Auteur aquitain

24 03 2016

Fred Léal et le vertige des sommets

Par André Paillaugue


Fred Léal et le vertige des sommets

Écrivain et médecin bordelais, Fred Léal a d’abord publié des ouvrages aux confins de la poésie contemporaine et de la fiction aux Éditions de l’Attente, à Bordeaux, à partir de 2000. Depuis 2002, il publie aux Éditions P.O.L tout en restant fidèle à L’Attente. Huitième titre parisien, le présent roman est une suite d’un autre de 2006, Un trou dans la brèche. Le récit, étayé comme le suivant par la recherche documentaire, avait des aspects très libres et jubilatoires tant sur le plan de la forme que des parti-pris énonciatifs. Il relatait une ascension du Mont Perdu, aux frontières orientales de la France et de l’Espagne, par un jeune homme de 19 ans et son oncle ne pouvant s’exprimer qu’au moyen de l’écrit ou de gestes et borborygmes en raison d’un récent AVC. Un premier épisode décrivait la rencontre entre le narrateur et une jeune touriste allemande, romance prenant des allures d’érotisme torride et de mémorables ratages en cascade. Via l’alibi d’un lien familial entre un ex-brigadiste girondin et l’épique tandem oncle-narrateur, le livre évoquait ensuite en des pages flamboyantes la guerre civile espagnole.
En 2015, l’argument initial consiste en une invitation flatteuse de la section toulousaine du Club Alpin français à refaire, en compagnie d’un groupe de randonneurs affiliés au club, l’ascension dépeinte dans le roman de 2006. L’humour noir inhérent à un ton oscillant entre tendresse, gravité et feinte désinvolture s’est accentué. La forme est devenue beaucoup plus minimaliste, le jeu sur la disposition des pavés de texte et la taille des polices de caractères produisant un net effet de bande dessinée sans images. Ceci renforce, paradoxalement, la cohésion d’une fiction faite de dialogues différés dans l’espace et le temps que mine un contrepoint narratif exsudant l’amertume et la révolte. À chaque page, rôde le constat désabusé de la solitude de l’écrivain. Au rythme d’une marche inexorable vers un épilogue fatal, la paranoïa en abîme du narrateur donne libre cours à une élégie satirique de portée multiple, critique sociale et subtilité esthétique s’y avérant indissociables. Le début du travail d’écriture pour l’ouvrage a eu lieu à New York en 2013, grâce à une bourse Stendhal du ministère des Affaires étrangères.
 
 

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  • Références du livre
    Mont-Perclus-Fred-Leal-2Le Mont Perclus de ma solitude
    Fred Léal
    Éditions P.O.L / www.pol-editeur.com
    21 x 16 cm ; 300 p. (non numérotées) ; 18 € ; Isbn : 978-2-8180-3766-9 ; nov. 2015