En vue 2018

17 03 2018

Les trois vies de Victor Pouchet

Par Nicolas Rinaldi


Les trois vies de Victor Pouchet

Photo : Océane Brun/ Écla

Auteur d’un premier roman remarqué, Pourquoi les oiseaux meurent, paru aux éditions bordelaises Finitude, Victor Pouchet aime à se donner à ses lecteurs, ses élèves, à l’autre.

Quelques minutes après avoir rencontré Olivier Bourdeaut, l’auteur du roman à succès En attendant Bojangles et de son deuxième ouvrage, Pactum Salis, tous deux publiés chez Finitude, Victor Pouchet s’est installé sur le stand de l’éditeur néo-aquitain à Livre Paris. Affable, il prend le temps avec les lecteurs venus échanger et lui faire signer son premier livre, Pourquoi les oiseaux meurent.

De ce salon, le néo-écrivain se souvient des déambulations les années passées à travers les allées. Bien qu’il se sente « un peu oppressé par la quantité de livres », le Parisien a toujours profité de la manifestation pour découvrir des éditeurs « peu connus du grand public ». La maison bordelaise Finitude fait partie de ces structures dont les lignes éditoriales s’affirment davantage que celles des mastodontes de l’édition. « J’étais extrêmement heureux quand Emmanuelle et Thierry Boizet [fondateurs des éditions Finitude, ndlr] m’ont appris qu’ils retenaient le manuscrit que je leur avais envoyé », raconte Victor Pouchet, les yeux clairs enjoués mais cadrés par des lunettes strictes.

 

>> Pourquoi les oiseaux meurent <<

 

Derrière une apparence des plus sobres, cet adepte de l’ensemble chemise- pull uni- veste porte une attention sensible au regard de ses lecteurs. « Avec ce premier roman, j’avais surtout peur du quiproquo, peur d’être mal compris », confie le trentenaire. Et de « redouter les retours des proches », notamment de son père, lui aussi professeur de lettres.

Dans son livre, Victor Pouchet raconte l’histoire d’un doctorant parisien qui délaisse sa thèse littéraire pour se passionner de la chute d’oiseaux morts survenue en Haute-Normandie. Le personnage tente alors d’expliquer cette dernière à travers un road-trip le long de la Seine, où s’agrègent des quêtes zoologiques, généalogiques et sentimentales.

Cette chute de volatiles est le genre d’anecdotes scientifiques que l’auteur, qui a lui-même arrêté sa thèse au bout de trois ans, « affectionne particulièrement ». Si le livre n’est pas autobiographique, le romancier, aux origines corses et bordelaises, pense « avoir été compris » par ses lecteurs, « aussi bien par des gens [qu’il] aime que des inconnus ».

 

"Un rythme effréné qui lui donne « l’impression de courir après lui-même »."

 

Avec ce premier ouvrage, ce boulimique de lectures - « aussi bien ce qu’il se publie aujourd’hui que ce qu’il [lui] manque »-, a conscience d’avoir franchi une barrière. Celle de « donner et non plus seulement de recevoir ». Pourtant, l’agrégé de lettres, qui conçoit « avoir trois vies », donne beaucoup. Enseignant en classe préparatoire en banlieue parisienne, il est également programmateur à la Maison de la Poésie et, « dans les interstices : le train, un café, en marchant... », il écrit. Un rythme effréné qui lui donne « l’impression de courir après lui-même ».

Cette situation tranche avec le tour de France dans lequel il s’est lancé avec ses amis d’enfance : chaque année, ils marchent pendant une semaine, « sans réelle préparation », et devraient ainsi avoir parcouru le pays « d’ici 2060-2070 ». Des rencontres vécues, des paysages observés, naissent des inspirations. Amoureux de la Corse, Victor Pouchet travaille son prochain projet autour de cette île d’attaches familiales aux « reliefs très marqués ». En attendant, il publie prochainement un conte pour enfants racontant l’histoire d’un Russe victime d’un dérèglement du temps, une « surrapidité qu’il tente de soigner ». Peut-être pour éviter de courir après lui-même.