Éditeur aquitain

16 08 2017

Étranges rencontres sous un pont, le théâtre sur le thème de l’exil d’Abdulrahman Khallouf

Par André Paillaugue


Étranges rencontres sous un pont, le théâtre sur le thème de l’exil d’Abdulrahman Khallouf

DR

Une récente parution des Éditions Moires, Sous le pont suivi de Le gant, offre à la lecture le texte de deux pièces de théâtre précédées d’une préface intitulée Avant-scène. Arrivé en France en 2002, notamment traducteur, A. Khallouf se consacre depuis 2011 à ses compatriotes exilés. À partir de 2015, il anime des ateliers de théâtre avec des réfugiés dans le cadre de l’association Syrie sans frontières.

La première pièce du recueil, Sous le pont, comprend sept personnages. Le demandeur d’asile se trouve sous un pont ferroviaire. Il est visité tour à tour par un Français très xénophobe, un clochard qui l’abreuve de vin rouge, un religieux musulman. Puis survient un immigré qui va l’aider à mettre au point un témoignage réclamé par l’Ofpra. L’intrigue, en elle-même pleine de surprises et rebondissements, joue sur l’insolite et l’humour noir. Mais la dramaturgie est portée aussi par une langue mêlant divers registres sans exclure ni l’argot, ni la langue familière. L’autre surprise, pourtant aussi logique que justifiée, est l’emploi de la langue arabe pour les répliques du personnage principal et de certains de ses interlocuteurs. Une traduction française est cependant présentée sur un écran publicitaire détourné de sa fonction initiale. Les effets de contrastes des cultures qui en résultent s’avèrent aptes tout autant à une catharsis qu’à des perspectives réflexives. Les points de vue du xénophobe, du SDF et du religieux révèlent les écarts de situations et les états d’esprits difficilement conciliables entre ceux du nouvel arrivant, nullement francophone, et de ses partenaires de rencontre. Pour l’élaboration d’un récit des raisons de l’exil en vue de la demande d’asile, elle évoque les ambiguïtés des mésaventures de chacun. On peut y lire en creux des raisons personnelles, et en quoi elles sont l’écho d’un drame collectif favorable aux anecdotes interchangeables, tant chacun a dû puiser dans son humanité face aux conditions vitales et politiques communes imposées par l’état de guerre syrien. En dernière partie, on trouve un dialogue mi-joyeux, mi-désabusé, entre l’auteur et le metteur en scène. C’est là en fait la responsabilité du travail culturel et artistique qui est soulignée.
 

>> L’accueil des réfugiés, un plaidoyer par le théâtre d’intervention <<


Le gant, texte plus court, évoque quant à lui sur le ton de la mélancolie la situation d’exil ­─ la séparation, le déchirement entre le désir d’un ici et celui d’un ailleurs perdu, celui d’un futur et la nostalgie d’un passé révolu. Le propos est exposé de façon d’autant plus convaincante qu’il se développe grâce au dialogue de deux personnages qui sont des artistes, l’un chanteur, l’autre pianiste. Ceci donne lieu au recours à un répertoire de chanson populaire, notamment autour de Pépé, de Léo Ferré, et à des bribes de récital pianistique… à une, deux ou trois mains, et non quatre. L’un des deux amis, manchot, se voit placé de ce fait sous le signe de Blaise Cendrars, le poète à la main coupée.

Tout afficher

  • Références du livre

    Sous le pont, suivi de Le gant

    Abdulrahman Khallouf
    Théâtre, Collection Nyx
    Les Éditions Moires - www.leseditionsmoires.fr      
    Livre publié avec le soutien du CNL.
    ISSN : 2498-3209 ISBN : 979-10-91998-30-7, 13 x 18 cm, 70 pages, 12

    L’ouvrage a été sélectionné par le Rectorat de l’Académie de Bordeaux dans le cadre du programme « À la découverte des écritures contemporaines pour le théâtre » pour les lycées et collèges 2017/18.
    Sous le pont a été créée in situ sous le pont de la ligne LGV à Cenon en octobre 2016 lors de la première édition du Festival International des Arts de Bordeaux Métropole, avec l’aide de l’ONDA (Office National de Diffusion Artistique), l’OARA (Office Artistique de la Région Nouvelle Aquitaine), le Fonds d’aide à la création et à l’innovation de la Ville de Bordeaux, la SNCF, le Carré-Colonnes et La Villette.