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02 09 2019

La double réalité de Santiago Loza

Propos recueillis par Cédric Lépine


La double réalité de Santiago Loza

Photo : Théo Rulin / ALCA Nouvelle-Aquitaine

Accueilli du 24 juillet au 9 août à la Prévôté, à Bordeaux, dans le cadre des résidences internationales d’écriture cinéma portées par ALCA, le réalisateur argentin Santiago Loza a travaillé le scénario de son projet de film I’ll see you tomorrow.

 
Pouvez-vous présenter votre projet de long métrage en cours d’écriture ?

Le film est à l'état embryonnaire : je suis en train de développer le scénario. Il s'agit d'une réalisatrice de documentaires, en crise avec son métier et dans son couple. Elle décide de faire un voyage, pour le travail mais aussi pour prendre de la distance, dans le Sud, où réside une vieille amie. Elle y rencontre une communauté indigène où la silhouette d'une fille «chaman» la captive. Elle sent que la petite fille a des pouvoirs qui peuvent guérir sa douleur. Ce contact la conduit à faire partie de la lutte pour la récupération des terres de cette communauté. Au cours de ce processus, sa vie émotionnelle et sa vocation acquièrent une signification nouvelle et mystérieuse.


Quelles sont les relations avec vos autres films et ce projet ?

Peut-être dans la nécessité de rendre un cinéma plus accessible, raconter une histoire avec des éléments proches du fantastique, un plan réaliste traversé par la magie. Peut-être que la relation entre mes films se situe dans une même préoccupation pour les émotions fondamentales, le chagrin et l'amour, l'émerveillement et la nostalgie.


Comment s'est déroulée pour vous l'expérience de la résidence ?

Ce sont des jours de concentration dans un espace optimal. Loin de l'agitation de mes autres activités. La vie quotidienne en Argentine est un peu compliquée. Être dans cette ville si belle, dans un environnement agréable, encourage un autre type de réflexion loin de l’urgence. Penser à un projet dans le calme, depuis mes débuts, ne m’arrive généralement pas. J'ai une profonde gratitude d'avoir été sélectionné.
 
 

"ALCA offre un espace pour le développement du cinéma et de l'écriture dans la région en créant des ponts, des possibilités, à un moment où il est difficile de soutenir un projet."



Comment s'est déroulée votre sélection à la résidence ?

La résidence était disponible pour les participants de quelques festivals, dont celui de Biarritz dans lequel j'avais été sélectionné pour présenter mon film en compétition en 2018. Je voulais écrire ce projet et je ne pouvais pas dégager de temps dans mes horaires de travail. Cette résidence était donc une belle opportunité.


Quel est l’intérêt du travail réalisé par ALCA ?

ALCA offre un espace pour le développement du cinéma et de l'écriture dans la région en créant des ponts, des possibilités, à un moment où il est difficile de soutenir un projet. La gentillesse et l'enthousiasme de Noémie Benayoun et de toute l'équipe donne un coup de pouce particulier au futur film.


Avez-vous l'habitude d'être si loin de l'Argentine pour écrire vos films ?

J'étais à la Résidence du festival de Cannes pour mon deuxième film. Et pour un autre film, j’étais au C.E.C.I du Moulin d’Ande. J'ai ainsi été plusieurs fois accueilli en France, pays généreux avec mon travail. Ici aussi, j'ai des amis, des gens que j'aime beaucoup. J'aime revenir, je me sens à l'aise et respecté.


Pensez-vous que la ville de Bordeaux et sa région peuvent avoir une influence sur le processus créatif de votre projet ?

Je vis ces jours-ci dans une sorte de double réalité. Le film se passe en Argentine, dans une région isolée de Patagonie, mais je me promène dans Bordeaux. La ville est tellement cosmopolite et, en même temps accessible à pied. D'une certaine manière, peut-être, cette gentillesse s'infiltre dans le projet. J'ai vu les enfants jouer dans le miroir d'eau, profitant de cet espace de rêve. Dans mon film, l'enfance a un poids fondamental dont je peux peut-être prendre conscience en étant ici. D'une manière ou d'une autre, ce que l'on vit dans la vie quotidienne a un impact sur ce que nous faisons, peut-être pas directement, mais cela crée un ton, une atmosphère.
 
 

"Dans le scénario du film, la littérature est reportée : seul compte le film qui suivra l’écriture."



Pouvez-vous parler de votre intérêt également pour la dramaturgie théâtrale et littéraire ?

Je pense que ce sont des écritures qui se complètent et m'offrent différentes façons de m'exprimer. Le théâtre est aussi la possibilité de réaliser des projets pendant que j'attends de faire un film. En outre, un autre type d'écriture apparaît : dans des pièces de théâtre ou des romans courts, l'écriture peut avoir un travail plus grand ou plus délicat avec le mot. Dans le scénario du film, la littérature est reportée : seul compte le film qui suivra l’écriture. Je suis dispersé et curieux et j'ai besoin à la fois de plusieurs champs d'action.


Comment s'est passée votre participation au festival de Biarritz 2018 ?

Très agréable. L'accueil était chaleureux. C’est un festival très cinéphile, très intéressant. La rencontre avec le public était très bonne. J'ai eu des échanges avec des écoles et des groupes d'enfants : c'était une belle expérience de découvrir leurs regards sans préjugés qu'ils avaient sur le film.

