Auteur aquitain

27 04 2015

Lignes brisées

Par Frédéric Lacoste


Lignes brisées

Lignes brisées d’Harold Cobert aux Éditions Héloïse d’Ormesson.
À raison d’un livre par an, le bordelais Harold Cobert creuse son sillon et impose un univers fait d’accords mineurs et de riffs rageurs. La métaphore musicale s’impose pour parler de l’auteur d’Au nom du père, du fils et du rock’n roll (Éditions Héloïse d’Ormesson, 2013), tumultueux roman sur la filiation. Cette fois, la déchirure est d’ordre amoureux. Le narrateur, Gabriel, se souvient de sa passion de jeunesse, Salomé, qu’il doit revoir à Bruxelles à l’occasion de la promotion de son nouveau roman, précisément intitulé Lignes brisées. La rupture entre eux date d’il y a vingt ans. En faisant s’entrechoquer les anciens épisodes complices remplis de non-dits avec l’angoisse des retrouvailles imminentes, le ton oscille entre mélancolie douce-amère et volonté d’affirmation de soi. Car ces « lignes brisées » sont avant tout cela : des histoires avortées, des sculptures de soi ébauchées, des brouillons indispensables et des échecs qui n’ont rien de vains : « J’écris tout ce qu’il ne faut pas écrire pour un jour commencer à écrire réellement », confie ainsi Gabriel. Pour le décor, les seuls noms de Tivoli, du Cap-Ferret et de Biarritz suffisent à dessiner les contours d’une bourgeoisie bordelaise où la bonne éducation finit toujours par dissiper les vapeurs transgressives d’une adolescence qui s’éternise. Porté par un romantisme contemporain parfaitement assumé, ce court roman d’apprentissage est aussi une convaincante variation sur l’érotisme de l’attente et le fameux mot de Clemenceau : « Le plus beau moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier. »

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