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5 12 2014

Nadège Agullo, éditions Mirobole

Par Sébastien Gendron


Nadège Agullo, éditions Mirobole

On ne le sait que trop, le livre est devenu une industrie. À l’heure où les grandes maisons d’édition sont les seules à s’enorgueillir des meilleurs ventes, on pourrait penser que le modèle économique est là : parier sur des auteurs qui marchent et appliquer des recettes qui font leurs preuves. Or, il y a partout en France, de petites structures qui naissent et prennent le pari de la découverte. Ces nouveaux éditeurs semblent faire fi du grand marché du livre et croient encore en la curiosité des lecteurs. En posant nos questions à Nadège Agullo, fondatrice avec Sophie de Lamalière des éditions Mirobole, nous avons voulu savoir comment, aujourd’hui encore, on peut créer une maison indépendante des modes et des lignes comptables.

Sébastien Gendron – Quand et comment est né le projet Mirobole ?
 
Nadège Agullo  – L’idée a germé en 2010 autour du constat que le marché français était largement sous-alimenté en termes de littérature de genre provenant de territoires autres que ceux de langue anglaise, notamment Europe de l’est, Asie, etc. Sophie qui travaillait dans le service littéraire chez Michel Lafon était également emballée par le projet. Ayant des profils et compétences différents mais complémentaires, il nous est apparu comme une évidence de fonder la maison ensemble.
 
S.G. – Combien de temps met-on à monter un tel projet ? Quelles ont été les aides dont vous avez bénéficiées ?
 
N.A. – Pour ma part deux années pleines : un an dédié à la formation à l’IUT métiers du livre de Bordeaux pour acquérir des compétences ; deux formations pour la création d’entreprise : au Pôle Emploi et à la chambre de commerce de Bordeaux.
Puis un an à construire le catalogue et à monter le projet : rencontre avec des libraires, éditeurs, anciens collègues de l’édition tous ceux qui pouvaient à leur niveau nous donner des conseils. Puis l’Écla nous a facilité le recours à un avocat pour la rédaction des statuts. Depuis un an que nous existons le champ des aides s’est considérablement élargi et nous pouvons maintenant bénéficier des soutiens de la DRAC, la région et Écla, le CNL.
 
S.G. – Comment arrive-t-on à convaincre des financiers quand on a comme ligne éditoriale du polar turque ou polonais et du roman fantastique russe, ou encore des auteurs anglo-saxons inconnus en France ?
 
N.A. – Avant d’approcher les financiers nous avions déjà bien ficelé notre projet : étude de marché, étude de la concurrence, un catalogue et un diffuseur en place (Harmonia Mundi), une identité visuelle, etc. De plus, nous avions des années d’expérience dans le secteur de l’édition, du coup notre projet a été bien accueilli. Le fait que nous présentions ce projet avec un investissement financier personnel conséquent a aussi aidé les banques à reconnaître le sérieux de notre démarche.
 
S.G. – Vous avez dix romans actuellement dans votre catalogue et ce sont dix romans étrangers. Je suppose que vous ne parlez pas toutes les langues des auteurs que vous choisissez. Comment se passe la recherche de manuscrits ?
 
N.A. – Nous trouvons nos titres en priorité aux salons du livre étranger (pour moi c’est très important d’aller chercher un titre à la source) mais certains traducteurs nous présentent aussi des textes correspondant à nos genres ; nous recherchons aussi les sites de lecture étrangers, des éditeurs étrangers que nous respectons et enfin nous demandons à nos amis étrangers de rester vigilants aux sorties de nouveaux titres dans leurs pays.
Effectivement nous ne parlons et lisons que l’anglais, et parfois les auteurs qui nous intéressent ont été traduits en anglais ; là c’est la solution la plus simple pour nous, autrement l’agent étranger présente au minimum un synopsis et un extrait-chapitre traduit en anglais, ce qui nous permet de sélectionner un titre pour le mettre en lecture chez un lecteur.
 
