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02 11 2015

Mois du film documentaire : Novanima y présente trois films

Propos recueillis par Christophe Dabitch


Mois du film documentaire : Novanima y présente trois films

La poésie de la 2D et demi

Réalisateur et producteur, fondateur de la société Novanima (Périgueux), Marc Faye consacre une partie de ses films documentaires aux dessinateurs, à la bande dessinée ou aux caricaturistes. Arrière-petit fils du créateur du Bibendum de Michelin, il s’exprime sur le documentaire animé (un genre mis en avant par le festival cette année) et sur ses réalisations.

Christophe Dabitch – Votre premier film, O’Galop, prix des étoiles de la Scam en 2010, était consacré à votre arrière grand-père qui avait imaginé le Bibendum. Votre intérêt pour le dessin et l’image animé est ancien.
 
Marc Faye – Mon arrière grand-père est l’un des pionniers du cinéma d’animation et j’ai eu la chance de baigner dans cet univers, de voir des aquarelles, des affiches, des dessins originaux, des petits scénarii de films d’animation ou des flipbook. Cette fascination est restée et je continue à filmer des portraits de pionniers du cinéma d’animation comme Benjamin Rabier, Jossot, Sem… Dans les portraits d’artistes d’époques révolus, il y a peu d’archives de films, il faut réanimer et reconvoquer une atmosphère, une époque et des personnages. Je réalise également la série « Phylactères » qui tente de décrypter les spécificités du langage de la bande dessinée et en tant que producteur, j’accompagne des projets qui ont un lien avec les arts graphiques et le cinéma d’animation.
 
C.D. – Pour le film autour de Jossot, vous multipliez les outils possibles en images réelles et en archives pour raconter mais aussi un genre d’animation que vous appréciez particulièrement, les plans séquences en 2D.
 
MoisduFilmDoc-Marc-Faye2M.F. – Ces plans séquences d’animation sont en général une composition poétique pour immerger le spectateur dans un temps révolu, le plus souvent la Belle époque. Dans O’Galop, il y a 26 minutes d’animation sur 52. C’est un moyen d’expression qui me plaît et avec lequel je m’amuse beaucoup. Il y a un esprit de collage et de patchwork. Avec des éléments composites disparates, on arrive à faire un tout cohérent pour réinterroger des lieux mythiques comme l’ancien marché des Halles parisien. On peut aussi réaliser de grandes ellipses temporelles. Techniquement, un plan séquence est une continuité, un voyage avec une caméra virtuelle dans un décor entièrement reconstitué à partir d’iconographies hétéroclites. Pour le marché des halles, c’est plus de 1000 photos détourées avec des éléments de décor et d’accessoires, de photos de personnages détourés puis réanimés et réinsérés dans cet univers avec un travail sur la bande son pour recréer une atmosphère. Il y a un coté papillonnage, le spectateur découvre les lieux et les personnages dans ce mouvement. On appelle ça de la 2D et demi, c’est de la fausse 3D1. Quand on reconstitue le pavillon Baltard, on fait la façade de devant, les côtés, le plafond mais tout ça dans un univers 2D. On pourrait faire le tour du décor avec une caméra virtuelle, il est en volume, en 3D, mais c’est un univers en 2D, donc on parle de 2D et demi…
 
C.D. – Qu’est-ce que le documentaire animé peut apporter selon vous par rapport à celui en images réelles ?
 
M.F. – Ce sont des propositions poétiques et synthétiques par les ellipses temporelles. C’est une palette d’expression en soi et le medium duMoisduFilmDoc-SoustesDoigts documentaire est intéressant car il permet facilement des hybridations entre la prise de vue réelle, l’animation, les archives et d’autres dispositifs de mise en images. À l’heure actuelle, du point de vue de la richesse, de la liberté et des potentialités d’expression, le documentaire vit une période phare. Un plan séquence d’animation est très différent de ce que l’on connaît en images réelles, tout est pensé, chaque chose est à sa place, c’est clairement une recréation du réel. Ce n’est pas comparable mais si l’on prend l’exemple de Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès, qui est un documentaire animé, si on connaît son parcours d’auteur, il y a une continuité. Elle a d’abord fait un film en prise de vue réelle dans lequel elle interroge des anciens réfugiés indochinois qui vivent à Sainte-Livrade, puis un film en Indochine qui hybride des images réelles et les dessins de Marcelino Truong et Sous tes doigts est un peu la synthèse de l’interrogation sur cette mémoire et cette matière filmique. C’est comme une variation sous différentes formes.
 
C.D. – Est-ce qu’il a de réels espaces de diffusion pour ces films ?
 
M.F. – En général, les chaînes de télévision sont en amont, quand la fabrication et la production d’un film se décident sur un scénario. Celles qui prennent des risques sont les chaînes locales. Pour Sous tes doigts, c’est la case court-métrage de France 2 qui s’est engagée mais les espaces dédiés à la création et au documentaire sont souvent sur les chaînes locales. Il y a le circuit cinéma, festival sans oublier les médiathèques. 27 médiathèques sont partenaires du Mois du documentaire en Aquitaine. Cela participe de la vie de ces films. Bien sûr, il y a 270 médiathèques dans la région et cela pourrait être beaucoup mieux, ce que nous espérons pour l’avenir. Il y a encore du travail à faire pour la diffusion de ces films.
 
