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11 03 2015

L’écriture ou l’antidote de la solitude

Par Catherine Lefort


L’écriture ou l’antidote de la solitude

Coline Pierré – Photo : Catherine Lefort

Coline Pierré est lauréate Littérature jeunesse des résidences d’écriture au chalet Mauriac où elle séjournera jusqu’au 4 mai 2015. Auteur de bientôt trois livres, elle consacre tout son temps à l’écriture d’un quatrième, intitulé provisoirement Le Casting des amis, l’histoire de Polly, une jeune fille solitaire qui pourrait bien être son double.

Née dans un petit village des Vosges près de Colmar, Coline a passé toute son enfance en Alsace. À 18 ans, elle décide de quitter le giron familial pour faire ses études à Paris où elle restera six ans. C’est à la capitale qu’elle rencontre son futur compagnon, Martin Page, lui aussi écrivain. Ensemble ils décideront de s’installer à Nantes où ils vivent et travaillent aujourd’hui. Elle publie son premier roman pour enfant Apprendre à ronronner paru à L’école des loisirs en 2013.
Depuis, elle continue à écrire et intègre l’Atelier autonome qu’elle partage avec d’autres artistes. Elle attend avec impatience la sortie en avril d’une fable poétique : L’immeuble qui avait le vertige aux éditions du Rouergue.
Coline a plusieurs cordes à son arc : musicienne, elle accompagne à la guitare ou au QChord1 (prononcer kioucorde) des extraits de textes du livre de son écrivain de mari : Manuel d’écriture et de survie2 paru il y a un an. Lectures musicales dont tous deux envisagent de monter un projet plus ambitieux et ouvert à d’autres textes.
Coline dessine aussi, mais pour son plaisir, car l’illustration est un métier prenant et elle ne souhaite pas se disperser. Elle préfère s’associer à des illustrateurs professionnels dont elle apprécie le travail.
 
Mais revenons à la résidence et à l’écriture de son prochain livre : Le Casting des amis. Coline met en scène l’histoire d’une jeune fille, Polly, fille d’une diplomate et d’un traducteur, qui, du fait des nombreux déménagements de ses parents, a beaucoup de difficultés à se faire des amis.
La solitude avec la difficulté de communiquer est son thème de prédilection : ses personnages sont souvent solitaires. Dans le premier livre, Apprendre à ronronner, le personnage principal, Albin est un petit garçon qui n’a pas d’amis et qui a du mal à s’en faire. Pour communiquer avec Léane, sa nouvelle amie, il doit apprendre à ronronner et se comporter comme un chat…
Dans un roman pour adolescents, qu’elle a écrit avec Martin Page et qui sortira en septembre prochain à L’école des loisirs, il s’agit d’une autre jeune fille, elle aussi solitaire, victime de harcèlement dans son lycée et qui parce qu’elle a réagit (trop) violemment se retrouvera en prison… Cette lycéenne établira une correspondance avec un garçon, lui aussi solitaire, parce que ne pouvant plus supporter le lycée, il a décidé de suivre ses cours chez lui. Sujet sombre au départ, mais rendu léger et fantaisiste par la magie de l’écriture, oscillant entre solitude, dureté de la vie, solitude et loufoqueries.
« Ce côté solitaire me ressemble en effet. La difficulté de communiquer, de se lier à l’autre est un questionnement récurrent dans mon écriture. Avec la recherche de nouvelles façons de communiquer. Le ronronnement en fait partie… avec une touche fantaisiste. Polly aussi est dans cette recherche, elle qui veut se faire de nouveaux amis en organisant un casting sans s’apercevoir que ce n’est pas la meilleure façon de se faire des amis… Il est certain que je me mets moi-même dans mes histoires. L’Atelier autonome dont je fais partie à Nantes est une réponse à l’isolement, une manière de s’obliger à sortir de soi, d’aller vers les autres, d’entretenir des relations. Il est aussi enrichissant d’échanger avec d’autres artistes indépendants, c’est une émulation. La rencontre est source de projets. Je retrouve dans cette résidence l’esprit de mon atelier avec ses moments de solitude, et aussi d’échange et de partage, notamment lors des repas où l’on se retrouve tous ensemble. C’est un peu une communauté dans le fond. C’est ma première résidence et ce qui est formidable ici, c’est que je n’ai rien d’autre à penser que mon projet d’écriture. Je reste concentrée dans mon histoire, dans mon univers. Le flux de mes pensées n’est jamais interrompu par les contraintes du quotidien. Et du coup, non seulement c’est agréable, mais j’avance beaucoup plus vite car je suis en permanence dans un dialogue intérieur avec mes personnages. Et puis ici, je suis vraiment chouchoutée… »
 
 
1. QChord : un instrument de musique mi-guitare numérique sans manche, mi-synthé. Beaucoup d’artistes connus l’utilisent : Red Hot, Chilli Peppers, David Bowie, Robbie Williams, Björk…
 
2. Manuel d’écriture et de survie, Martin Page, Seuil, 2014.

 

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