Films

27 04 2017

Les pieds sur terre

Les pieds sur terre

Rencontre avec Batiste Combret et Bertrand Hagenmüller, réalisateurs
 
Qu’est-ce qui a déclenché l’en­vie de faire un film sur Notre-Dame-des-Landes (NDDL) ?
Bertrand Hagenmüller – Nous voulions témoi­gner du mouvement auquel nous assistions, « la lutte contre l’aéro­port et son monde », dont l’enjeu était de proposer un autre mo­dèle de société ne reposant plus sur l’idéologie de la croissance et de la consommation. Cette ZAD, qui vue de l’extérieur semblait uniforme, nous apparaissait alors beaucoup plus mixte et loin d’être une communauté utopique, la force de ce mouvement semblait provenir précisément de cette diversité. Ici on ne parlait pas po­litique on en faisait. C’est finale­ment la rencontre avec le village du Liminbout qui nous a décidé à faire un film.
 
Batiste Combret – Nous ne sommes pas arri­vés sur la zad de Notre-Dame avec l’intention d’y tourner un film. De nombreux journalistes étaient sur place, plusieurs documentaires sur la lutte essayaient de voir le jour. Mais différentes rencontrent sur place nous ont emmenées au Liminbout, hameau situé sur la zad mais à l’écart de l’agitation, des caméras, des affrontements. Nous y avons rencontré Claude, qui bricolait devant son illustre maison. Il nous a parlé de lui, de sa famille, de la lutte contre l’aé­roport et surtout de la vie au Li­minbout avec les deux fermes voi­sines et le collectif de squatteurs. En fait, Claude est un personnage fracassant et ce qu’il nous racon­tait de la vie au Liminbout était tellement improbable qu’au bout de quelques minutes, sans même en parler, simplement d’un re­gard, on a compris l’un et l’autre qu’on avait envie de le filmer, de rencontrer les autres habitants du Liminbout et de s’immerger dans la vie de ce hameau.
 
Vous êtes deux réalisateurs du film, comment avez-vous tra­vaillé ensemble ?
B.H. – Nous avions déjà col­laboré sur d’autres projets mais cette expérience de co-réalisation était la première. Nous avons as­suré ensemble le tournage et le montage… On dit parfois que c’est trop compliqué de réaliser un film à deux, qu’il faut quelqu’un qui décide. J’ai l’impression au contraire que sans cette coopéra­tion, ces ajustements, ces longues discussions, ce film n’aurait tout simplement jamais été possible.
B.C. – J’ai du mal à concevoir de réaliser un film tout seul. Ce qui me plait le plus dans cette activité, ce n’est pas sa finalité, c’est tout ce qui se passe pendant l’écriture, les tournages, le montage. Et si je n’ai personne avec qui partager ce terrain au quotidien, en par­ler, en débattre, je trouve ça plus pauvre et égocentrique. On n’a pas vraiment discuté de l’idée de faire un film ensemble ou de com­ment s’y prendre, les choses se sont misent en place simplement parce qu’on se connaissait bien et qu’on avait autant conscience de nos convergences que de nos complémentarités.
 
Vous ne montrez pas les confrontations parfois vio­lentes de ce conflit. Pourquoi ce parti pris ?
B.H. – Nous ne voulions ni faire un film journalistique, don­nant la parole au « pour » et au « contre » l’aéroport, ni un film mi­litant relayant des discours qui ne convainquent que ceux qui le sont déjà. C’est en fait la rencontre avec le village du Liminbout qui nous a donné les clés de la réa­lisation du film : une immersion dans le village où les habitants apprennent, parfois non sans ten­sion, à vivre et lutter ensemble avec leurs différences.
Pour nous, cette démarche se justifiait de plusieurs manières. D’abord parce que c’était l’occa­sion de suivre des personnages dans leur évolution, s’intéresser à leur histoire individuelle et collec­tive, comprendre ce qui motivait les uns et les autres, sortir des trop nombreuses caricatures pré­sentant les habitants de la zone comme des extrémistes irrespon­sables. Ensuite parce qu’il nous semblait que c’était précisément dans ce quotidien que la lutte se jouait. Cette manière d’engager sa vie, de la lier à ses idées, de faire de la politique au jour le jour sans nécessairement tenir de grand discours, de composer avec les tensions liées à des perceptions et des modes vies différents… ici se déroulait pour nous l’essence même du combat de notre dame des landes. Le Liminbout n’était pas les coulisses de la lutte, il en était la scène principale. Loin d’être une communauté de doux rêveurs ou de dangereux margi­naux, le Liminbout, à l’instar de la ZAD dans son entier, montre des gens qui ont les pieds sur terre, qui dans une société en crise es­timent raisonnable de penser et mettre en oeuvre un autre monde plutôt que de cou­rir derrière celui qui s’écroule. Le Liminbout montre des gens qui ont les pieds sur terre parce qu’ils cherchent à donner du sens à leur vie en se reconnectant au monde. Connexion à la terre, cultivant l’autonomie ali­mentaire, connexion à la planète, cultivant des réseaux alternatifs mondiaux qui petit à petit dessinent un monde nouveau.
 