 

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  • La doble realidad de Santiago Loza

    Acogido del 24 de julio al 9 de agosto en la pre vista, en Burdeos, en el marco de las residencias internacionales de escritura cinematográfica llevadas por ALCA, el director argentino Santiago Loza trabajó el guión de su proyecto de película I’ll see you Tomorrow.

     
    ¿Puede presentar su proyecto de largometraje que esta en la etapa de escritura?

    La película está en estado embrionario. Estoy desarrollando el guión. Trata de una directora de cine, documentalista, en crisis con su profesión, con su pareja. Está en una encrucijada. Decide hacer un viaje, de trabajo y distancia, en el sur, donde reside una vieja amiga. En ese lugar, se acerca a una comunidad originaria. La figura de una niña “chamana”, la cautiva. Siente que la pequeña tiene poderes que puede curar su dolor. Este contacto, la lleva a ser parte de la acción de lucha y recupero de territorio de esa comunidad. En ese proceso, su vida afectiva y su vocación adquieren un nuevo y misterioso sentido.


    ¿Cuales son las relaciones con sus otras películas y este proyecto?

    Quizás, la necesidad de hacer un cine más accesible. Contar una historia con elementos cercanos al fantástico. Un plano realista que es atravesado por la magia. Intentó cambiar de película película. Traicionar eso a lo que llaman estilo. Tal vez la relación es cierta preocupación por emociones básicas, el duelo y el amor, el asombro y la nostalgia.


    ¿Como se pasa la residencia para usted?

    Son días de concentración en un espacio óptimo. Lejos del trajín de mis otras actividades. La vida cotidiana en Argentina se puso un poco complicada. Estar en esta ciudad tan bella, en un ámbito confortable, propicia otro tipo de reflexión, que no tiene que ver con urgente. Además paseo, voy a dar, al cine. Pensar en el proyecto en calma, desde un inicio, no es algo que me suele suceder. Siento una profunda gratitud a que me hayan seleccionado.

     

    "Un espacio de desarrollo del cine y la escritura en la región. Crear puentes, posibilidades. En un momento donde resulta complicado sostener un proyecto."


    ¿Sabe como fue la selección por la residencia?

    Había participado el festival de Biarritz, la residencia estaba disponible para participante de algunos festivales. Antoine Sebire envió la convocatoria y de inmediato me puse a trabajar en la aplicación. Quería escribir este proyecto y no encontraba un espacio en mi agenda de trabajo, un espacio mental y temporal. Me pareció una oportunidad hermosa. A los meses me comunicaron que había sido seleccionado.
     

    ¿Cual es el interes del trabajo del ALCA para usted?

    Un espacio de desarrollo del cine y la escritura en la región. Crear puentes, posibilidades. En un momento donde resulta complicado sostener un proyecto. La amabilidad y entusiasmo de Noémie Benayoun y el resto de las personas que trabajan. Le dá un impulso particular a la película futura.


    ¿Que le permite estar una residencia? ¿Tiene la costumbre de estar asi lejos de Argentina por sus anteriores películas?
     
    Estuve en la Residencia del Festival de Cannes para mi segunda película. Y para otra película estuve en C.E.C.I en Moulin d’Ande. No es una costumbre, es una excepción, pero me ha resultado favorable. Fueron en Francia, ahora que lo pienso. País que ha sido generoso con mi trabajo. También aquí tengo amigos, gente que quiero mucho. He generado un vínculo. Me gusta volver, me siento cómodo y respetado.


    ¿Piensa que la ciudad de Bordeaux y su región pueden tener una influencia en el proceso creativo de su proyecto?
     
    Vivo es estos días en una suerte de doble realidad. La película sucede en Argentina, en una zona aislada de la Patagonia pero camino por Bordeaux. La ciudad es tan cosmopolita y, al mismo tiempo, posible, caminable, amable. De alguna manera, quizás, esa amabilidad se filtra en el proyecto. Vi a los niños jugando en el espejo de agua, disfrutando ese espacio soñado. En mi película la infancia tiene un peso fundamental, que, tal vez, pude tomar conciencia cuando estuve aquí. De alguna manera, lo que uno vive en el cotidiano repercute en lo que hacemos, tal vez no de manera directa, pero crea un tono, una atmósfera.

     

    "En el guión de cine, lo literario queda postergado, importa la película que vendrá después de esa escritura."

     
    ¿Puede hablar de su necesidad o solamente interes para dedicar también con el cine, en la dramaturgia teatral y literaria?

    Creo que son escrituras que se complementan. Distintas maneras de expresarme. El teatro es también la posibilidad de concretar proyectos mientras espero hacer una película. Los tiempos del cine lentos. Entonces aparece otro tipo de escrituras, la posibilidad de escribir obras de teatro, o novelas cortas, donde la escritura puede tener un trabajo mayor o más delicado con la palabra. En el guión de cine, lo literario queda postergado, importa la película que vendrá después de esa escritura. Soy disperso y curioso y necesito varios ambitos de acción.


    ¿Como fue su participacción en el festival de Biarritz 2018?
     
    Muy agradable. La recepción fue cálida y es un festival con una curaduría cuidada, cinéfila, súper interesante. El encuentro con el público fue muy bueno, tuve conversaciones con escuelas, con grupos de niños, me pareció una experiencia preciosa el acercamiento desprejuiciado que tenían con la película. Disfruté mucho.