Entretiens > Au Chalet Mauriac 2017

27 11 2017

Fabrice Marache et les hussards noirs de la République au Chalet Mauriac

Propos recueillis par Laetitia Mikles


Fabrice Marache et les hussards noirs de la République au Chalet Mauriac

Photo : Élisabeth Roger / Écla

À l’occasion de sa première résidence d’écriture, le réalisateur et producteur Fabrice Marache travaille au Chalet Mauriac sur son quatrième film, Noirs les hussards. Le cofondateur de l'atelier documentaire évoque un sujet sociétal mais aussi profondément personnel.

 
Peux-tu nous parler du projet de film sur lequel tu travailles ?
 
C’est un documentaire qui va s’appeler Noirs les hussards. Je voudrais parler de l’Éducation nationale à travers le parcours de quelques « hussards de la République », de 1870 à nos jours, tous issus de la même famille, la mienne. Dans ma famille, on compte cinq générations d’instituteurs et professeurs. À travers leurs destins individuels, qui ont parfois un aspect presque romanesque, j’aimerais montrer comment, au-delà de la transmission des connaissances, ils ont pu accomplir des missions plus politiques, de manière plus ou moins consciente. Au début de la IIIème république, les hussards sont devenus de véritables propagandistes pour faire accepter l’idée même de république à toutes les provinces de France à une époque où les idées monarchiques ou impériales étaient encore très fortes, où l'influence de l'Eglise restait déterminante dans l'éducation. À l'étranger, les professeurs ont participé à la propagation de l’influence française dans tout l’Empire colonial. Aujourd’hui encore, en plus de la pratique d'enseignement, ils ont pour mission d’entretenir le « vivre ensemble ».
 

Où te situes-tu par rapport à ces cinq générations de profs ?
 
Ce sont tous mes ascendants directs et mon frère représente la dernière génération. Moi, j’ai rompu avec la tradition, même si je pense que faire des documentaires c’est aussi transmettre quelque chose. Tout a commencé avec le grand-père de mon grand-père qui était berger au fond de l’Ariège et qui est devenu instituteur. Je ne sais pas comment s'est opéré ce changement si radical. C’est une des choses que je tente de découvrir.

 

>> L’atelier documentaire a 10 ans : "Nous n’avons pas de ligne éditoriale" <<



 
Le film laissera une part à la mythologie familiale alors ?
 
Il y a une part fantasmatique, c’est vrai. Je m’appuie beaucoup sur des documents personnels, sur des photos de famille, des lettres, que je veux mettre en rapport avec des documents plus institutionnels : des cahiers de cours, des circulaires de l’époque.
 
 
Comment appréhendes-tu ton travail au Chalet Mauriac ?
 
Dans le cinéma, j'ai deux casquettes : je suis à la fois réalisateur et producteur. Le fait d’être au Chalet va me permettre de me consacrer entièrement à ce projet en tant qu’auteur. Je ne sais pas si c’est à cause de l’amplitude que prend ce projet, ou à cause du temps que je dois consacrer aux projets que je produis par ailleurs, mais je ressens réellement le besoin de m’immerger complètement dans Noirs les Hussards. C’est la première fois que je passe par une résidence d’écriture alors que j’ai déjà réalisé plusieurs films. Échanger avec les autres résidents sur les pratiques de chacun va sans doute aussi me renvoyer des questions en miroir.
 
 
Quel format envisages-tu pour ce documentaire ?
 
Je sens que la narration aura besoin de se développer sur un temps long mais je ne sais pas dans quelle économie le film va pouvoir être produit : en audiovisuel ou en long-métrage cinéma ? Même si TV7 et la Région Nouvelle-Aquitaine m’ont déjà accordé une aide à l’écriture sur ce projet, ça n’implique pas forcément un formatage d’emblée.

 

« Un film sociétal mais mon premier film véritablement personnel »


 
Que t’apporte cette double casquette de producteur et de réalisateur ?
 
J’ai l’impression que le fait de s’intéresser au travail d’autres auteurs en tant que producteur m’enrichit aussi en tant que réalisateur. Mais il est important que les places de chacun restent bien distinctes. Cette double casquette est directement liée à la création de l’atelier documentaire : au début, avec Raphaël Pillosio, on n’avait pas d’autres moyens de produire nos films que de créer notre propre société. C’est vrai qu’en étant producteur, cela laisse moins de temps pour les projets personnels, mais cela permet aussi de se faire une idée du chemin de production que va emprunter le film.
 
 
Noirs les hussards s’inscrit-il dans la continuité de tes précédents films ?
 
J’ai fait trois documentaires qui ont tous une problématique sociétale forte. La Cité des castors racontait l’histoire d’un mouvement d’autoconstruction au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’était une plongée dans le monde ouvrier pour parler de liberté par le logement. Naissance d’une mosquée donnait à voir la construction d’une mosquée qui assumait son esthétique dans une ville française. Et mon dernier film, La plage des Shadocks, relie question écologique et spéculation immobilière. La cité des castors est un travail sur l'archive et la mémoire, Naissance d'une mosquée est une enquête, alors que la plage des Shadoks est une fable absurde.
 
Noirs les hussards est aussi un film sociétal, mais ce sera mon premier film véritablement personnel dans le sens où il va me falloir affronter des enjeux intimes : comment filmer mon père par exemple ? Comment trouver la bonne distance ? Cela me renvoie à ma légitimité en tant que filmeur.
 
 
As-tu déjà des pistes en matière de mise en scène ?
 
Je sais que je vais devoir me mettre en scène. Je serai présent à l’image pour relier les témoignages et les situations. Je vais filmer la maison familiale que l'aïeul berger et instituteur a construite. En même temps, c’est encore un peu prématuré pour certifier des éléments de mise en scène. Je reste encore au stade de la recherche.
 

Tout afficher