Éditeur aquitain

8 12 2014

L’Extrême-Orient au menu des fêtes d’Élytis…

Par Elisabeth Guignaud-Le Berre


L’Extrême-Orient au menu des fêtes d’Élytis…

En cette période de fêtes, propice aux cadeaux, la maison d’édition Élytis nous présente de très beaux ouvrages avec Indochine au bout de l’enfance de Jean Rey, en reliure japonaise Carnets de Chine de Nicolas Jolivot et Lapin au Japon : Tokyo-Osaka-Kyoto-Nara (Lapin est le pseudonyme de l’auteur) ou encore Enfant d’éléphants de Prajna Chowta et Stéphanie Ledoux. 

À travers les lettres, les photos et les écrits de ses parents mais aussi ses propres souvenirs de voyage, Jean Rey reconstitue dans Indochine au bout de l’enfance le puzzle de son enfance indochinoise entre moments heureux et heures tragiques.

Avril 1979 - «  Le petit avion russe à hélices Iliouchine descend à travers les nuages et se pose en douceur sur la piste. (…) Je suis bien arrivé. Nous sommes le 23 avril 1979, il est 15h. Je suis au Vietnam, à Hanoï. Le cœur battant, je pose les pieds sur ce sol que j’ai quitté depuis si longtemps. » Reporter-photographe et cameraman, Jean Rey a longtemps travaillé pour la télévision. Né à Hon-gay, petit port de la baie d’Along, il a vécu jusqu’à l’âge de sept ans au Vietnam qui faisait alors partie de l’Indochine. La baie d’Along se dit Vinh Ha Long en vietnamien, ce qui signifie la baie des dragons descendants.

Ce livre émouvant est magnifiquement illustré de photos anciennes sépia et de celles plus récentes, prises par l’auteur avec son Leïca en 1979 et 1983. Les récits de ses parents - remarquables - ont contribué à construire le récit et tissent le lien affectif avec ce pays, quitté très jeune par Jean Rey. Entre un grand-père arrivé au Tonkin au début du siècle, un père totalement envoûté par le charme de l’Extrême-Orient, qui « dans le charme de son village provençal n’est jamais revenu de sa lointaine Asie. »  et un oncle  parfaitement intégré à la société annamite, expert en langues orientales, se dessine l’histoire d’une famille. La fascination de l’enfant est, elle, restée intacte chez l’adulte qu’il est devenu. « Des images me reviennent par flash. Étrange phénomène en marchant que ces juxtapositions d’images d’enfant à celles de l’adulte. » écrit-il ainsi, lors de l’un de ses voyages.
 
« J’ai rencontré la Chine, il y a près de dix ans, seul puis en famille pendant six mois ; le voyage avait été préparé un peu, improvisé beaucoup. J’y suis retourné souvent par la suite avec un compagnon de route plaisant et discret, le carnet de voyage. »

Avec ses magnifiques  illustrations, Carnets de Chine de Nicolas Jolivot nous entraîne sur des chemins non tracés au gré de ses observations des lieux visités et des personnes rencontrées. Il nous dessine la carte d’une Chine inattendue et parfois déroutante. Un beau voyage très inspiré par la culture graphique chinoise, où les lieux et les personnages prennent vie.

Entre une tente plantée sur la rive gauche du Huanghe (fleuve jaune) et l’attrait qu’elle suscite chez les villageois, des voyageurs qui se pressent pour entrer dans un train à Chaoyang (Mandchourie) ou les tours de Dunba au pied de l’Himalaya, nous voyageons avec lui, fascinés. La lecture des petits commentaires nous fait pénétrer dans une Chine presque familière. Les ramasseurs de champignons du Sichuan, le chant tonique d’une chorale accompagnée à l’accordéon dans un parc, les charmes d’un ancien temple au bord du fleuve jaune ou ceux de ces montagnes fidèles aux estampes traditionnelles, nous font oublier les hôtels envahis par les karaokés. Sur les sentiers buissonniers, nous découvrons la vraie Chine, loin du tourisme officiel tout tracé et goudronné. La Chine des rencontres fortuites et des splendides paysages… L’auteur, illustrateur et designer français vit à Barcelone. En 2010, il part trois semaines au Japon, le pays des rêves de son enfance.
 
