Entretiens > Au Chalet Mauriac 2016

18 07 2016

La légende appliquée

Propos recueillis par Christophe Dabitch


La légende appliquée

Pierre-Vincent Cabourg & Jonathan Garnier – Photo : Anne-Sophie Legendre

Jonathan Garnier et Pierre-Vincent Cabourg, qui se connaissent depuis leurs études d’arts appliqués, développent aujourd’hui une application littéraire et graphique – pour tablettes tactiles et ordinateurs – imaginée par Jonathan Garnier, nommée FRAÉ. Ils sont en résidence d’écriture au chalet Mauriac à Saint-Symphorien et expliquent leur démarche.

Christophe Dabitch – Quelles sont vos formation et premières créations ?
 
Jonathan Garnier – Je viens d’un bac Arts appliqués, c’est là que j’ai rencontré Pierre- Vincent, puis j’ai fais une formation en bande dessinée. J’ai d’abord travaillé en tant que print designer dans le jeu vidéo, puis à Ankama éditions où je suis ensuite devenu éditeur et directeur de collection avant de basculer sur le scénario de bande dessinée.
 
Pierre-Vincent Cabourg – Après un bac Arts appliqués et la même formation BD que Jonathan, j’ai suivi un cursus d’animation en me spécialisant dans la 2D, l’animation traditionnelle. J’ai fait des productions et des courts-métrages, entre autres pour Arte. J’ai repris ensuite des études en 3D à Supinfocom à Arles puis j’ai intégré Ankama où je suis arrivé Chef 3D sur la série « Wakfu » pour France 3.
 
C.D. – L’application FRAÉ mêle différents médias…
 
J.G. – C’était un projet prévu pour l’édition au départ, une envie de travailler avec des créateurs venant d’univers différents, de l’animation, du jeu vidéo... Mais développer en édition un recueil sur un univers inconnu était compliquée. Je m’intéressais déjà au numérique pour la bande dessinée et j’ai décidé de repenser ce projet pour une application numérique simple et accessible en réunissant des artistes qui vont eux-mêmes influencer son contenu.
 
P.-V.C. – On a toujours été en accord sur ce mélange des médias, qu’on appelle maintenant le transmedia. On avait déjà travaillé sur un projet à l’époque de la formation BD avec d’autres camarades qui mêlait le support littéraire et l’illustration. Je peux y apporter mon expérience en animation.
 
C.D. – Où en êtes-vous maintenant ?
 
J.G. – J’y réfléchis depuis des années et l’univers, son histoire, son évolution possible, l’interactivité et la façon de le commercialiser se sont formalisés voilà un an. L’idée de la résidence d’écriture est de se concentrer sur le développement de l’univers et des histoires. Ce qui n’est pas évident par Skype et téléphone, chacun ayant son travail et d’autres projets à côté.
 
P.-V.C. – Il s’agit de consolider les fondations. Si des auteurs sont amenés à s’y intégrer, il y a déjà une cohérence de l’univers qui permet de garder une ligne directrice.
 
C.D. – Cela veut dire un cadre narratif, une bible de personnages, un contexte historique ?
 
J.G. – On part sur un monde ouvert avec une application constituée de petites histoires qui fonctionnent indépendamment mais peuvent être connectées entre elles pour dévoiler une véritable saga. On travaille sur l’histoire principale dans laquelle les auteurs pourront ensuite picorer. Ce n’est pas une bible trop complexe mais un cadre, une ambiance et une écriture.
 
P.-V.C. – C’est une histoire qui permet de beaucoup voyager dans l’univers en suivant les personnages sur des territoires différents. La saga y sera largement développée et servira de source d’inspiration.
 
C.D. – Que pouvez-vous dire de cette saga ?
 
J.G. – C’est un univers plutôt médiéval. Cela se passe sur une île imaginaire, avec pour toile de fond l’histoire d’une lignée de rois qui ont été considérés comme des dieux. Leur lignée est tombée après un cataclysme qu’ils ont eux-mêmes déclenché. C’est un monde post-apocalyptique et les lecteurs découvrent l’histoire de l’île en même temps que les habitants de l’île qui l’ont oublié. Seul le dernier des rois, Galdur, appelé le « roi nomade », traverse les âges, les différents médias et les histoires.
 
