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27 04 2016

Les éditions do sont là

Propos recueillis par Sébastien Gazeau


Les éditions do sont là

Olivier Desmettre - Photo : Mr Thornill

Familier de longue date des littératures étrangères, Olivier Desmettre s’emploie désormais à éditer d’étranges littératures à l’enseigne des éditions do qu’il vient de fonder.

Sébastien Gazeau – Est-ce que l'on compose de la même manière le programme d'une manifestation comme Lettres du monde, que vous avez dirigée pendant 10 ans jusqu’en 2014, et le catalogue d’une maison d’édition, les éditions do que vous avez créées en ce début d’année ?
 
Olivier Desmettre  – Non, dans le sens où chaque manifestation de Lettres du monde s’organisait alors autour d'un pays ou d'une région géographique particulière, ce qui me limitait dans la composition du programme. Avec les éditions do, mon envie était, dès le départ, de publier une grande diversité de langues et de textes, essentiellement des formes courtes, et, plus qu’avec des auteurs, de travailler avec des traducteurs.
 
S.G. – Les différents livres que vous prévoyez de publier - 7 sont annoncés à ce jour – traduisent-ils déjà « l’esprit » des éditions do ?
 
O.D. – Après le premier livre, Hommes sous verre de Sarah Rose Etter, la tentation aurait été grande d'en publier un deuxième dans la même veine. Mais mon projet n'était pas de cet ordre-là. Certes, celui-ci et Vie et mémoire du docteur Pi d’Edgar Bayley donnent une certaine couleur, mais le troisième... je suis peut-être mal placé pour parler de cela… En vérité, je ne sais pas du tout ce que veut dire construire le catalogue d'une maison d'édition ! Alice de Poncheville a récemment écrit un très beau billet à propos du changement de cap de L'École des loisirs. Elle dit que ça n'existe pas une ligne ou une politique éditoriale1 et je suis assez d’accord avec ce point de vue.
 
S.G. – Éditer des textes dans des langues que l’on ne parle pas implique-t-il de s’en remettre à d’autres, à leurs goûts, à leurs suggestions ?
 
O.D. – Je pensais que le plus compliqué, en tant qu’éditeur, était de trouver des textes mais je me suis rendu compte que ce n’était pas si difficile. Je ne lis que l’anglais, et encore faut-il qu’il soit d’un niveau assez simple, et pourtant j’ai trouvé seul les 7 premiers textes que je vais publier. J’ai lu le premier en anglais, le second, qui est à l’origine en espagnol, dans sa traduction anglaise, chez le même éditeur qui a publié Alex Epstein, un auteur israélien dont un livre paraîtra aux éditions do début 2017… Dans tous les cas, il m’a suffi de lire une partie des textes en question pour avoir l’envie d’en savoir plus et de faire appel ensuite à un traducteur ou à une traductrice. C’est impossible à expliquer mais à un moment donné, on se dit qu'un texte est pour soi, qu'il vous correspond et qu’il faut y aller. Ceci dit, c’était déjà le cas avec Lettres du monde et je suis sûr que je n’y échapperai pas pour les éditions do, une programmation comme un catalogue s’élabore à partir de rencontres et de discussions avec des auteurs, avec des traducteurs, avec des libraires qui vous amènent à des textes en pensant qu'ils sont pour vous. Ce dont il faut d'ailleurs se méfier... 
 
S.G. – Pensez-vous que le catalogue des éditions do sera d'abord fait de fidélités à des traducteurs plutôt qu'à des écrivains, au sens où vous éditeriez autant des traducteurs que des écrivains ?
 
O.D. – Je n'avais pas pensé les choses comme cela mais c'est possible. De fait, les trois premiers livres traduits de l'espagnol que je vais publier l'auront été par Jean-Marie Saint-Lu. De même, c'était important pour moi que Rosie Pinhas-Delpuech, à qui j'ai demandé de traduire le livre d’Alex Epstein qu'elle ne connaissait pas, me dise que j'avais fait un bon choix. Et il y a en effet de grandes chances pour que je redemande à Véronique Béghain (la traductrice de Hommes sous verre, ndlr) de traduire d'autres textes de l'anglais si je venais à vouloir en publier de nouveaux. 
 
S.G. – Peut-on dire que vous êtes en train de constituer une « équipe » autour des éditions do ?
 
O.D. – Même si j'aimerais être plus nombreux à l'intérieur de moi-même (traducteur, auteur, graphiste, imprimeur, développeur web, etc.), il va de soi qu’on ne fait jamais rien seul. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, un éditeur est quelqu’un qui met en scène tous ces métiers et toutes ces personnes. 
 
