Films

La Garonne, immersion 2.0

Propos recueillis par Christophe Dabitch


La Garonne, immersion 2.0

S’inspirant, pour son titre et son esprit, de la fameuse phrase du poète antique et burdigalien Ausone, le WebDoc Vis le fleuve, réalisé par Laurent Philton (Phileas production), propose une immersion en Garonne urbaine ponctuée par des découvertes, des rencontres et des ressources documentaires. Outre le contenu, un WebDoc est aussi une création informatique et technique, ici menée par Olivier Simon, GraphiWorks, Solutions informatiques Web design. Éclairage sur un travail en équipe qui aboutit à une écriture commune.

Christophe Dabitch – Quelle sont l’idée et l’envie à l’origine de ce WebDoc ?
 
Laurent Philton – J’avais déjà réalisé trois WebDocs, c’est une forme qui m’est venue naturellement pour Vis le fleuve. Je marche tous les matins au bord de la Garonne depuis des années, à Bordeaux. J’avais une vision du fleuve que j’avais envie de partager. Le WebDoc est une narration non linéaire et interactive, on donne libre cours à l’internaute, le fond et la forme doivent aller ensemble. Ma compagne Sandra a écrit les textes avec moi et nous avons formé une équipe avec l’agence Web Report pour le contenu éditorial, les recherches de personnages, les idées formelles… Un peu comme un groupe de scénaristes pour une série. J’étais réalisateur et en même temps producteur, ce qui n’est pas évident car normalement le producteur est là pour donner une limite aux désirs du réalisateur. Là, c’est l’équipe qui a joué ce rôle.
 
C.D. – Quand il faut passer à la phase technique, après six mois d’écriture, vous contactez Graphiworks et là, qu’attendez-vous d’eux ?
 
L.P. –  Il faut fabriquer une interface interactive pour un WebDoc, on doit travailler avec des développeurs. C’est une culture différente de la télévision. Pour ce projet culturel, j’avais besoin de quelqu’un qui le comprenne. Il fallait créer les rouages mécaniques d’une création, avec du sens. Ce n’est pas qu’une solution technique. Je connaissais Olivier et quand on a discuté, je me suis rendu compte que la personne recherchée que je décrivais, c’était lui…
 
C.D. – De votre côté, Olivier Simon, comment avez-vous pris cette demande, comment cela s’est mis en place ?
 
Olivier Simon – L’idée est de transcrire une histoire sur le Web. Au début, on a fait plusieurs réunions communes avec toute l’équipe, pour définir un cadre, savoir jusqu’où on allait techniquement les incidences sur le WebDoc. C’est un esprit collaboratif. Ce qui veut dire se mettre autour d’une table avec le chef de projet, moi en l’occurrence, le développeur, le designer graphique, le réalisateur, le producteur…
 
L.P. – J’ai enfin trouvé un développeur, Adrien, qui a compris la part poétique du projet. C’était une première pour moi. Il fallait entrer dans le bain de mon fantasme et de ma passion.
 
C.D. – Quelles sont les étapes ensuite ?
 
O.S. – On fait des tests et des recherches pour arriver à une esthétique cohérente. Pour avoir la meilleure sensation du fleuve et une immersion dans l’eau, il fallait du plein écran, une adaptabilité à tous les types d’écrans et de tablettes, une interface la plus sobre possible et une très grande qualité d’image. Nous n’avons donc pas fait de flash mais nous avons choisi Htlm 5 pour passer sur toutes les plateformes, du JavaScript…
 
L.P. – Une des problématiques du web est que l’on fait souvent des choix techniques en pensant au faible débit, à la mauvaise qualité des écrans, aux ordinateurs les plus anciens… Quitte à nous couper d’une partie des internautes, nous avons choisi la qualité même si nous avons fait en sorte que le WebDoc soit le plus accessible possible.
 
O.S. – La vidéo est toujours très lourde mais nous avons par exemple un système qui détecte automatiquement la qualité de votre connexion et qui adapte jusqu’à un certain point la qualité de l’image. Mais c’est vrai qu’actuellement, nous avons un problème avec les serveurs. France TV ou Arte ont des serveurs de grande capacité, dédiés à cela, et ce n’est pas le cas encore dans les régions. Cela coûte très cher d’avoir un serveur très performant même si celui qui nous héberge, Sud-Ouest, permet de voir le WebDoc dans de bonnes conditions.
 
C.D. – Est-ce que l’on peut dire que pour un WebDoc, entre contenu, vision artistique et solutions techniques, c’est une écriture commune qui apparaît ?
 
O.S. – C’est une collaboration, la technique a une incidence sur la narration et inversement. C’est très lié. Si l’on organise ce travail commun très en amont, c’est encore plus vrai.
 
L.P. – L’ergonomie et la technologie peuvent libérer une écriture. C’est un jeu entre l’écriture, l’image et du contenu supplémentaire comme on le fait aujourd’hui avec le Journal du fleuve qui est un prolongement du WebDoc.
 

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  • Bordeaux aujourd’hui, ailleurs demain ?
    Avec 1h45 de vidéo dont de nombreux entretiens avec des connaisseurs et des passionnés, à différents titres, de la Garonne urbaine, 20 fiches documentaires et de nombreuses archives, le temps de consultation du WebDoc est estimé à environ 3 heures. Le principe est une navigation libre, entre le point d’Aquitaine et le pont François Mitterrand, via un bateau, des bulles, un graphique… Chaque point est une rencontre, un entretien plutôt long avec un historien, un scientifique, un poète, un dessinateur, une habitante… pour autant d’approches de ce fleuve qui vaut à Bordeaux d’exister. Ceci étant une certitude historique : sans Garonne, pas de Bordeaux. Un des aspects très jolis de ce travail tient à la connexion. Quand l’internaute se connecte, il entre à un moment T de la marée réelle et donc à un point P du fleuve, soit 6 possibilités chaque 24 heures. Ceci grâce à un lien en temps réel de Vis le fleuve avec les capteurs de hauteur d’eau de la Garonne. À noter qu’à l’avenir, ce WebDoc aura peut-être des prolongements dans d’autres villes, avec d’autres fleuves. Phileas travaille en tout cas en ce sens.
  • La Garonne est bleue ?
    En regardant le visuel du WebDoc et l’image d’entrée dans la narration, où la Garonne est bleue azur, une question brûle les lèvres : quand Laurent Philton a-t-il bien pu voir ainsi ce fleuve connu pour ses nombreuses teintes limoneuses, jaunes, ocres, marrons… ? Le réalisateur assure ne pas avoir trafiqué l’image, sinon un peu de contraste, et dévoile le contexte précis de ce miracle : « La Garonne est bleue certains matins d’hiver, à l’étal de la marée haute, quand il n’y a ni vent ni vague, quand elle est comme un miroir et que le soleil vient de se lever. Il faut un ciel limpide et sans nuage. La Garonne devient alors un miroir qui reflète le ciel. Cela arrive, je le vois en marchant ! »
  • Vis le fleuve, le lien