En vue 2017

06 11 2017

L’atelier documentaire a 10 ans : "Nous n’avons pas de ligne éditoriale"

Propos recueillis par Laetitia Mikles


L’atelier documentaire a 10 ans :

DR

Très présent lors du Mois du film documentaire, avec notamment Enfants de Beyrouth et Les Oiseaux de passage, l’atelier documentaire a aujourd’hui dix ans. Raphaël Pillosio, cofondateur de la coopérative avec Fabrice Marache, revient sur dix années de créations.


L’atelier documentaire célèbre ses 10 ans. Comment a été créée la structure ?

Fabrice Marache et moi, nous avons tous les deux suivi un Master de réalisation de films documentaires à Poitiers, au Créadoc (qui se trouve aujourd’hui à Angoulême). Nous nous demandions comment faire des films après nos études. Avec l’aide de Jacques Lavergne – le créateur du Créadoc - nous avons décidé de nous lancer dans la production. Nous avons d’abord créé en 2005 une association qui s’est très vite transformée en société coopérative en 2007. 
 

Quels ont été les premiers films produits par l’atelier documentaire ?

On a d’abord produit nos propres films : le film de Fabrice, La Cité des Castors, sur la construction de logements au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par les habitants eux-mêmes. Puis, deux ans plus tard, mon film Des Français sans histoire sur l’internement des Gens du Voyage en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Le premier film qui n’était pas porté par l’un de nous a été Renault-Seguin la fin de Cécile Decugis, qui racontait la destruction de l’usine Renault sur l’île Seguin. Cécile a été une grande monteuse du cinéma français (Godard, Truffaut, Rohmer). Elle est décédée cette année.   
 

Comment définiriez-vous votre ligne éditoriale ?

Nous n’avons pas de ligne éditoriale. On ne conditionne notre engagement sur un film ni à un sujet, ni à un style en particulier. On produit les films qu’on a envie de voir. C’est aussi une question de rencontres avec des réalisateurs : Bijan Anquetil, Paul Costes, Jeanne Delafosse, Camille Plagnet, Mehran Tamadon… Ce sont des auteurs qui parfois se connaissent, parfois font des films ensemble, et réalisent tous des films très différents.
 

On peut tout de même dire qu’ils font tous du documentaire de création : ils partagent une certaine exigence formelle…

Les auteurs que l’on accompagne proposent parfois des écritures très radicales. Je pense par exemple à Ouzoum que finit actuellement Denis Cointe : depuis la fenêtre d’une maison perdue dans la montagne, il filme en longs plans fixes une vallée des Pyrénées pour y convoquer ses fantômes. Un autre projet, Hôtel Echo d’Eléonor Gilbert est aussi une proposition formelle très forte : deux femmes guettent les départs de feux en Ardèche l’été. Cet espace permet à la réalisatrice d’évoquer une expérience de la violence conjugale. C’est un film très personnel qui réfléchit à la notion de vigilance. Un autre projet, Vert désert de François-Xavier Drouet sur l’industrialisation de la forêt, relève davantage de l’enquête et présente une facture plus classique. Trois films et trois écritures très différentes.
 

Vous produisez essentiellement du documentaire de création ?

Oui, mais on a aussi produit deux courts-métrages de fiction : Et que ça saute ! de Jeanne Delafosse – un essai critique et humoristique sur le capitalisme –  et Le Deuxième chemin de Diako Yazdani, sur le passage clandestin de la frontière entre l’Iran et l’Irak.
 

Initialement implanté à Angoulême, l’atelier documentaire a ensuite déménagé à Bordeaux. Pourquoi ce choix ?

À la fois pour des raisons personnelles - Fabrice est bordelais - et professionnelles. En 2010, la dynamique de soutien à la création cinéma et audiovisuelle était beaucoup plus intéressante en Aquitaine qu’elle ne l’était en Poitou-Charentes. À cette époque, la Région Poitou-Charentes soutenait des documentaires beaucoup plus formatés et uniquement destinés à la télévision. L’Aquitaine, au contraire, se situait davantage du côté de la création et nos films étaient plus facilement soutenus. Cette politique qui favorisait le documentaire de création a d’ailleurs attiré d’autres sociétés de production à Bordeaux. Elle nous a permis de nous développer et d’embaucher une salariée, Emeline Bonnardet, ce qui nous a libéré du temps pour travailler sur les films. En tant que réalisateur, je suis ainsi en train de monter un documentaire à partir de la parole de militantes algériennes filmées par le cinéaste Yann Le Masson en 1962, tout en continuant à produire les films des autres.
 

Quel est l’avantage de produire en région ?

On a une plus grande proximité avec les acteurs locaux. On a ainsi eu des films qui ont beaucoup circulé dans la région, notamment grâce à un accord avec le réseau des salles art et essai de Poitou-Charentes. On travaille aussi avec les associations, au coup par coup, selon les films. Produire en Nouvelle-Aquitaine, c’est aussi la chance de pouvoir non seulement tourner sur son territoire (nous avons produit des films tournés à Bordeaux, à Villeneuve-sur-Lot, au Cap Ferret…) mais aussi à l’étranger : en Iran, au Brésil, au Liban, au Canada ou en Allemagne... C’est important que les films soutenus en région ne se rattachent pas uniquement à l’histoire locale, mais offrent aussi une ouverture sur le monde.
 

Quelles ont été les dates qui ont marqué les dix ans d’existence de l’atelier documentaire ?

En 2007, on produit notre premier film, La cité des castors. En 2011, nous avons coproduit Fragments d’une révolution, un film anonyme. C’est un montage d’extraits des films amateurs qui circulaient sur internet au moment de la « Révolution Verte » en Iran. Le film a beaucoup circulé, il a décroché un prix au Cinéma du Réel et a permis de nous faire connaître. Et puis, en 2014, il y a eu Iranien de Mehran Tamadon qui a été sélectionné dans des festivals internationaux de premier rang et qui a très bien marché lors de sa sortie en salles et nous a offert encore plus de visibilité. Cette année, Madame Saïdi a gagné le grand prix France du festival de Brive.

 

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  • Films de l'atelier documentaire projetés lors du Mois du film documentaire
    Enfants de Beyrouth
    Bibliothèque Mériadeck - mardi 28 novembre 18h30
    En présence de la réalisatrice Sarah Srage

    Les Oiseaux de passage
    Cinéma Utopia - mardi 7 novembre 20h30

    Télécommande
    Bibliothèque Mériadeck - mardi 7 novembre 12h30

    Nous sommes vivants
    Projection en présence de la réalisatrice Pascale Hannoyer
    Bibliothèque du Granc Parc - mardi 14 novembre 18h00

    Madame Saïdi
    Projection en présence des réalisateurs Bijan Anquetil et Paul Costes
    Bibliothèque Mériadeck - mardi 21 novembre 18h30

    Le Terrain
    Projection en présence du réalisateur Bijan Anquetil
    Bibliothèque Mériadeck - mardi 21 novembre 12h30