En vue 2018

01 08 2018

L’Éveilleur, une maison d’édition du groupe Le Festin

Par André Paillaugue


L’Éveilleur, une maison d’édition du groupe Le Festin

Photos : couvertures parutions L'Éveilleur

Le Festin est bien connu pour sa revue axée sur le patrimoine et la vie culturelle en Nouvelle-Aquitaine, et pour les livres l’accompagnant. En 2016, Xavier Rosan a créé une structure à vocation plus large, L’Éveilleur, présentant des rééditions de textes rares ou oubliés, des traductions et de la littérature contemporaine.

 
Si Le Festin a une vocation avant tout régionale, celle de L’Éveilleur est plus générale, avec des auteurs anciens et, depuis un an, contemporains, ainsi que des traductions de littérature étrangère. Précédemment, Le Festin publiait des hors-série et une collection consacrée à des auteurs écrivant sur la région ou y vivant, « Les cahiers de l’éveilleur ». La nouvelle structure, diffusée par Harmonia Mundi, en prolonge la ligne éditoriale avec un choix d’ouvrages dans les domaines de la littérature française et étrangère, de l’art et de la photographie. Souvent, l’image a sa place dans les ouvrages publiés. Récemment paru, Drifting, Suites nocturnes (1983-1986) présente des photographies d’art de Luc Chéry sur la vie nocturne des bars, night-clubs et lieux de concert du début des années 1980. La réédition de Terre de Chanaan de Louis Chadourne, sur la Guyane des Années folles, comprend la reproduction de 34 bois gravés de René Grillon. Comment débuta Marcel Proust est agrémenté de documents iconographiques, dont une photographie de Louis de Robert et une Étude pour un portrait de Marcel Proust, de 1891, par Jacques-Émile Blanche. Pour l’historique de la structure d’édition, David Vincent précise :
 
« En début 2016, le premier ouvrage paru chez L’Éveilleur a été un livre de Jean Cayrol, Les enfants pillards, à partir de souvenirs d’enfance vers la fin de la Première Guerre mondiale. Parmi nos éditions, on peut citer Adour, histoire fleuve de Serge Airoldi, un best-seller de 1925, L’homme à l’Hispano de Pierre Frondaie, qui a donné lieu à un film de Julien Duvivier en 1926, puis un autre de Jean Epstein en 1933. En 2017, est paru Vivastella d’Yves Pourcher, un recueil de nouvelles autour d'un modèle de voiture. Aux confins du fantastique et du thriller, nous avons aussi réédité, d’Abel Chevalley, La Bête du Gévaudan, ou Brûle, sorcière, brûle ! d’Abraham Merrit, un auteur de Pulp fiction américain proche de Lovecraft. Nous venons de faire paraître Le plancher de Perrine Le Querrec, sur la violence parentale, autour d’un chef-d’œuvre de l’art brut, Le plancher de Jeannot. Afin de présenter des textes rares et inédits, nous avons créé « Point de fuite », une collection de petits formats. »

 

"Sur le versant américain, L’Éveilleur nous fait découvrir, dans une collection « Étrange » dirigée par David Vincent, Le roi des chats, d’un auteur peu connu en Europe, Stephen Vincent Benét."


 
Outre une édition complétée des lettres de Marcel Proust à Louis de Robert, vient de paraître dans la même collection, par un grand journaliste des années 30, Louis Roubaud, une enquête sociale très décapante publiée dans Détective en 1936,  Prostitution troublante énigme, qui met en lumière une exploitation éhontée du corps féminin. Cependant, les thématiques, les époques, les styles et genres des ouvrages présentés sont multiples. Parfois, ils ménagent un trait d’union avec la région Nouvelle-Aquitaine. C’est le cas de L’homme à l’Hispano, dont l’intrigue aux accents hollywoodiens se situe à Biarritz et dans les alentours. De même pour L’élève Gilles, délicat roman d’éducation à partir de souvenirs de collège du Blayais, lointain écho des Désarrois de l’élève Törless de Robert Musil, par André Lafon, un des plus proches amis de jeunesse de François Mauriac. Pour la littérature anglo-saxonne, un autre roman d’apprentissage récemment paru, Mémoires d’un chasseur de renards, du Britannique Siegfried Sassoon, met en scène la société campagnarde du sud de l’Angleterre durant les dernières décennies précédant l’apparition massive de l’automobile. Le narrateur y relate sur un ton badin et plus critique qu’il n’y paraît son éducation par un précepteur et le palefrenier de sa tante, lequel va lui donner un irrépressible goût des chevaux et des chasses au renard, mais aussi des diverses rencontres festives dont sont l’occasion les matches de cricket, puis les courses de chevaux. On est là, véritablement, transportés dans les paisibles arcanes et les rituels de convivialité d’une société largement révolue. Sur le versant américain, L’Éveilleur nous fait découvrir, dans une collection « Étrange » dirigée par David Vincent, Le roi des chats, d’un auteur peu connu en Europe, Stephen Vincent Benét. Les nouvelles du recueil, datant pour la plupart de l’entre-deux-guerres, mêlent une joyeuse critique sociale sur fond d’invraisemblances et de fantaisie avec des textes plus graves et engagés, de signification à la fois allégorique et politique. L’auteur y apparaît comme un des pionniers d’un genre relativement récent, l’uchronie, qui parfois désormais bat en brèche les canons de la science-fiction.
 

>> Marcel Proust et Louis de Robert, une amitié littéraire <<


Pour les à paraître, sont prévus une Physiologie du flâneur de Louis Huart, avec des illustrations de Daumier, Le cabinet du Docteur Blanche, par son petit-fils le peintre Jacques-Émile Blanche, Kazan, chien-loup de James-Olivier Curwood dans la collection « Aventure », L’île magique de William Seabrook, une retraduction d’un classique de l’ethnologie, sur le vaudou haïtien, et en janvier une réédition d’un polar des années 80 d’Hervé Le Corre sur le quartier de Bordeaux-Bacalan, Les effarés.

David Vincent, éditeur pour l'Éveilleur et directeur commercial au Festin, conclut : « La ligne éditoriale de L’Éveilleur se caractérise par des livres de voyage et de déplacements, aux frontières floues entre réel et imaginaire, entre espaces divers, entre ici et ailleurs. »


L'Éveilleur sur le web : leveilleurweb.wordpress.com