09 12 2019

La résidence croisée Nouvelle-Aquitaine/Québec, douze années de rayonnement pour la francophonie

Propos recueillis par Nathalie André


La résidence croisée Nouvelle-Aquitaine/Québec, douze années de rayonnement pour la francophonie

Photo : La Maison de la littérature à Québec / Renaud Philippe

Depuis douze ans, dans le cadre de la coopération entre la Nouvelle-Aquitaine et le Québec, la résidence croisée Nouvelle-Aquitaine/Québec est portée par ALCA et l’Institut Canadien de Québec – qui administre la Maison de la littérature à Québec. Destinée au départ aux auteurs de bande dessinée néo-aquitains et québécois, cette résidence s’est ouverte en 2014 à la littérature jeunesse et, depuis l'année 2019, elle s’est élargie à tous les domaines littéraires. À ce jour, 26 auteurs québécois et néo-aquitains ont été accompagnés des deux côtés de l’Atlantique pour travailler sur leurs projets. Et, bilan inestimable, 23 d’entre eux ont été publiés.

En 2007, le cadre de cette résidence de bande dessinée était de permettre à un auteur néo-aquitain de partir d’avril à mai à la Maison de la littérature de Québec et à un auteur québécois de venir de septembre à octobre à La Prévôté, à Bordeaux. Quel cheminement a mené à ce dispositif croisé ?
 
Dominique Lemieux1 : En 2007, émergeaient à la Maison de la littérature2 les premiers programmes de résidence. Le choix de la bande dessinée s’est fait naturellement parce que la ville de Québec s’honorait déjà d’un des plus anciens festivals littéraires du Canada, le festival Québec BD. Il est un des partenaires privilégiés puisqu’il y a programmé tous les auteurs reçus. En consultant la liste des dessinateurs québécois qui sont partis en résidence à Bordeaux, j’ai été frappé de mesurer qu’elle concerne les auteurs qui sont depuis très populaires au Québec : Francis Desharnais – qui vient de recevoir le prix des libraires pour La Petite Russie (éd. Pow Pow) –, Michel Falardeau, Bach, Djieff…
 
Patrick Volpilhac3 : En France aussi, c’était le début des résidences internationales dotées et, avant de monter celles de l’agence, je suis allé visiter la Maison des Écrivains Étrangers et des Traducteurs de Saint-Nazaire. En 2007, nous venions d’éditer un guide des auteurs de bande dessinée et toute la richesse des dessinateurs, scénaristes et coloristes de notre territoire s’est révélée avec notamment Nicolas Dumontheuil, Jérôme d’Aviau, Laureline Mattiussi ou Jean-Jacques Rouger – qui sont d’ailleurs ensuite partis à Québec. Mais avant cela, je suis allé rencontrer Marie Goyette à Québec, alors directrice de la bibliothèque Gabrielle-Roy, avec qui j’ai visité l’appartement de la résidence de la Maison de la littérature. Nous avons été immédiatement d’accord sur le principe d’un échange croisé d’auteurs dans le cadre des accords de coopération. 
À l’agence, on a alors monté la résidence de Québec pour la bande dessinée, celle du Land de Hesse, en Allemagne, pour la littérature et celle de Bologne, en Émilie-Romagne, pour la littérature jeunesse. Nous étions alors une quinzaine de structures en France à le faire dans ces conditions, avec des bourses d’écriture, un accueil, un logement et des temps publics. Si elles sont devenues des modèles, il nous faut continuer à réfléchir aux besoins et, pour ce, nous avons accueilli cet automne à la MECA, la 3e Journée d’étude nationale sur les résidences d’auteurs.
 

Le dispositif s’ouvre désormais à tous les genres littéraires et le calendrier a été modifié afin que les lauréats puissent se croiser pendant leurs résidences.
 
D. L. : C’était un souhait commun. C’est ainsi que l’auteur de théâtre néo-aquitain Jóan Tauveron a pu rencontrer l’auteur de polar québécois Richard Ste-Marie, à Québec d’abord, et ensuite à Bordeaux, à l’occasion d’une rencontre publique. Tout les sépare dans leur pratique et leur différence d’âge et pourtant ils ont beaucoup échangé sur les processus d’écriture et sur la manière dont on se fabrique une matière langue. Ces possibilités d’échanges entre les créateurs sont un changement vraiment positif dans ce programme.
 

La ville de Québec a reçu, en 2017, le label de l’Unesco « Ville de littérature », lié entre autres à l’apport de la Maison de la littérature dans la vitalité littéraire de la ville…
 
D. L. : C’est une grande opportunité d’être la première ville francophone à avoir obtenu ce label qui concerne un réseau de 28 villes mondiales, pour développer notamment un programme de résidences croisées, avec Cracovie par exemple. Mais c’est aussi parce que la Maison de la littérature possède un studio de création et accueille depuis quelque temps des micro résidences d’une ou deux semaines, de spectacles littéraires, pour laisser émerger les littératures hors le livre ; ce qui permet de sortir de la nécessité d’une publication ou d’un projet de longue haleine. La venue du Néo-Aquitain Jóan Tauveron en mars dernier, qui écrit justement du théâtre, nous a permis de continuer à alimenter notre réflexion sur ce champ-là.
 
