Auteur aquitain

16 08 2017

L’accueil des réfugiés, un plaidoyer par le théâtre d’intervention

Propos recueillis par André Paillaugue


L’accueil des réfugiés, un plaidoyer par le théâtre d’intervention

DR

Entretien avec l’écrivain bordelais d’origine syrienne Abdulrahman Khallouf

Quel a été votre parcours avant et après votre départ de Syrie ?
 
Abdulrahman Khallouf : Ma famille est originaire de la ville portuaire de Tartu et je suis né à Damas. J’y ai fait des études à l’Institut supérieur d’arts dramatiques, tout en étant scénariste de télévision. La Syrie était un centre de production audiovisuelle pour le monde arabe, qui livrait des séries télévisées grand public. À la fin de mes études, j’ai présenté un texte de théâtre, Le repasseur. En me référant à Hamlet, j’avais travaillé sur les costumes, l’histoire des gens, les rapports entre chrétiens et musulmans… Puis j’ai travaillé comme journaliste de la presse écrite.
 
J’ai quitté la syrie en 2002, à l’arrivée au pouvoir de Bachar el-Assad. Je n’ai pas cru qu’il démocratiserait le régime instauré par son père. J’ai vécu un an à Paris, puis à Sète jusqu’en 2011, et depuis à Bordeaux. Ne parlant que l’anglais et l’arabe, j’ai dû apprendre le français. Au bout de 5 ans je traduisais de l’arabe en français. En 2011, j’ai commencé à traduire du français en arabe. J’ai traduit des poèmes, de la littérature, des textes de l’Internet. En 2011, s’est fait jour un grand besoin d’expression.
 
En relation avec le Printemps arabe ?
 
Oui. Au début, j’ai envisagé de rentrer en Syrie. Mais aux yeux du régime, ne pas prendre parti était déjà un motif d’accusation. Et dès le départ, les opposants étaient alliés avec des islamistes syriens et étrangers. En 2013, c’était la guerre civile sur fond de conflit entre Iran et Arabie Saoudite. J’ai fait de l’information culturelle sur le web à partir de la communication des réseaux sociaux. Puis j’ai participé à une conférence au département de littérature comparée de Bordeaux 3-Montaigne, sur les nouveux moyens d’information et d’expression du Printemps arabe. Aujourd’hui, la responsabilité de la parole est redevenue individuelle.
 
Quand vous êtes-vous engagé dans l’assistance aux demandeurs d’asile ?
 
En 2011, en tant que traducteur de témoignages, avec un intérêt pour les niveaux de langue, d’un point de vue politique et littéraire. On assistait alors en France à l’apparition de l’identité de réfugié syrien, et j’ai commencé à lier l’idée de création artistique aux problèmes de l’accueil des réfugiés. J’ai animé des ateliers théâtre avec des arrivants au centre social de Pessac-Saige.
 
Mon enracinement dans la langue française a peu à peu porté ses fruits. En 2017, j’ai publié un recueil de nouvelles aux Éditions Ici et là, Ne parle pas sur nous, Chroniques syriennes. Le personnage d’un enfant sert de fil conducteur, je montre la vie quotidienne sous un angle poétique et autobiographique. À 6 ans, lors du blocus durant la guerre Iran-Irak, j’ai travaillé comme vendeur des rues…
 
Et votre pièce de théâtre, Sous le pont ?
 
Le texte de la pièce, ainsi qu'une autre plus courte, Le gant, a été publié par les Éditions Moires en juillet 2017. Les dialogues reflètent l’incompréhension. Les paroles de réfugiés relèvent d’un récit où, à cause de la guerre, la limite entre la blessure personnelle et le drame collectif est devenue floue. Par rapport au public et à la population française, je crois beaucoup à un théâtre d’intervention, entre autre pour la prévention de la radicalisation des jeunes. Et jusqu’à présent, heureusement, jai été suivi : par le Rectorat de Bordeaux, les Éditions Moires, des théâtres, des structures d’accueil, y compris dans des quartiers très populaires.
 

>> Étranges rencontres sous un pont, le théâtre sur le thème de l’exil d’Abdulrahman Khallouf <<
 

Un problème de fond reste que l’Ofpra manque de moyens pour l’accueil, l’hébergement, la socialisation. Car dans un premier temps, les exilés fuyant la guerre n’ont pas encore de recul sur leur vécu traumatique et, souvent, doivent apprendre une nouvelle langue.

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  • Informations sur la pièce
    La pièce sera présentée du 27 au 29 septembre 2017 au Musée de l’Immigration, au Palais de la Porte Dorée à Paris, puis du 18 au 20 janvier 2018 au Carrefour-Colonne de Saint-Médard-en-Jalles, et au Théâtre d’Arles les 15 et 16 mars 2018.
    http://fab.festivalbordeaux.com/pont-amre-sawah-abdulrahman-khalouf-fab-on-tour/
                                        
    Le livret de la pièce a été sélectionné par le Rectorat de l’Académie de Bordeaux dans le cadre du programme « À la découverte des écritures contemporaines pour le théâtre » pour les lycées et collèges 2017/18.