Entre néons et effervescence des rues, les croquis de Lapin au Japon Tokyo - Osaka - Kyoto - Nara nous font découvrir ses rencontres dans les cafétérias, les trains ou les métros. Il croque aussi bien les usagers des transports en commun souvent endormis ou porteurs de masques que les taxis aux sièges recouverts de dentelle. Ces dessins métissés d’aquarelles et ses photos nous font pénétrer dans l’univers des habitants de Tokyo, Osaka, Kyoto ou Nara. Un dépaysement et une vision du pays du Soleil Levant assez éloignée des seuls cerisiers en fleurs et plus proches des cosplayers, omniprésents à Takeshita street. Le cosplay (de costume et de play) très prisé par la jeunesse, consiste à  imiter, de par son habillement, les personnages de mangas, films ou vidéos.

Au fur et à mesure de l’ouvrage, les dessins semblent s’imprégner des estampes traditionnelles. Carpes koï, biches sika, corbeaux des parcs et même dragon imaginaire rejoignent le bestiaire urbain des villes nippones visitées et du carnet de voyage. L’auteur nous ouvre les portes d’un pays à la culture très contrastée avec les samouraïs, les mangas et l’influence américaine mais aussi les hautes tours en construction des villes tentaculaires, les pagodes, temples bouddhistes et autres sanctuaires shintô. Un pays troublant, où l’effervescence des rues cède au calme des parcs et des palais impériaux. Bienvenue au Japon !
 
 
Grâce à sa mère Prajna, partie suivre les éléphants à l’exemple d’un ermite de la mythologie indienne; Ojas, quatre ans, va grandir comme une Enfant d’éléphants dans une forêt du sud de l’Inde où se sont installés ses parents. La légende sanscrite de Palakapya  disait que le sage était né parmi les éléphants, se  nourrissait des mêmes plantes, buvait aux mêmes sources qu’eux, jouait avec leurs petits et grandissait avec. Pour réaliser son rêve, Prajna a dû échapper à la pression familiale d’une société indienne très conservatrice.

Cet ouvrage, co-signé par Stéphanie Ledoux retrace son histoire et celle de sa petite fille, née dans la forêt, le seul endroit où les éléphants peuvent se sentir vraiment libres. Ojas apprendra à parler hindi et d’autres langues avec les mahouts, cornacs experts dans le dressage des pachydermes, qui l’aideront aussi à éviter les dangers, à reconnaître plantes et animaux. Une vie rythmée par les saisons et l’alternance des jours et des nuits. Un jour, l’enfant devra quitter le monde de la forêt, les Kurubas et ses amies Kalpana et Kunti, deux éléphantes captives, rendues à la liberté par sa mère lors de son arrivée, pour rejoindre le monde des villes et aller à l’école.
Ce beau livre écrit et illustré par Prajna Chowta et Stéphanie Ledoux, nous démontre l’importance de l’environnement qui marque l’imaginaire et construit l’identité d’un enfant tout autant que celui de la transmission des valeurs qui ont guidé les choix d’une mère.

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  • Références
    Éditions Elytis
    http://www.elitys-edition.com
    51, Avenue Jeanne d’Arc
    33000 Bordeaux
     
    Indochine au bout de l‘enfance
    Jean Rey
    26 x 19 cm ; 208 p ; 27 € ; Isbn : 978-2-35639-142-1
     
    Carnets de Chine
    Nicolas Jolivot

    40 x 30 cm ; 144 p. ; 39 € ; Isbn : 978-2-35639-149-0
     
    Lapin au Japon : Tokyo-Osaka-Kyoto-Nara
     28 x 19 cm ; 196 p. ;  26 € ; Isbn : 978-2-35639-146-9
     
    Enfant d’éléphants
    Prajna Chowta & Stéphanie Ledoux
    24 x 17 cm ; 128 p. ; 23 € ; Isbn : 978-2-35639-144-5