L’actu pro

18 03 2019

Livre Paris : à l’écoute de nos voisins européens

Par Marie-Pierre Quintard


Livre Paris : à l’écoute de nos voisins européens

Photo : Nicolas Rinaldi / ALCA Nouvelle-Aquitaine

 

En lien avec la thématique européenne de Livre Paris 2019, où Bratislava était à l’honneur, ALCA organisait ce dimanche 17 mars sur le stand de la Région une journée dédiée à la traduction et la diffusion de la littérature européenne en Nouvelle-Aquitaine. Après une joute de traduction en matinée, une table ronde sur Comment mettre en avant la littérature européenne ? a ouvert l’après-midi, suivie de lectures et d’un apéritif littéraire réunissant des auteurs slovaques et leurs éditeurs néo-aquitains.

 
À moins d’être polyglotte, sans les traducteurs, pas d’accès aux textes en langue étrangère, qu’ils soient d’Europe ou d’ailleurs. Inaugurer une journée consacrée aux littératures européennes en mettant en avant les problématiques de la traduction avait donc du sens. Organisée en partenariat avec l’association Matrana (Maison de la traduction en Nouvelle-Aquitaine), la joute réunissait deux traductrices de langues anglaise et espagnole, Paola Appelius et Anaïs Goacolou. Elles ont proposé chacune leur traduction de poèmes extraits de When We Where Very Young, d’A. A. Milne, texte édité en Angleterre en 1924 et inédit en français. Cette confrontation de deux interprétations différentes d’un même texte a permis de mettre en lumière les difficultés, questionnements et partis pris qui préludent à tout travail de traduction.
 
Autres passeurs essentiels dans cette transmission de la littérature par-delà les frontières : l’association Littératures européennes Cognac et les éditions Agullo. Respectivement représentées lors de la table ronde de l’après-midi par Anne-Lise Dyck-Daure, directrice de l’association, et Estelle Flory, éditrice de littérature étrangère, elles ont évoqué la manière dont elles portent à la connaissance du public des littératures souvent totalement méconnues du lectorat français.

 

"Plus de 1 000 écrivains européens sont ainsi venus à Cognac, ville natale de Jean Monnet (1888-1979), considéré comme l’un des « pères de l’Europe »."


    
Littératures européennes Cognac, c’est environ 7000 visiteurs chaque année sur 4 jours, 200 partenaires – parmi lesquels de nombreux collèges, lycées, écoles et bibliothèques sur tout le territoire –, plusieurs prix, des expositions, rencontres, lectures, projections... et une résidence d’auteurs dédiée à la jeune création littéraire européenne. La manifestation a fêté ses 30 ans en 2018, et depuis 10 ans, chaque édition met à l’honneur un pays, une zone géographique ou une langue : Londres, les Balkans, l’Italie, les îles de la Méditerranée, les pays de la Baltique... Plus de 1 000 écrivains européens sont ainsi venus à Cognac, ville natale de Jean Monnet (1888-1979), considéré comme l’un des « pères de l’Europe ». Durant ces rencontres, Anne-Lise Dyck-Daure a pu constater « la curiosité infinie des gens pour leurs voisins », mais il n’en demeure pas moins que cela reste difficile d’amener le public à lire des littératures peu traduites. Et si sa directrice reste persuadée que ce festival doit conserver son ADN européen, elle s’interroge actuellement sur la forme à donner à ses futures programmations.
 
De son côté, si Estelle Flory constate aussi certaines difficultés liées à l’édition de ces littératures d’Europe – comme celle de trouver des traducteurs de langues rares –, elle reste absolument convaincue de la nécessité de publier des auteurs européens : « Car ce sont nos voisins. Cela permet de créer une identité européenne qui, même si elle est multiple, nous est commune. Échanger les littératures permet de mieux nous comprendre. » Pour aider à cette connaissance, elle reconnaît l’importance des manifestations comme Littératures européennes Cognac, car elles permettent de pérenniser la vie de ces livres. Quant au soutien des libraires indépendants, dont Agullo bénéficie largement, il est aussi essentiel car ce sont eux qui amènent les lecteurs à ce genre de littératures.
 
Que ce soit du côté de la diffusion/médiation ou de l’édition, il s’agit toujours d’un travail de longue haleine et de ténacité, soutenu par de fortes convictions. Car, pour reprendre les propos d’accueil de Bruno Boutleux, président d’ALCA, lors de cette journée, il est essentiel de garder « un regard ouvert sur le monde ».
 
Après ces riches échanges qui ont mis en lumière tout le chemin parcouru pour que ces littératures européennes parviennent jusqu’à nous, place fut faite aux textes eux-mêmes. La journée s’est ainsi terminée par cinq lectures de textes slovaques1 lus en langue originale par leurs auteurs, puis en langue française par leurs éditeurs ou traducteurs. Le public français a ainsi pu entendre, non sans une certaine émotion, cette langue si peu familière à nos oreilles. Ainsi s’est terminée une journée placée sous le signe de la curiosité bienveillante et de l’ouverture aux autres cultures, dans leurs multiplicités.
 

1 Extraits de Bratislava 68, été brûlant, de Wiliam Klimacek (éd. Agullo, 2018), Ilona. Ma vie avec le poète, de Jana Juranova (éd. Do, 2019), C’est arrivé un premier septembre, de Pavol Rankov (éd. Gaïa, 2019), Au nom du père, de Balla (éd. Do, 2019), Un fragment de forêt (chevaleresque), d’Ivan Strpka (éd. Castor Astral, 2019).