S.G. – On connaît l’engouement du public pour la littérature étrangère. Mais pour une petite structure, publier des auteurs étrangers, ça signifie traduire, promouvoir l’œuvre en faisant venir les auteurs. Comment vous vous en sortez financièrement ?
 
N.A. – Nous cherchons toujours des financements complémentaires pour éponger des coûts de traduction ou des frais de déplacements d’auteurs: par exemple en déposant des demandes d’aide auprès du CNL ou des organismes étrangers qui œuvrent pour la promotion de leur littérature nationale.
 
S.G. – Quelle visibilité avez-vous aujourd’hui ? Quels sont vos rapports avec votre diffuseur ? Avec les libraires ?
 
N.A. – Nous fêterons nos deux ans d’existence en mars 2015, je crois que le fait d’avoir une identité visuelle très marquée nous a permis d’arriver où nous en sommes aujourd’hui en moins de temps qu’il nous aurait fallu si nous n’avions pas eu cette identité, nos lecteurs ont été en premier lieu attirés par nos couvertures et continuent de lire nos titres car la qualité les a aussi satisfaits…
Aujourd’hui grâce à notre diffuseur distributeur Harmonia Mundi nous sommes dans toutes les librairies francophones (il reste encore des choses à faire au Québec) et nous sommes dotées d’une salarié relation libraires et salons pour nous aider à développer la reconnaissance du catalogue Mirobole en librairie.
Côté médias, Mirobole fait son bonhomme de chemin, avec l’aide d’attachées de presse expérimentées nos titres sont chroniqués dans la presse écrite et radio ainsi que sur la toile via les blogs littéraires.
 
S.G. – Comment vos romans sont-ils reçus ?
 
N.A. – Plutôt bien la preuve étant que certains de nos titres ont déjà été sélectionnés/ finalistes pour des prix tels que le prix Médicis étranger, le grand prix des lectrices de Elle, le prix de Cognac, prix polar européen, prix polar SNCF, grand prix de l’imaginaire par exemple.
 
S.G. – Est-ce que vous avez l’impression de faire acte de résistance au regard de ce qui est produit actuellement par le marché du livre ?
 
N.A. – Les retours de lectures que nous recevons montre que le catalogue Mirobole étonne, surprend et fait voyager. C’est exactement ces critères qui nous guident dans la sélection d’un titre.
Ce n’est donc pas tant un acte de résistance qu’une exploration au-delà des frontières déjà connues en France…

À découvrir une lecture du roman de Zygmunt Miloszewski : Un fond de vérité publié chez Mirobole Éditions.

 

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  • Nadège Agullo et Sophie de Lamalière en quelques dates
    Nadège Agullo

    1973 : Naissance Bordeaux.
    1990 : Études de droits.
    1999 : Travaille au département des droits étrangers chez Carlton Books, à Londres.
    2000 à 2008 : nombreux voyages en Europe du Nord et de l’Est en tant que responsables de cession de droits.
    Fin 2008 : retour en France, responsable des cessions de droits chez Michel Lafon
    2011 : retour à Bordeaux, mise en œuvre du projet Mirobole
    2013 : Mirobole publie ses deux premiers titres.
     
     
    Sophie de Lamalière
     
    1981 : Naissance à Tours
    2004 : Hypokhâgne et khâgne ; lettres classiques à Paris
    2004 : Editrice chez Michel Lafon
    2012 : Rejoint le projet Mirobole.
     
    À paraître en janvier 2015 :
    Un fond de vérité : roman policier polonais de Zygmunt Moloszewski
    Traduit du polonais par Kamil Barbarski
    20 x 15 cm ; 480 p. ; 22 € : Isbn : 979-10-92145-33-5 
    Éditions Mirobole
    106, rue Dubourdieu – 33800 Bordeaux
    http://mirobole-editions.com/