Faut-il mutualiser ?

Le cinéma citoyen de Tourné Monté Films

Le cinéma citoyen de Tourné Monté Films

Photo : Patrice Raynal - Atelier de vidéo danse - maison d'arrêt de Gradignan - Camille Auburtin, 2014.

Par Marie-Laure Cuvelier


David Foucher, l’un des trois cofondateurs de l’association Tourné Monté Films (TMF), me reçoit dans les locaux de l’association à Bègles (Gironde), un improbable bureau partagé au premier étage d’un bâtiment industriel, attenant à une petite salle de montage. Car bien sûr, la mutualisation fait partie de l’adn de TMF, mais ce serait inconvenant de la cantonner à un local et au matériel partagé par les membres. Ce que l’association mutualise avant tout, ce sont des valeurs citoyennes, une conscience collective que l’image et les pratiques audiovisuelles peuvent ouvrir des perspectives à chaque individu, qu’il soit de l’un ou de l’autre côté de la caméra (de l’objectif ?)
Le collectif multidisciplinaire de création et de production audiovisuelles créé il y a neuf ans est en plein chamboulement, suscitant l’excitation autant que le doute, avec la création prochaine d’une SARL dédiée aux activités de production, réalisation, diffusion. Cela permettra de rendre les choses plus lisibles vues de l’extérieur, afin que l’association se recentre sur l’éducation à l’image et continue son travail de proximité sur le territoire de l’agglomération bordelaise. Favoriser la pratique audiovisuelle de tous, voilà le cap que s’est fixé TMF, qui met depuis toujours l’accent sur les publics les plus éloignés. Ainsi le milieu carcéral est-il une des priorités de l’association :
Fenêtre cathodique, de Patrice Raynal (2011), est un documentaire sonore qui s’intéresse à la place de la télévision en prison. Les détenus s’expriment sur cet objet omniprésent qui les aide à « faire passer le temps ». En savoir plus sur le documentaire sonore
 
La Fache Cachée des unes est un projet mené par Camille Auburtin en 2013 avec des femmes détenues de la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan, qui retrace les explorations chorégraphiques et cinématographiques d’un atelier vidéo / danse.  
En 2011, Elise Mériau avait déjà réalisé un court-métrage auprès d’un public de détenues : Traversées, entre documentaire et art vidéo, issu d’un travail de résidence de création audiovisuelle.
Une des vocations de TMF est de proposer le cinéma comme moyen d’expression citoyen et outil de médiation pour les territoires. « L’important c’est de sensibiliser, éduquer, apprendre à lire, à décoder, à interpréter, pour ne pas être dans un comportement passif face à une image » confirme David Foucher.
L’association intervient notamment auprès de centres sociaux, où la réalisation d'un reportage permet, par exemple, aux participants de s'initier à la technique audiovisuelle, tout en enquêtant sur le sujet de leur choix. Ainsi des adolescents du Centre social Bordeaux Nord mènent-ils l'enquête sur le look des jeunes : cela donne Enquête sur le SWAG
 
Dans le quartier des Chartrons, l’association Antigone accueille des jeunes en grande difficulté scolaire. Un atelier mené par TMF leur a permis de réaliser un reportage en partant à la rencontre d’artisans emblématiques du quartier. Le reportage
 
L’animation permet une approche ludique de l’audiovisuel, très appréciée des enfants, et le résultat est grisant : on peut raconter des histoires avec quelques objets du quotidien et dans des lieux connus de tous. Les 3 amis et le verre zombie raconte une course poursuite entre un verre zombie, un livre, une chaussure, et une cassette dans les locaux du centre Marcel Sembat.
 
Enfin, l’association développe aussi un projet à destination des personnes âgées sur la commune du Bouscat : « mémoires vivantes » de Patrice Raynal dresse des portraits sensibles en recueillant les paroles des anciens. En racontant leurs souvenirs, leurs vécus, ils construisent la mémoire de leur ville, cadeau pour les générations futures.

Bien au-delà des aspects techniques de la pratique audiovisuelle, Tourné Monté Films conçoit et porte des projets de territoires, qui ont en commun de favoriser le vivre ensemble en donnant à voir et à entendre les initiatives locales par l’utilisation d’outils de création et de diffusion. En encourageant les prises de parole des citoyens en général, et des populations habituellement éloignées de ces pratiques en particulier, l’association place l’audiovisuel comme outil de médiation au service de l’ensemble des parties prenantes : qu’elles soient initiatrices du projet, spectatrices du film, mais aussi et surtout devant ou derrière l’objectif.

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