P. V. : De notre côté, si jusqu’à présent chaque agence régionale travaillait sur des projets autonomes, notre présence à la MÉCA va nous amener à envisager des collaborations, avec notamment l’OARA, l’agence régionale du spectacle vivant, puisque nous partageons un intérêt pour le texte. On pourra donc imaginer des passerelles avec le Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA qui n’existent pas encore. C’est plutôt enthousiasmant, pour l’évolution de cette résidence notamment.
 
Institut Canadien du Québec : www.institutcanadien.qc.ca 

Maison de la littérature : www.maisondelalitterature.qc.ca 
 
1Nommé en janvier 2018 à la direction de la Maison de la littérature à Québec, Dominique Lemieux, ancien directeur général de la coopérative Les Libraires de 2009 à 2018, a reçu en novembre le prix du Développement culturel du Conseil de la Culture (prix François-Samson). Lors de l’entretien, il était accompagné de sa collaboratrice Anne-Marie Desmeules, adjointe à la programmation.
2La Maison de la littérature à Québec est issue d’un partenariat entre la Ville de Québec et l’Institut Canadien de Québec qui l’administre.
3Patrick Volpilhac est directeur général d’ALCA.

 

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  • Un éloignement salutaire, retour de résidence par Jóan Tauveron
    Je suis parti du 1er avril au 31 mai 2019 à la Maison de la littérature de Québec où j’ai pu finaliser la rédaction de Chaisecabeau, projet d’écriture théâtrale soutenu par ALCA dans le cadre de la résidence croisée Québec/Nouvelle-Aquitaine. Anne-Marie Desmeules, adjointe à la programmation de la maison de la littérature et ma référente sur place a préparé un programme tout indiqué pour mon séjour.
     
    J’eus, peu après mon arrivée, le plaisir de rencontrer une première fois monhomologue québécois, Richard Ste-Marie, avant son départ pour Bordeaux. Je l’y ai du reste retrouvé en juin au sortir de sa résidence, lors d’une rencontre à la librairie du Contretemps à Bègles, avant son retour pour la Belle Province.
     
     
    J’ai par la suite pu rencontrer nombre d’artistes, notamment le dramaturge Daniel Danis. Nous avons conversé autour de préoccupations thématiques, esthétiques et politiques propres au théâtre contemporain. Surtout, nous avons abordé la question d’une juste retranscription d’une parole d’enfant dans un texte et à la scène. Nos échanges ont de fait été opportuns, fructueux et précieux pour la poursuite de mon travail.
     
    J’eus également en mai l’occasion d’animer un atelier d’écriture créative auprès d’un petit groupe d’habitué(e)s de la maison de la littérature, à la pratique hétérogène. Nous avons abordé ensemble les questions des déclencheurs dans l’écriture, de la recherche de nouvelles formes et des conceptions possibles de l’objet textuel, comment celles-ci enfin pouvaient influencer le tissage d’une trame narrative. Les textes qui ont émergé de cet atelier ont été par la suite lus sur la scène littéraire de la Maison par leurs auteur(e)s. À la toute fin de la résidence, Chaisecabeau a été présenté au public à l’occasion d’une mise en lecture où quatre comédien(ne)s de la ville de Québec – Lé Aubin, Rosalie Cournoyer, Jean-Michel Déry et Mélissa Merlo – m’ont prêté leurs voix.
     
    Cette expérience de résidence m’a offert un moment de prise de recul sur mon travail. Le fait d’être invité à le faire dans un ailleurs lointain quoique familier a absolument ouvert et rafraîchi mes références tout autant que mon univers créatif. Me concernant, ni ma méthode ni mon processus n’auront été redéfinis à proprement dit (je suis en effet parti pour Québec en ayant une idée précise de l’architecture de mon texte). Il est en revanche certain que mes rencontres sur place ont enrichi ma recherche et ma création. Enfin, être au contact d’une langue singulière, aussi similaire à la mienne soit-elle, ainsi que l’écoute d’expressions et tournures de phrases à part ont permis de sonder en profondeur la question du langage au sein de mon texte. Sans ce dispositif de résidence, Chaisecabeau aurait en définitive été tronqué de nombreux éclairages bienvenus et privé d’un tournant tout à fait salutaire.
     
    À découvrir : MacBeth Pro. (ou Shakespeare désenchanté), éditions du Petit Théâtre de Vallières, Clermont-Ferrand, 2016.

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