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07 02 2019

L’Atelier IMIS, l’interdiscipline à l’œuvre

Propos recueillis par Laurine Rousselet


L’Atelier IMIS, l’interdiscipline à l’œuvre

Photo : DR

Pierre Martin et Florence Toussan ont ouvert L’Atelier IMIS à Montignac‑Charente en 2013. L’association crée et favorise la réduction des frontières entre les arts : littérature, peinture, multimédia, son, photographie. L’Art-performance pourrait être le maître-mot de leur histoire.

 

Vous établissez de façon permanente un dialogue entre la littérature et les arts. Si la célèbre formule d’Horace, « Ut pictura poiesis », peut rester d’actualité, les croisements et interférences entre les formes artistiques et littéraires ont muté. Quelle est l’origine du projet  Distance ou Proximité ? avec la danseuse Brigitta Horváth ?

Pour comprendre l’origine de ce projet, il faut remonter aux origines mêmes du collectif et de son désir : partir d’un texte littéraire, l’éditer de façon traditionnelle mais aussi chercher d’autres écritures qui permettent de le faire vivre tels la vidéo, la photo, la recherche sonore, les arts plastiques. À partir du texte Une voix de Florence et à l’occasion de l’exposition Proximités – Distances présentée en 2017 dans notre atelier, nous avons réalisé un film de 50 minutes en collaboration avec Brigitta. Il nous est apparu évident de poursuivre ce travail sous forme de performance. Pour la réussite du film, la danseuse s’est emparée du texte, lequel s’est progressivement effacé pour laisser la place à la danse, au corps en mouvement, à la lumière et à la composition sonore. Alors, seulement, la performance est devenue une création à part entière. Comment comprendre et sentir un texte bouger en soi est un enjeu majeur, un enjeu poétique, un sujet de recherche que nous poursuivons ensemble et qui fait appel à toutes nos pratiques.
 
 
L’Atelier IMIS est compartimenté en plusieurs pièces qui présentent a contrario un espace ouvert. Il dispose également d’une salle de projection. Comment avez-vous pensé l’aménagement de ce lieu d’expérimentation et d’exposition ?

Ce lieu est avant tout notre espace de travail et nous l’avons pensé comme tel, pour croiser les pratiques, travailler en parallèle le son, l’écrit, l’image, la gravure, etc. Le collectif travaille sur de longues périodes et sur un thème donné. Lorsque l’on estime que ce travail est prêt à être présenté au public, on repense l’espace comme une installation globale. Une salle de projection et d’écoute spatialisée nous permet la réalisation et la présentation de créations multimédias originales.
 
 

"Quelle chance d’avoir à tout moment le regard aiguisé et bienveillant de l’autre !"

 
 
Quelle autonomie cherchez-vous à maintenir en animant de la sorte un brouillage des frontières entre les arts ?

Si l’écriture ne nécessite pas de mise en œuvre matérielle importante, il n’en est pas de même pour la conception d’installations multimédias pour lesquelles nous tenons à rester autonomes, autant dans la création que dans la réalisation matérielle. C’est aussi notre plaisir de mener de bout en bout nos projets. Qu’il s’agisse de corriger des épreuves, de construire un décor, de communiquer, de câbler un dispositif sonore ou de rechercher le bon éclairage, etc., nous nous impliquons à chaque étape.
 
 
Vous travaillez en binôme. De quelle manière se passe l’organisation du travail ?

Nous travaillons ensemble dans des collectifs depuis de nombreuses années. Nous sommes complémentaires lorsqu’il s’agit d’un projet global : si l’un commence une phrase, l’autre parvient toujours à la finir. Nous mélangeons nos pratiques et nos compétences. Avant tout, faire rebondir nos idées ; les confronter, les préciser est ce qui nous stimule et nous permet d’aller plus loin. Chacun d’entre nous garde un emploi du temps pour la création personnelle, en suivant sa propre démarche. Quelle chance d’avoir à tout moment le regard aiguisé et bienveillant de l’autre !
 
 

"L’année 2019 sera principalement consacrée au développement de notre nouvelle activité d’édition."

 
 
Vous éditez une revue qui s’intitule Proximités, arts et littératures. À qui s’adresse-t-elle ? Pouvez-vous nous présenter le numéro à venir ?

Cette revue est le prolongement des expositions. Elle permet d’en garder la trace, de revenir sur le processus de création, d’approfondir la réflexion sur le thème choisi. Il est important pour nous de donner la parole aux artistes, en général sous forme d’entretiens. C’est une expérience partagée sur un temps long qu’il est primordial de respecter. Nous travaillons actuellement sur le thème de l’effondrement avec d’autres acteurs culturels de notre région. Ce sera le sujet du prochain numéro.  Nous avons déjà établi des contacts pour la diffusion d’un numéro consacré à la danse contemporaine.
 
 
En 2014, l’église de Saint-­Victor en Dordogne était au cœur de l’installation Poësis. Comment ce lieu de culte a-t-il inspiré votre expérience ?

Le collectif a toujours eu pour objectif d’habiter des lieux et des espaces singuliers en dehors des circuits habituels de présentation de l’art contemporain, en concevant pour eux des installations sonores et visuelles. C’est l’opportunité qui nous a été offerte dans une petite église romane de Dordogne, en contact direct avec les habitants du village qui ont partagé avec nous les étapes de cette création in situ.  L’église est devenue l’enjeu du projet, un lieu précieux, une source d’inspiration propice à la recherche d’un univers poétique total.
 
 
Quels sont vos projets pour 2019 ?

Au-delà des projets d’exposition dont nous avons déjà parlé, l’année 2019 sera principalement consacrée au développement de notre nouvelle activité d’édition. Nous avons en projet la publication de deux nouveaux romans et la mise en place d’une collection « l’impatience » plus orientée vers la poésie et les arts graphiques, dont les cinq premiers numéros doivent paraître au printemps. Comme pour l’ensemble de nos activités, ces éditions privilégient les auteurs qui travaillent dans notre proximité, artistique et géographique. Dans notre désir de développer de nouvelles écritures, nous allons également travailler sur la diffusion des films et compositions sonores réalisés à partir de ces ouvrages, qui seront consultables sur une plateforme numérique. C’est la particularité de ce collectif et de son projet d’édition.

L'Atelier IMIS sur le web : http://www.latelierimis.fr/