 
1. 2D : 2 dimensions (largeur et hauteur), 3D, 3 dimensions (largeur, hauteur et profondeur).

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  • Le programme du Mois du documentaire en Aquitaine
    Le Mois du film documentaire ouvrira sa 16° édition en Aquitaine le 5 novembre au Cinéma L’Atalante / L’autre cinéma à Bayonne avec le film Une jeunesse allemande en présence de son réalisateur Jean-Gabriel Périot et se clôturera le 27 novembre à la bibliothèque de Saint-Symphorien avec Pas de nostalgie camarade d’Isabelle Solas. Le programme complet :
    http://ecla.aquitaine.fr
  • Trois films Novanima programmés
    Le Mois du film documentaire, manifestation nationale, se décline en Aquitaine dans 90 lieux (cinémas, médiathèques…) et 170 séances pour une vingtaine de films dont une partie réalisés / produits en région ou par des réalisateurs / producteurs y résidant.
    Marc Faye et sa société de production Novanima présentent ainsi trois films. Un documentaire réalisé par Marc Faye sur un caricaturiste ayant œuvré par son travail en faveur de la séparation de l’église et de l’État, en 1905, et qui s’est ensuite concerti à l’Islam après sa rencontre avec le soufisme : Jossot, de Gustave à Abdel Karim (54 min). Deux autres films présentés ont été produits ou coproduits par Novanima : Nocturnes de Mathieu Bareyre (48 mns), un documentaire à l’esthétique très étonnante sur l’univers des joueurs de l’hippodrome de Vincennes et Sous tes doigts, un court-métrage animé de Marie-Christine Courtès (12 min), magnifique et bouleversant, qui poursuite son travail documentaire sur la mémoire indochinoise, du pays originel au « Centre d’accueil des Français d’Indochine » de Sainte-Livrade en Lot-et-Garonne. Ce dernier film a été sélectionné au festival de Cannes pour le meilleur film d’animation.
    www.novanima.fr
  • Le Mois du film documentaire dans toute la France
    MoisduFilmDoc-LogoLe Mois du film documentaire se déroule pendant tout le mois de novembre et réunit 160 000 spectateurs dans 2 000 lieux en France et sur tous les continents.
    Pour cette 16e édition, 2 000 lieux participants : médiathèques, cinémas, associations,
    Universités, instituts français et autres lieux culturels, sociaux et éducatifs se mobilisent pour mettre en lumière la richesse du cinéma documentaire.
    Cela se passe dans 1 102 communes en France mais aussi dans 35 pays à travers le monde.
    Les spectateurs peuvent découvrir une diversité d’œuvres, récentes et de patrimoine, à travers des programmes originaux et éclectiques, tels que L’Homme face au climat, Les Génocides, Les sentiers de l’architecture, Cinéma de l’intime, Exil et migrations, Filmer le travail, Sociétés en mouvement, etc.
    Le Mois du film documentaire rend compte d’une grande diversité de formes et de regards :
    1 600 films sont proposés et 3 300 séances sont accompagnées de débats citoyens, de rencontre avec les auteurs, d’expositions, d’ateliers, de concerts et de conférences.
     
    Le débat citoyen au cœur des programmes
    Plus grand rendez-vous du documentaire, le Mois du doc est aussi un festival dédié au débat citoyen. Après chaque séance, un temps de discussion permet à tous les publics, novices
    ou initiés de partager leur point de vue sur le film et... sur le monde !
     
    Plus de 500 réalisateurs vont sillonner la France
    Auteurs confirmés et jeunes cinéastes, ils sont nombreux à sillonner les routes à la rencontre du public. Certains d’entre eux font l’objet de tournées nationales ou régionales. Parmi eux Nicolas Philibert, Nurith Aviv, Mariano Otero ou encore Jean-Gabriel Périot.
     
    Un rendez-vous phare pour le jeune public !
    10 % des spectateurs du Mois du doc fait partie de la jeune génération ! 500 séances leur sont destinées, accompagnées d’ateliers pratiques et de rencontres. C’est l’occasion pour eux d’être sensibilisés au cinéma et plus particulièrement au documentaire.
    Les programmes interactifs à l’honneur : le Mois du WEBdoc, 4e édition
    Le Mois du webdoc est la section spéciale du Mois du film documentaire entièrement dédiée aux nouvelles formes documentaires en ligne. Douze webdocumentaires produits dans l’année sont visibles à partir du 1er novembre sur le site et concourent pour trois prix. Une sélection thématique et des événements live sont organisés un peu partout !
     
    Avant-premières et sorties salles, mais aussi rétrospectives et films de patrimoine !
    Le Mois du film documentaire est une date clé pour les sorties en salles de films documentaires. On peut voir sur les écrans : Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot,
    L’Image manquante de Rithy Panh, On the other side de Roberto Minervi, Le Bouton de nacre de Patricio Guzman… Mais aussi des films de patrimoine restaurés de Werner Herzog, Agnès Varda, Alain Cavalier, Chris Marker...
     
    Retrouvez le programme sur www.moisdudoc.com
     
    Contact
    Images en bibliothèques
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    Marianne Palesse, déléguée générale
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    Justine Meignan, chargée de communication
    j.meignan@
    imagesenbibliotheques.fr
     
    Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication et du Centre national du cinéma et de l’image animée, de la SCAM, la PROCIREP, l’Institut français, ARTE Actions Culturelles.