre, sa vocation est de favoriser l’émancipation du jeune public, de développer son sens critique. Au sein de cette mission, en tant que coordinateurs pour le Mois du film doc, nous valorisons le genre documentaire auprès des publics jeunes et scolaires. Outre un rôle de conseil, nous multiplions les rencontres avec des réalisateurs notamment dans les établissements scolaires, et réalisons aussi un travail particulier avec les options cinéma de deux lycées en Limousin." Olivier Gouery, coordinateur régional pour Les Yeux verts
 
Du côté des diffuseurs, qu’ils s’agissent de salles de cinéma, de médiathèques, d’associations, de centres culturels et autres lieux, le Mois du doc est l’occasion d’enrichir l’offre culturelle, de varier la programmation, de l’ouvrir à de nouvelles formes de connaissance et d’attirer de nouveaux publics de diverses générations.
 
 

"Le Mois du doc est une sorte de label, surtout quand un film a la chance de faire partie du « coup de cœur » de la coordination régionale, ça le rend plus visible."

 
"Nous ne choisissons pas de thème particulier, nous mettons surtout l’accent sur des sujets d’actualité. L’année dernière, nous avons projeté le film Atelier de conversation de Bernhard Braustein qui a filmé la création à la BPI [Bibliothèque publique d’information du Centre Georges Pompidou à Paris, ndlr] d’un groupe de gens venus des quatre coins du monde, réunis pour parler le français. Le réalisateur est venu à la projection du film. C’est tellement mieux d’avoir un intervenant, mais ce n’est pas toujours possible. Pour la sélection des films, nous réalisons un travail de veille toute l’année et faisons un choix en accord avec notre public. Cette année nous avons sélectionné quatre films sur des sujets très différents, dont deux destinés aux ados car, depuis deux ans, nous ciblons un public jeune." Claudine Le Guen, médiathèque de Tulle
 
Le Mois du doc permet aux réalisateurs et aux producteurs d’aller dans des lieux de culture habituels mais aussi parfois dans des lieux alternatifs, en milieu rural ou dans des villes où il n’y a pas de cinéma ou de médiathèque. Les rencontres avec des publics divers sont très riches et très appréciées des professionnels : elles créent un espace public de dialogue direct autour des films et rendent le documentaire vivant.
 
"Souvent, il y a un effet « boule de neige » à la suite des projections. Et puis le Mois du doc est une sorte de label, surtout quand un film a la chance de faire partie du « coup de cœur » de la coordination régionale, ça le rend plus visible. Je n’oublierai jamais une belle soirée à Gironde-sur-Dropt dans une toute petite médiathèque où mes films Kijima stories et un documentaire sonore sur le Japon étaient programmés. Il y avait un public très divers où toutes les générations étaient présentes. Cécile Ducourneau avait ensuite organisé un buffet japonais, ce fût un moment convivial extraordinaire… Parfois les organisateurs sont tellement passionnés qu’ils arrivent à transmettre leur passion et à drainer du monde." Laetitia Mikles, réalisatrice
 
Le Mois du doc permet à des films d’intégrer le circuit cinématographique, mais il peut aussi remettre en valeur, « rebooster » un film après plusieurs mois, voire plusieurs années de sortie. C’est ce qui s’est passé pour le film qu’a produit Thomas Schmitt en 2007 sous la marque Mosaïque Films avec France 3 :  Elle s’appelle Sabine, réalisé par Sandrine Bonnaire, film consacré à sa sœur autiste. Après un beau parcours au cinéma et une sélection à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il a été projeté 11 ans après sa sortie à la médiathèque de Toulouse dans le cadre du Mois du film doc 2018.
 
"Ce film, qui met sur la place publique la question de la prise en charge de l’autisme – non encore résolue aujourd’hui –, a eu un parcours intense et a rencontré beaucoup de publics. Il a été extrêmement plaisant de montrer à nouveau ce film toujours d’actualité, de voir que les gens y sont très sensibles. Avec la maison de production que j’ai créée à Poitiers il y a trois ans, j’ai peu de recul. Mais le film que je viens de produire Algérie 1954-1962, des soldats à la caméra, réalisé par Jean-Pierre Bertin-Maghit a été sélectionné au Mois du doc 2019. Pas mal de projections sont prévues dans toute la région." Thomas Schmitt, La Chambre aux fresques
 

Rendez-vous en novembre et demandez le programme sur www.moisdudoc.com