S.G. – Ce n’est toutefois pas si courant qu’un éditeur mette autant en avant le graphiste avec lequel il collabore, en l’occurrence Éric Lasserre, alias Mr Thornill…
 
O.D. – J'ai tendance à penser que ça se fait de plus en plus, notamment chez de jeunes éditeurs, comme Tusitala par exemple. Ceci dit, après 13 années passées aux côtés de Mr Thornill, d'abord avec le Carrefour des littératures2 puis avec Lettres du monde, j'aurais pu avoir la tentation d'aller voir ailleurs. Et pourtant, quand j'ai eu l'idée de créer une maison d’édition, c'est tout de suite à lui que j'ai pensé. D'abord parce qu'il a cette capacité à toujours me surprendre, et puis aussi parce qu'il conçoit des objets singuliers qu'il sait inscrire dans le temps et dans une histoire.
 
S.G. – Il semble en effet que le livre en tant qu’objet soit, pour vous, presque aussi important que le texte qu’il contient…
 
O.D. – Quand je vois tous les livres qui se trouvent sur les tables des librairies, je me demande toujours ce qui fait qu’un lecteur en choisit un plutôt qu’un autre. Certes le libraire a un rôle essentiel à jouer auprès des lecteurs, mais il faut aussi que le livre y soit physiquement présent, qu’il soit un objet qui trouve sa place dans les librairies pour que la rencontre ait lieu.
 
S.G. – Le principe d’un festival comme Lettres du monde était d’offrir la possibilité de rencontrer des auteurs en chair et en os. Est-ce une dimension qui compte encore pour vous ? Est-ce que vous avez cherché à rencontrer les auteurs que vous allez ou que vous venez de publier ?
 
O.D. – Qu’un texte s’incarne à travers son auteur n'a jamais été quelque chose que j'ai particulièrement recherché. Je m’y suis employé pendant des années mais je connais aussi les limites de cet exercice. La présence de l’auteur n’engendre pas nécessairement un lectorat très important. Elle peut même parfois être contreproductive … Je crois plus à la rencontre entre un texte et un lecteur grâce à l’intercession d’une autre personne, notamment un libraire.
 
editions-do-hommes-sous-verreS.G. – Qu’est-ce qui vous a amené à publier, en premier, Hommes sous verre de Sarah Rose Etter ?
 
O.D. – À l’origine, assez naïvement je dois le dire, je pensais sortir deux livres en même temps, celui de Sarah Rose Etter et Vie et mémoire du docteur Pi d’Edgar Bayley. Cela me semblait plus riche. Mais il m'a été conseillé de les sortir séparément, au moins à un mois d'intervalle, pour avoir une meilleure présence en librairie et pour éviter aux libraires de privilégier l’un au détriment de l’autre. Au début de notre entretien avec le distributeur (Pollen, ndlr), nous étions d’ailleurs partis pour sortir d’abord le Bayley, mais pendant les dix minutes qu'a duré notre rendez-vous, des représentants ont lu les extraits que j'avais apportés et ont suggéré de sortir l'autre en premier. Ils avaient saisi le côté peut-être plus intrigant et dérangeant de ce livre. Du coup, je me suis rangé à ce conseil, tout en continuant à penser que ce qui fait une maison d'édition, ce n'est jamais que la réunion de tous les auteurs qu'elle a publiés, ni plus, ni moins. 
1. https://laficelleblog.wordpress.com/2016
2. Le Carrefour des littératures, fondé et dirigé par Sylviane Sambor entre 1986 et 2003, précéda sur la voie des littératures étrangères le festival aquitain Lettres du monde, fondé en 2004 par Olivier Desmettre et Cécile Quintin, cette dernière poursuivant l’aventure depuis 2014 aux côtés de Martine Laval.

 
editionsdo.fr
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Lecture d'un extrait du livre Hommes sous verre par Olivier Desmettre
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    Hommes sous verre de Sarah Rose Etter
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Véronique Béghain
    20 x 13 cm ; 87 p. ; 14 € ; 14 € ; Isbn : 979-10-95434-00-9 ; mars 2016.
     
    Vie et mémoire du docteur Pi d'Edgar Bayley
    Traduit de l'espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu
    20 x 13 cm ; 120 p. ; 16 € ; Isbn : 979-10-95434-01-6 ; avril 2016.
     
  • Rencontrer les éditions do
    Lundi 2 mai 2016 à 18h30 à La Machine à lire (8 place du Parlement, Bordeaux, 05 56 48 03 87).
    Rencontre avec Olivier Desmettre, Véronique Béghain, Jean-Marie Saint-Lu.
    Lectures en anglais par Alexa Detorakis, en espagnol par Eduardo Berti et en français par Alexandre Cardin.