Résidences de créateurs : le champ des possibles

Les résidences de l’Office artistique de la Région Aquitaine, maillons d’une chaîne vertueuse

Les résidences de l’Office artistique de la Région Aquitaine, maillons d’une chaîne vertueuse

Joël Brouch – Photo : Frédéric Desmesure

Propos recueillis par Elsa Gribinski


Depuis 2005, l’Oara a investi plus de deux millions d’euros pour les résidences. Intégrées à un ensemble de dispositifs et de partenariats, elles s’inscrivent sur le long terme dans un projet global pour offrir à de nombreux artistes les conditions d’un « après ». Entretien avec Joël Brouch, directeur de l’Oara.
Elsa Gribinski – Comment sont nées les résidences au Molière-Scène d’Aquitaine ?
 
Joël Brouch – Le Molière-Scène d’Aquitaine était un lieu de programmation avant d’être un lieu de résidence. Il compensait le faible nombre de théâtres en ordre de marche dans son environnement immédiat. La CUB s’étant enrichie de dizaines de lieux, nous l’avons requalifié en 2005 pour en faire un outil au service du travail imprévisible. Tournés vers le public, les théâtres n’ont pas beaucoup de disponibilités pour accueillir ces précieux temps de travail, généralement invisibles.
 
E.G. – L’Oara assure cette saison quatorze résidences au Molière-Scène d’Aquitaine et quatorze hors les murs : une parfaite parité ?
 
J.B. – Sans chercher la parité parfaite, nous tendons, en effet, à cet équilibre. D’abord, parce que l’Oara est un organisme territorial : nous n’avons pas vocation à nous enfermer dans Bordeaux ou dans la Métropole. Ensuite, parce que nous ne sommes pas sur les mêmes types de résidence au Molière et en région : les résidences hors les murs nous permettent de diversifier nos accueils et d’accompagner des projets très différents. Il arrive, aussi, que nous ayons des résidences hors région. Nous avons un terrain privilégié, l’Aquitaine, mais nous n’avons pas de frontières politico-administratives : le choix des lieux se fait en fonction du projet artistique et dans son intérêt.
 
E.G. – Concrètement ?
 
J.B. – Au Molière, étant donné la petite taille du plateau, nous sommes plutôt sur des résidences de début de travail, qui sont des états de recherche plus que des projets déjà inscrits dans des processus de création assurée. Ce sont aussi, souvent, les démarches les plus contemporaines qui peuvent ainsi se confronter, lors des sorties de résidence, à un public en partie plus éprouvé – étudiants, professionnels et journalistes, ou spectateurs un peu avertis.
En région, nous sommes sur des résidences co-construites avec des partenaires : ce sont davantage des logiques de résidences de création, puisque les lieux partenaires s’engagent à accueillir au moins une vraie représentation du spectacle.
Par ailleurs, nous allons chercher en région le compagnonnage de théâtres qualifiés, sur le cirque comme à Boulazac, ou sur la marionnette comme à Oloron-Sainte-Marie.
 
E.G. – Quel est l’engagement financier de l’Oara dans l’ensemble de ces résidences ?
 
J.B. – Nous ne sommes pas sur des politiques forfaitaires : chaque projet est singulier et accompagné au plus près de son économie. Mais notre principe est de rémunérer toutes les résidences : si nous n’avons pas l’argent, nous ne faisons pas. En dix ans, la Région a augmenté le budget global de l’agence de 20 % ; dans le même temps, nous avons augmenté la part dévolue à l’activité de 120 % : plus de 60 % de notre budget est désormais consacré à l’activité, contre 20 à 25 % en moyenne pour les agences intermédiaires, qu’elles soient départementales ou régionales. Et nous sommes pourtant une des rares agences en France à gérer un lieu ; or, ce lieu a un coût de fonctionnement…
C’est ce choix d’épargner sur le budget de fonctionnement au profit de l’artistique, avec une équipe investie, polyvalente et une communication réalisée en interne, qui nous a permis de créer, en 2008, le dispositif de résidences hors les murs. L’Oara rémunère les artistes en partie ou, plus souvent, en totalité ; les lieux d’accueil consacrent l’argent disponible à des rendez-vous avec le public, c’est-à-dire à l’achat de représentations.
Aujourd’hui, sur un peu plus d’un million d’euros par an consacré à l’activité, la rémunération des artistes en résidence représente 20 %. Et ce n’est pas une simple redistribution des financements : tous nos dispositifs produisent de la valeur ajoutée. Sans compter les cessions assurées par les partenariats, les 600 000 euros consacrés depuis 2008 aux rémunérations des résidences hors les murs ont généré pratiquement le double pour les compagnies, puisqu’elles sont logées, nourries et disposent d’un lieu de travail en ordre de marche.
 
E.G. – Quels sont les critères de sélection des résidences ?
 
J.B. – Nous avons mis en place un nouveau principe de gouvernance : nous n’avons plus de conseiller artistique, mais nous nous appuyons sur l’expertise des pairs, dans la logique des partenariats créés. Le choix n’est donc pas le fait du prince, l’appréciation est collective, nous en opérons la synthèse, de même que nous sommes la synthèse des énergies collectives d’un territoire. Et nous n’avons raison que si nous sommes effectivement capables de créer les conditions du développement d’un projet, car la résidence est un outil, non une finalité. L’après est d’autant plus essentiel que nous investissons de l’argent public : il prime sur les critères artistiques, ou sur la démarche, qui m’importe aussi beaucoup. Il faut peu de projets mais réellement accompagnés : le saupoudrage des financements est contre-productif et transforme l’artiste en mendiant. Nos dispositifs – résidences, aide à la production, aide à la diffusion – s’associent dans une chaîne vertueuse, accrue de l’importance de la dynamique de collaboration et de partenariat. Nous essayons d’avoir une approche globale, de suivre les artistes sur plusieurs années : nos différents financements s’accumulent jusqu’à ce qu’un projet parte en diffusion. C’est pourquoi nous sommes prescripteurs.
 
Quelle est l’idée des sorties publiques ?
 
J.B. – Les sorties publiques de résidence livrent des états de recherche. Elles permettent aux artistes d’éprouver des hypothèses de travail sous le regard de publics avisés, dans le temps même de la présentation puis dans le temps d’échange qui la suit, au bar du Molière, autour du verre traditionnel. Mais elles montrent également à des publics moins avertis qu’un spectacle est l’aboutissement d’un long processus, invisible et essentiel ; que les artistes travaillent, cherchent, se trompent parfois… La crise des intermittents en 2004 a révélé qu’une partie de la population tendait à considérer les artistes comme des nantis ; les sorties publiques sont aussi là pour lever ce malentendu.
 

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  • Les Résidences de l’Oara
    Nombre de résidences depuis 2005 :
    150 résidences au Molière-Scène d'Aquitaine
    82 résidences hors les murs (dispositif créé en 2008)
     
    Nombre de résidences pour la saison 2015-2016 :
    14 résidences au Molière-Scène d'Aquitaine
    14 résidences hors les murs
     
    Rendez-vous publics de la saison 2015-2016 au Molière-Scène d’Aquitaine :
    26 sorties publiques de résidence
    8 accueils d’opérateurs culturels nomades.
     
    Mais aussi :
    Plus de 38 propositions (in situ et hors les murs) dans le cadre des journées professionnelles et de l’action culturelle.
     
    Entrée libre sur réservation dans la limite des places disponibles
    Office artistique de la région Aquitaine
    33, Rue du Temple – 33000 Bordeaux
    05 56 01 45 67
     
    http://oara.fr
     

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