En vue 2018

8 02 2018

Lucie Castel, un talent qui s’affirme du Rhin au Nil

Par Christelle Bellenger


Lucie Castel, un talent qui s’affirme du Rhin au Nil

Photos : DR

Jeune auteure de bande dessinée, néoaquitaine, Lucie Castel a bénéficié du partenariat entre Écla et le Hessischer LiteraturRat de Wiesbaden, en Allemagne. Dans le cadre de ses recherches graphiques pour le tome 1 de Voyages en Égypte et en Nubie de Giambattista Belzoni aux éditions FLBLB, une grande fresque sur les débuts de l’égyptologie scénarisée par Grégory Jarry et Nicole Augereau, elle a passé huit semaines en résidence à la Villa Clementine de Wiesbaden.


Née en 1987 en Charente-Maritime, Lucie Castel a suivi des études de graphisme et de cinéma d’animation, avant d’intégrer l’équipe des éditions poitevines FLBLB en tant que graphiste. C’est sa participation au livre collectif Afghanistan, auprès de Robin Cousin, Guillaume Heurtault, Lisa Lugrin, Maxime Jeune et Clément Xavier en 2010, qui lui donne l’envie de continuer dans la bande dessinée. Son premier livre, Un corps, co-écrit avec Philippe Vanderheyden, paraît aux éditions de l’Employé du Moi en 2015. En 2017, elle dessine le premier des trois tomes des Voyages en Égypte et en Nubie de Giambattista Belzoni. C’est pour travailler sur le deuxième opus de cette trilogie que Lucie Castel a bénéficié d’une résidence à la Villa Clémentine de Wiesbaden.

 

Des résidences pour des regards croisés

Dans le cadre de l’entente renouvelée en 2015 entre Écla et le Hessischer LiteraturRat de Wiesbaden, les auteurs français et allemands peuvent bénéficier de résidence croisée, permettant de mettre en avant les talents des deux régions et de croiser les regards. Les auteurs allemands sont accueillis à Bordeaux, au printemps, tandis que les lauréats néo-aquitains séjournent en automne dans cette région du land de Hesse. Ils peuvent y développer en toute quiétude leur travail de création, en bénéficiant d’une bourse d’écriture et en participant à des rencontres ou manifestations autour du livre. C’est ce qui a permis à Lucie Castel – 8e lauréate de ces résidences croisées – de séjourner en octobre et novembre 2017 à Wiesbaden (capitale du Land Hesse, situé près de Francfort) après que la résidence de la Prévôté, située au cœur du Bordeaux historique, a accueilli au printemps dernier l’auteure allemande Franziska Wilhelm.

Cette Villa Clementine est depuis 2001 un endroit unique où se rencontrent des écrivains de littérature et un public vivant. Ce lieu chargé d’histoire aura été particulièrement approprié pour travailler sur cette fresque égyptienne. C’est aussi un lieu d’accueil cosmopolite qui permet aux auteurs néo-aquitains de « se créer une routine loin de la maison », confie Lucie Castel.

Lucie Castel s’est donc uniquement consacrée à la création graphique et aux recherches de documentation du tome 2. Conséquences des activités de Giambattista Belzoni, des statues et autres antiquités égyptiennes sont présentes dans différents musées européens ; les expéditions étaient, de plus, souvent l’objet de gravures - la photographie n’était pas encore inventée - servant ainsi de témoignages et de compléments aux récits et carnets de voyage. Pendant sa résidence, grâce aux fonds présents à Wiesbaden, Lucie a pu s’inspirer des gravures réalisées lors des expéditions de Karl Lepsius (1810-1884). Chargé par le roi Frédéric-Guillaume IV de plusieurs expéditions, ce brillant archéologue égyptologue allemand est donc allé pour la première fois en Egypte de 1842 à 1845, soit quelques 27 ans après Belzoni...

Lors d’une visite du musée d’égyptologie à Munich, Lucie Castel découvre le nom de « Jean-Jacques Rifaud » gravé sur une statue de prêtre égyptien. « C’est un des personnages de la bande dessinée », se rappelle Lucie, surprise, « un Français que Belzoni déteste. Ça donne un peu le vertige de se souvenir que les protagonistes de ce livre ont vraiment existé ». Et du 11 au 15 octobre 2017, Lucie Castel était invitée par la région Nouvelle-Aquitaine, à la Foire du livre de Francfort ; la France y était l’invitée d'honneur et l’année hessoise était dédiée à la bande dessinée. Elle a ainsi pu présenter une performance graphique dans le cadre du projet collectif numérique « Ping Pong », en apportant son regard sur l’invitation « Francfort en français ».

 

Et… consécration ! La sélection officielle à Angoulême

C’est le dernier jour de sa résidence que le Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême annonce sa sélection officielle. Après la sélection jeunesse en 2016 de Victor & Clint de Marion Duclos (éd. La Boîte à bulles), Lucie Castel représente en cette année 2018, les auteurs soutenus par la Nouvelle-Aquitaine pour le prix du meilleur album. Cette mise en lumière est de bon augure pour la suite et permettra à la jeune dessinatrice d’avancer sereinement vers le deuxième tome, en compagnie de Nicole Augereau et Grégory Jarry, les deux scénaristes talentueux, férus de voyages, qui l’accompagnent dans cette épopée.

Cette suite promet d’être au moins aussi flamboyante puisque Belzoni, après ses premiers succès, a pris goût et passion pour ces défis et ces explorations. Il continue d’exhumer les trésors de l’Egypte ancienne, d’entretenir des relations tumultueuses avec les différents dignitaires qui croisent sa route, tandis que sa femme Sarah voyage à travers l'Egypte, la Nubie, la Syrie et se rend même à Jérusalem, rejoignant le pèlerinage de Jordanie en mai 1818. Qui sait, c’est peut-être vers Bologne, en Italie, que Lucie Castel se dirigera lors de sa prochaine résidence, pour se rapprocher des racines de son héros, en continuant à investir les résidences croisées de la Nouvelle-Aquitaine…
 

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