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17 06 2015

L’Humanité, le temps et la fragilité

Par Lucie Braud, Association Un Autre Monde


L’Humanité, le temps et la fragilité

Crédit photo : éditions Nouveau Monde

« Le chant des oiseaux m’aide à me reconnecter à moi-même, à aller à l’essentiel. »
Sophie Marvaud
 
Sophie Marvaud entame une résidence d’écriture d’un mois – du 1er juin au 6 juillet 2015 –  au Chalet Mauriac de Saint-Symphorien pour écrire le prochaine volume de sa série jeunesse Le Château des Fantômes (éditions Adabam) qui sera consacré aux Gaulois. Auteur de polars historiques jeunesse et adulte, elle a démarré celle-ci par le Salon du Polar de Saint-Symphorien – Du Sang sur la page, manifestation partenaire de cette résidence – où elle est allée  à la rencontre des jeunes lecteurs. Cette résidence d’écriture est une première expérience pour Sophie Marvaud, et le temps et la nature y seront  ses alliés.

Sophie Marvaud considère aujourd’hui que la littérature lui a sauvé la vie alors même qu’elle était enfant. Elle a attribué aux auteurs – ses héros – un pouvoir magique et salvateur. À dix-huit ans, elle écrit un premier roman qui malgré des qualités littéraires reconnues pas les éditeurs, n’est pas publié. Elle comprend qu’elle est ignorante de ses propres émotions et qu’elle doit d’abord vivre pour arriver à les transposer à ses personnages. Elle suit des études d’histoire et de sciences politiques mais elle est impatiente de gagner sa vie. Tout en exerçant plusieurs métiers, elle publie un roman jeunesse par an. Puis à quarante ans, après avoir traversé plusieurs périodes de chômage, elle se lance dans l’écriture de trois séries qui retiendront l’attention des éditeurs : Le Secret des Cartographes (Plon), Susie la Rebelle (éditions Nouveau Monde) et Le Château des fantômes (Hachette, La Bibliothèque Rose). L’écriture et l’histoire réunis – ses deux passions – elle entame une nouvelle vie qui la porte vers ses rêves d’enfant.
 
Sophie Marvaud ne s’est jamais détournée de l’histoire et des sciences politiques. Elle ne cesse de s’intéresser avec passion à la construction de l’humanité, au fonctionnement de la société en rapport avec le pouvoir économique. Ces thématiques sont au cœur de ses romans : l’Histoire en trame de fond permet de réinscrire les choses dans le temps, de transmettre ce que nos ancêtres ont mis en place. Mais le choix de la fiction est une nécessité, pour ouvrir à des histoires qui ne sont pas seulement de la Grande Histoire mais aussi nos histoires, pour faire un détour et mieux revenir à soi pour se comprendre de l’intérieur.
 
C’est la première fois que Sophie Marvaud ose se porter candidate à une résidence d’écriture. Au Chalet Mauriac, la présence du parc la séduit, les arbres de la forêt landaise où les lumières et les sons changent si rapidement. Elle éprouve un réel émerveillement à observer la nature, la végétation, les oiseaux. Lorsqu’elle écrit Meurtre chez les Magdaléniens, un polar préhistorique (Les Éditions du Patrimoine et Nouveau Monde, 2014), elle passe beaucoup de temps à se documenter sur l’environnement de ces hommes. La nature fragilise l’homme ou le fortifie selon comment il l’apprivoise. Il doit la connaître pour  survivre et parfois, elle lui fait subir ses caprices et le met en danger de mort. Elle étudie attentivement ce qui deviendra le théâtre de son roman et dans lequel un clan doit se rendre au point de rendez-vous où tous les clans se réunissent pour entamer la période de chasse qui permettra de passer l’hiver. Mais le chemin est long et parsemé de dangers et qui plus est, un meurtrier sévit parmi eux. Pour écrire ce polar préhistorique, Sophie Marvaud s’est immergée aux Eyzies, dans le Périgord. C’est là-bas que ce lien si fort et si étroit avec la nature et le temps s’est tissé.
Cette expérience, elle l’a renouvelée avec un autre polar préhistorique, Choc de Carnac (Les éditions du Patrimoine et Nouveau Monde, 2015) où en décrivant la rencontre des derniers chasseurs-cueilleurs et des premiers agriculteurs de Bretagne, elle poursuit sa réflexion sur les rapports sociaux dans la préhistoire et place l’histoire entre menhirs et dolmens.
 
Pour Le Château des fantômes sur les Gaulois, Sophie Marvaud s’adresse à de jeunes lecteurs. Elle travaille à partir d’une documentation en partie réunie avant de venir au Chalet Mauriac. Elle construit l’intrigue en s’appuyant sur la « mécanique » qu’elle a mis  en place dans cette série : au début de l’histoire, un fantôme porte un regret par rapport à sa vie. Les deux héros –  deux enfants – et leur chien partent dans le passé pour tenter de « réparer » la vie du fantôme afin qu’il puisse trouver la sérénité. Sophie s’imprègne de sa documentation, note les éléments qui l’intéressent et bâtit peu à peu l’histoire. Elle sait déjà qui sera son fantôme, quel personnage il représentera et même si son histoire peut évoluer au fil du temps, ses intuitions du début sont souvent les bonnes. Utiliser la machine à remonter le temps pour découvrir la vie des hommes qui nous ont précédés, c’est ce que Sophie Marvaud offre à ses lecteurs, en souvenir de ses désirs d’enfant.
 
Au Chalet Mauriac, Sophie Marvaud cohabite avec d’autres créateurs et apprécie le temps partagé où il est possible de confronter des expériences différentes. Le hasard de la rencontre, faire connaissance, laisser les complicités se former ou pas et être entre créateurs, c’est aussi se sentir moins étrange et donc en confiance pour parler et partager, dans un cadre où la nature est présente, à une période où elle s’éveille, révèle sa force et accueille avec bienveillance des auteurs en fragilité de création.

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