Littérature et cinéma. Et plus si affinités…

L’édition de livre de cinéma chez Akileos

L’édition de livre de cinéma chez Akileos

Propos recueillis par Aline Chambras


Entretien avec Emmanuel Bouteille

Akileos, maison d'édition spécialisée dans la BD, fondée en 2002 à Talence, par Emmanuel Bouteille et Richard Saint Martin, se caractérise par son désir de diversité. La bande dessinée s'y décline sous toutes ses formes : jeunesse, fantastique, historique, thriller, roman graphique, ou encore parodie de manga. Depuis 2012, la collection Amphithéâtre propose des beaux livres dédiés à l'image, et notamment au cinéma.
Aline Chambras – Après dix ans d'existence dans le milieu BD, vous avez choisi de développer une nouvelle collection, davantage cinéma, dont le premier titre était  Prometheus, un art-book consacré au making-of du film de Ridley Scott. Comment vous est venue cette envie ?
 
Emmanuel Bouteille – Avec mon associé, notre politique éditoriale a toujours été basée sur le refus de s'enfermer dans un genre. Même si nous étions spécialisés BD, nous ne voulions pas d'un catalogue uniforme, mais au contraire proposer des œuvres les plus diverses possibles, à l'image d'une bibliothèque. Nous fonctionnons sur le mode de la librairie de projet, avec comme seule logique notre passion pour les livres et l'image. Tout ce qui peut toucher à ce domaine nous paraît potentiellement intéressant. L'idée de créer une collection dédiée au cinéma, et plus généralement aux beaux-livres, nous est donc venue assez naturellement, à la suite de bonnes rencontres.
Celle avec le dessinateur Peter de Sève, qui travaille pour les studios Blue Sky – il a créé les personnages de L'Age de glace – et le New Yorker, fut décisive. Avec lui, nous avons décidé de faire un livre qui n'était pas narratif, et qui ne s'apparentait donc pas à de la bande-dessinée, mais qui présentait des textes graphiques réunis dans un art-book : il s'agit de A Sketchy past, L'art de Peter de Sève, paru en 2009. D'un point de vue éditorial et commercial, nous faisions alors notre premier lien, entre la BD et le cinéma, et notre premier pas vers l’avènement de notre collection Amphithéâtre dédiée aux beaux-livres. Ce projet a bien marché et  nous avons eu envie de continuer dans cette voie.
Akileos-PrometheusPuis, c'est en lisant, dans la version anglaise le making-of de L'Empire contre attaque, livre que j'ai trouvé passionnant, beau et très intéressant, que j'ai eu l'envie d'éditer des livres sur l'univers du cinéma et au-delà de l'image. Nous nous sommes alors rapprochés des studios de cinéma américain et nous avons réussi à négocier le rachat des droits du making-of de Prometheus, édité outre-Atlantique par les éditions Titan. La traduction faite et la maquette adaptée – car le français a la particularité d'être une langue beaucoup moins concise que l'anglais –, nous avons donc sorti en juin 2012 le premier ouvrage de la collection Amphithéâtre : Prometheus, l'univers du film. En décembre de la même année, notre toute jeune collection se dotait d'un deuxième titre avec L'Antre de la Hammer, un ouvrage consacré à toute l'histoire de cette célèbre firme de films fantastiques anglais (Dracula, Frankenstein, Docteur Jekyll, etc.). Nous avons ensuite continué de travailler avec les éditions Titan et réussi à sortir deux autres livres, toujours sur le thème du cinéma :  l'un sur le making-of du film Elysium de Neill Blomkamp, l'autre sur Drew Struzan, l'artiste à qui l'on doit les plus belles affiches des trente dernières année (Retour vers le futur, Star Wars, Blade Runner ou encore Harry Potter).
Et comme je n'avais pas oublié mon envie de sortir un ouvrage dédié à l'univers Star Wars, je prospectais en parallèle les gérants de la société Lucasfilm :  au début, ils n'étaient pas très intéressés, mais comme nous avions déjà des livres du même genre à notre actif, ils ont vu que nous savions faire et ont fini par nous céder les droits. Star Wars, le making of est sorti en 2014.
 
A.C. – Les fans de Star Wars ont dû vous en être reconnaissants ! Est-ce que la parution de ces art-books consacrés au cinéma vous a-t-elle permis de vous faire connaître d'un nouveau lectorat ?
E.B. – Oui, le livre sur Star Wars a reçu un très bon écho et a très bien marché, notamment auprès des aficionados de cette saga. Quant à l'impact de la création de la collection Amphithéâtre sur notre lectorat, je pense que cela nous a permis de le diversifier en touchant des publics qui n'étaient pas particulièrement intéressés par la BD, par exemple. Je pense également que certains lecteurs qui nous suivaient depuis les débuts, ont été amenés à s'intéresser à ces beaux-livres, alors même qu'ils ne font pas partie, a priori, de leur domaine de prédilection. Mais je ne crois pas à un lectorat susceptible de suivre absolument tout ce que l'on fait. De la même manière que notre ligne éditoriale défend une certaine diversité, notre lectorat n'est pas captif.
 
A.C. – Cette collection est-elle vouée à être développée ?Akileos-Starwars
 
E.B. – Oui, nous sortons le tome 3 du making-of de Star Wars à l'automne 2015. Et nous avons également décidé de développer le créneau cinéma en dehors du support du beau-livre. L’objectif étant d'alimenter la collection Amphithéâtre avec des titres étalés sur toute l'année, car les beaux-livres sont des objets très marqués par la saisonnalité – ils ne marchent bien qu'en fin d'année, au moment des fêtes, eu égard à leur prix !
Nous venons donc de signer un contrat avec le British Film Institute (BFI), l'équivalent britannique de La Cinémathèque française, nousAkileos-Starwars autorisant à traduire les titres de leur collection BFI Film Classics. Il s'agit de monographies d'une centaine de pages chacune consacrées aux grands classiques du cinéma et destinées à un public de cinéphiles. Début 2016, nous sortirons trois titres, à savoir Shining, Alien et Brazil. Et nous espérons pouvoir traduire et éditer la plus grande partie des  titres déjà parus en anglais. Avec en plus un avantage : le BFI, qui a commencé à reprendre la maquette et les couvertures de ces livres, jusque-là, il faut le dire, bien peu attractives, nous donne le droit de travailler avec des illustrateurs de notre choix pour nos éditions.
 
A.C. – Au niveau économique, la création de la collection Amphithéâtre est-elle un atout ?
 
E.B. – Les ouvrages de la collection Amphithéâtre sont des livres qui nous coûtent plus chers à éditer, que ce soit en terme de rachat de droits que de production. Ce sont donc des investissements plus risqués mais qui ont l'avantage de rapporter gros quand ils marchent bien, comme c'est le cas du Star Wars. La collection Amphithéâtre ne représente qu'un quart de nos publications, soit 4 à 5 livres par an. La BD reste donc l'essentiel de notre production éditoriale, dont le fil directeur est plutôt d'augmenter les tirages que multiplier le nombre de titres.
 

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