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08 03 2018

Livre Paris 2018 : d'Est en Ouest

Par Marie-Pierre Quintard


Livre Paris 2018 : d'Est en Ouest

Photo : carte postale du camp de la Courtine en Limousin - Photothèque Paul Colmar

La Russie et la France ont depuis longtemps des liens historiques et culturels, et les éditeurs néo-aquitains ne s’y sont pas trompés en s’intéressant de près à cette littérature de l’Est qui séduit le lectorat français. Quatre maisons d’édition de la région présenteront ainsi les ouvrages de leurs auteurs slaves à Livre Paris 2018, en particulier les Russes, puisque la plus grande nation au monde sera l’invité d’honneur du salon cette année. Que ce soit la réputée maison franco-belge Le Castor Astral, la limousine Les Ardents, ou les dernières nées Mirobole et Agullo, ces éditeurs se sont tous tournés vers la Russie et ses auteurs.

 
Plusieurs genres sont représentés à travers le panel des auteurs présents au salon sur le stand de la Nouvelle-Aquitaine. La poésie, d’abord, avec l’écrivain russe Iouri Koublanovski, dont le Castor Astral a publié un recueil poétique de textes écrits entre 1982 et 20161, qui rendent compte de ses longues années d’exil, à Paris puis à Munich. Ses vers, à la « souplesse naturelle », au « métaphorisme inédit », ont été salués par deux grands auteurs emblématiques de cette écriture dissidente et engagée : Alexandre Soljenitsyne et le prix Nobel Joseph Brodsky. La poésie de Iouri Koublanovski s’inscrit à la fois dans la tradition poétique russe et dans un courant littéraire contestataire propre à ces années répressives de guerre froide et de communisme, durant lesquelles beaucoup d’auteurs slaves ont dû trouver refuge dans l’exil, notamment en France. À l’occasion du cinquantenaire de mai 68, l’auteur est invité à participer à une table ronde sur la Grande Scène pour débattre sur la question de l’héritage de ce mouvement révolutionnaire.
 

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C’est ensuite le polar qui sera à l’honneur, genre très prisé dans les pays de l’Est, mais aussi en France où il conquiert un lectorat de plus en plus vaste. Le polar permet d’explorer les excès et les dérives de nos sociétés. Les auteurs y expriment souvent une vision politique et sociale, quelles que soient les tonalités empruntées (humour, fantastique, réalisme magique...). Cette vision éclairée de nos vies, où se mêlent le social et l’intime, le politique et l’humain, est un peu le fil rouge des éditions Agullo qui arrivent à Paris cette année avec quatre auteurs emblématiques de leur catalogue. Dans la catégorie roman noir, il s’agit d’un jeune Polonais, Wojciech Chmielarz, auteur de deux romans policiers traduits en français2 mettant en scène l’inspecteur Mortka : Pyromane3 et La Ferme aux poupées – ce dernier étant présenté en avant-première au salon (parution en avril). Il interviendra le samedi 17 mars sur la nouvelle Scène Polar de Livre Paris, aux côtés de Yana Vagner, auteure russo-tchèque publiée aux éditions Mirobole. Cette quarantenaire talentueuse a d’abord écrit un diptyque, édité dans la collection « Horizons pourpre » dédiée aux littératures de l’étrange, dont le premier volet, Vongozero, publié initialement en épisodes sur son blog, a suscité un engouement tel qu’il fut l’objet d’une enchère entre éditeurs. C’est son troisième roman, L’Hôtel, un « thriller en haute montagne, glaçant et engagé », ou encore un « “whodunnit” vieille école », comme elle le qualifie elle-même, qu’elle présentera au salon.
 
Au rayon fantastika – littératures de l’imaginaire, genre également en pleine expansion dans les productions de l’Est – on trouvera les trois autres écrivains publiés chez Agullo. Maria Galina, auteure russe expérimentée4 et invitée officielle du salon, participera à une table ronde sur la science-fiction et l’imaginaire dans la littérature russe. Son roman, L’Organisation, repose sur un savant mélange entre imaginaire et réalisme socialiste : une critique pleine d’humour de la société brejnévienne.
 

"L’humour est aussi très présent dans les œuvres de Dmitri Lipskerov, auteur russe, emblématique du réalisme magique, qui bénéficie d’une popularité extraordinaire dans son pays."



L’humour est aussi très présent dans les œuvres de Dmitri Lipskerov, auteur russe, emblématique du réalisme magique, qui bénéficie d’une popularité extraordinaire dans son pays. Pourtant, après une première édition française en 2008 de son roman Le Dernier rêve de la raison, passée presque inaperçue, il aura fallu attendre l’exceptionnel travail de défrichement de son éditrice française Nadège Agullo pour découvrir enfin cet écrivain que l’on a souvent comparé à Gabriel Garcia Marquez et à Viktor Pélévine. On saluera aussi au passage les talents de la traductrice, Raphaëlle Pache, qu’elle met aussi au service des éditions Mirobole.

Enfin, dernier auteur des éditions Agullo que l’on aura également l’opportunité de rencontrer à Livre Paris, Jaroslav Melnik, un Ukrainien, fils de prisonniers du Goulag et exilé en Lituanie, pays où il est resté après la chute de l’empire soviétique. Son roman, Espace lointain, est une dystopie, récit fantastique qui évoque les réalités sociales de l’Ukraine au moment de la crise de 2014.
 
En contrepoint à cette vision de l’histoire et des réalités des pays de l’Est développée par leurs auteurs, les éditions Les Ardents nous propose un ouvrage un peu décalé, une inversion du regard, en quelque sorte. 1917 Le Limousin et la révolution russe5 est une étude croisée des révolutions russes, observées depuis le Limousin qui fut à la fois point de départ et d’arrivées d’hommes mêlés à cette page de l’Histoire.
 

>> Livre Paris 2018 : création littéraire, histoire et patrimoine néo-aquitains au rendez-vous <<

 
Même si l’on ne saurait dresser un tableau de l’imaginaire russe contemporain par le biais des œuvres traduites en français – car celles-ci ne représentent encore qu’une infime partie de ce qui existe –, les textes et auteurs qui sont ici présentés donnent déjà un aperçu remarquable de la variété et de la richesse d’une littérature qui recèle encore, sans aucun doute, de nombreuses pépites.
 
1Crépuscule d’impressionniste, de Iouri Koublanovski, traduit du russe par Christine Zeytounian-Beloüs, éd. Le Castor Astral, 140 p., 14€.
2En Pologne, Wojciech Chmielarz en est déjà à son sixième roman. Il a été nominé au prestigieux prix du Gros Calibre, récompensant les meilleurs polars polonais
3Qui paraître aussi en poche fin mars (coll. Le Livre de poche).
4Maria Galina est l’auteure d’une dizaine de romans, traduits en anglais, italien et polonais.
51917 Le Limousin et la révolution russe. Regards inversés – Marcel Body, un limougeaud dans la révolution. Les mutins de la Courtine ou lépopée des soldats russes en France, éd. Les Ardents, 2017, 192 p., 26€.