P.-V.C. – Il est l’un des rares survivants de l’ère précédente. Les hommes s’étaient réfugiés pendant des décennies dans les montagnes lors du cataclysme et ils réinvestissent peu à peu l’île. Mais ils ont perdu le savoir de leur histoire et il ne reste que des mythes. Galdur, lui, connaît le passé et fait le lien entre les époques.
 
C.D. – Qu’il y-a-t-il de particulier à une application pour raconter des histoires ?
 
J.G. – Des mythes pourront être racontées avec des points de vue différents, offrant aux lecteurs la possibilité de se faire leur propre interprétation de ce qu’ils liront.
L’application, très simple, est d’abord constituée d’une carte avec des pictogrammes qui mènent vers des histoires pouvant être sous des formes diverses comme de la bande dessinée numérique, du texte illustré, du texte voire de la poésie. Il pourrait y avoir, même si nous ne courrons pas après, du son, de l’image animée… c’est aussi cette diversité qui nous intéresse. La seule règle est que le choix du média soit cohérent par rapport à l’histoire racontée.
 
P.-V.C. – Ce n’est pas un jeu vidéo mais quelque chose d’interactif qui donne la possibilité de fouiller dans la carte, d’explorer, de cheminer dans les histoires et les lieux.
 
J.G. – On a un bagage de joueur, sur des jeux vidéo foisonnants. J’ai passé des centaines d’heures à fouiller certains jeux et on souhaite apporter ce genre de richesse à l’application. Mais on est plus dans la lecture que dans le jeu.
 
C.D. – Il y aura une version papier ?
 
J.G. – L’édition est mon domaine de prédilection, j’ai donc toujours l’envie d’y revenir et maintenant que l’univers a pris en ampleur, ce pourrait être possible avec une grosse série accompagnée de gros volumes uniques. Cela pourrait compléter l’application, sans que les deux supports ne se parasitent. Les lecteurs pourraient découvrir l’univers entier avec les deux.
 
P.-V.C. – Avec le temps, il y aura une évolution constante de l’univers.
 
C.D. – Pourquoi ce nom, FRAÉ ?
 
J.G. – Cela vient de nos influences, le monde nordique et particulièrement l’Islande. En islandais, cela signifie graine, un élément qui joue un rôle important dans l’histoire.
 
C.D. – Vous avez réfléchi au modèle économique ?
 
J.G. – L’idéal serait de trouver un producteur et/ou un éditeur, pour développer l’application et les outils de monétisation. L’application serait téléchargeable gratuitement avec quelques histoires pour que les lecteurs puissent tester. Si cela plait, ils pourront continuer l’aventure via un système d’abonnement ou des mises à jour payantes pour accéder à des nouvelles histoires.
 
C.D. – Quelle serait la liberté des créateurs qui travailleraient sur le projet ?
 
J.G. – J’ai d’abord essayé quelque chose de très ouvert mais il s’est avéré que les auteurs eux-mêmes étaient en demande de contraintes. Trop de libertés peut bloquer. J’ai donc commencé à poser un univers mais l’idée reste de garder une ouverture qui permettra d’avoir, d’une histoire à l’autre, des décalages dans le dessin et le traitement narratif.
Pour le reste, les auteurs que je vais contacter auront certainement les mêmes références que moi, on se comprendra vite, comme c’est le cas avec Pierre-Vincent. Mais j’ai aussi envie d’être surpris. Je ne veux pas être un grand superviseur omniscient, je souhaite que l’application parte dans des directions que je n’avais pas imaginées.
 
C.D. – La résidence d’écriture, qu’en pensez-vous ?
 
J.G. – En quelques jours, on a l’impression d’être là depuis plusieurs semaines. C’est très agréable, cosy, avec des espaces de travail très confortables et pour ne rien gâcher nous avons été accueilli chaleureusement ! On est libres de travailler exclusivement sur ce projet, ce qu’on ne peut se permettre de faire habituellement.
 
P.-V.C. – C’est une première résidence pour tous les deux. Cela fait un cadre de travail, on est là pour ça, pour se concentrer, en dehors de nos autres projets. Ca va aller loin en un mois, on est dans le concret.
 

Tout afficher