Comment avez-vous connu et choisi les différents protago­nistes ?
B.H. – Les Pieds sur Terre c’est avant tout des personnages. Des personnages qui échappent à toutes les caricatures, qui ne res­semblent ni à l’idée qu’on peut se faire des squatteurs, ni des agri­culteurs engagés dans cette lutte. Au départ du projet une certaine réserve était palpable. Il faut dire que la présence des médias avait été particulièrement mal vécue sur la zone. On leur reprochait de « caricaturer » les propos et de se centrer principalement sur l’aspect spectaculaire de la lutte. Mais au fur et à mesure de nos échanges, le projet les a séduits. Ils mesuraient l’opportunité pour eux de témoigner de la vie quo­tidienne dans la zad mais aussi d’avoir un espace d’expression sur la durée… Ils se sont alors pris au jeu et, passé les premières hésitations, nous ont offert leur précieuse confiance. Avant d’être diffusé plus largement nous avons projeté le film dans le vil­lage. Le principal com­pliment qu’on nous a fait nous a un peu surpris : « Merci pour votre film… Enfin un do­cumentaire qui n’est pas militant ! ». Et c’était vrai, nous n’avions pas cherché à convaincre que leurs idées étaient les bonnes mais à témoigner de l’émergence d’un mode de vie dont le but n’est pas tant de faire la leçon que de donner l’idée qu’autre monde est possible.

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  • Rencontre avec Louise Hentgen, productrice Bobi Lux
    Comment vous est venue l’envie de produire Les Pieds sur terre, long-métrage documentaire de Batiste Combret et Bertrand-Batiste Hagenmüller ?
    J’ai rencontré Batiste Combret et Bertrand Hagenmüller dès mon arrivée à Bordeaux en tant que productrice chez Bobi Lux. Ils avaient déjà commencé des repérages filmés et j’étais inté­ressée par leur manière d’envi­sager cet événement très mé­diatisé qu’est Notre Dame des Landes. Ils se sont attachés à quelques person­nages qui vivent la lutte au quotidien, et ont choisi de laisser hors champ les affrontements. Leur longue immersion et les liens qu’ils ont tissés avec leurs personnages leur ont permis de recueillir une parole sincère.
    Ainsi j’ai eu envie de les accom­pagner dans l’écriture de leur film qui s’est faite en amont du tournage, mais beaucoup aussi pendant le montage qui a été très long.
     
    Qu’est-ce qui a guidé votre travail de production sur ce film ?
    Il fallait donner les moyens au film d’être le plus abouti pos­sible, car le choix d’en faire un long-métrage, destiné aux salles de cinéma, nécessitait une post-production de qualité.
     
    Dans quelle mesure le soutien financier de la Région Nouvelle-Aquitaine favorise-t-il votre activité de producteur ?
    La Région Nouvelle-Aquitaine est la seule à nous avoir soute­nu financièrement pour la pro­duction de ce film, c’est grâce à ce soutien que nous avons pu financer la post-pro­duction du film.
     
    Comment va être accompagnée la diffusion du film ?
    Nous avons la chance d’avoir trouvé un distributeur, Les films des deux rives, qui va porter la distribution du film dès sa sortie en salle le 3 mai 2017.  Avant cela le film avait été diffu­sé dans une quinzaine de ciné­mas et quelques médiathèques en région Nouvelle-Aquitaine, à l’occasion du mois du film do­cumentaire en novembre 2016. Cette tournée, accompagnée des deux réalisateurs, avait été coordonnée par l’ACPA et l’agence Écla. Des projections avec Cinéréseaux et à la Biblio­thèque Mériadeck ont égale­ment été programmées dans le cadre de l’accompagnement d’Écla.
  • Fiche technique
    Réalisation : Batiste Combret & Bertrand Hagenmüller
    Image : Batiste Combret
    Son : Bertrand Hagenmüller
    Étalonnage : Lucie Bruneteau
    Studio étalonnage : Philéas Productions
    Mixage son : Rafaël Bernabeu Garcia
    Studio mixage : Chacapa Studio
    Musique originale : Amélie Legrand
    Production : Bobi Lux
    Co-production : Oxo Films
    Productrice : Louise Hentgen