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04 09 2018

Esmael Monsef et la musique pour filmer la société iranienne

Propos recueillis par Guillaume Gonin


Esmael Monsef et la musique pour filmer la société iranienne

Photo : Aimée Ardouin / ALCA Nouvelle-Aquitaine

Au Chalet Mauriac en août, le réalisateur iranien Esmael Monsef y a travaillé l’écriture de son deuxième long métrage, Ayri Buynuz (La Corne). L’histoire d’un chanteur de funérailles qui n’arrive pas à devenir père et opte pour la vie en devenant chanteur de fêtes malgré les réticences de la société et de tout son entourage.

 
 
« Je me suis toujours demandé pourquoi mon pays cherchait son bonheur à travers les larmes et le deuil »… cette phrase est de vous. Pouvez-vous l’expliquer ?
 
C’est une phrase qui explique le choix de mon sujet. Je suis né en Iran, mais dans l’Azerbaïdjan iranien. C’est le nord de l’Iran. Des Turcs y vivent, parlant azéri. J’y suis né et mon oncle était « maddah ». Ils ont un rôle très spécial, ils chantent lors des funérailles. Je voulais faire un film sur ce rôle particulier. Je le tiens de mon oncle … J’ai commencé à écrire le script il y a deux ans. J’ai déjà écrit quatre versions ! Je continue d’écrire. Mon sujet principal est la dépression : j’ai été déprimé en écrivant et mes personnages dépriment dans mon histoire. Mais je veux la dépasser, passer de la dépression à la vie et au bonheur. Voilà mon sujet. Nous allons essayer de le tourner cette année.
 
 
S’agit-il de votre premier long métrage ?
 
Il s’agit de mon deuxième long métrage. Je l’ai tourné voici deux années. Mais nous ne l’avons pas projeté car il n’est pas terminé. Nous devons effectuer quelques changements musicaux.
 
 
En Azerbaïdjan iranien, vous souhaitez tourner votre film dans un village au fil des saisons, pour mieux montrer l’évolution émotionnelle des personnages …
 
Non, j’ai changé d’avis. Je ne tournerai qu’en hiver, dans la neige. J’ai besoin de tout ce blanc. Les personnages porteront des habits noirs. Ce sera un contraste de blancs et de noirs. Au fur et à mesure du film, je veux que le noir progresse vers le blanc.
 
 

"Je me suis dit que le sujet n’était pas suffisamment exploité dans un court métrage. Donc j’ai décidé d’en faire un long métrage, mais avec une histoire et des personnages différents."


 
Comme dans vos courts métrages, la musique occupera-t-elle une place primordiale ?
 
Mon troisième court métrage concernait un musicien folklorique d’Azerbaïdjan. Un « ashigh », issu d’une tradition de 1000 ans. Mon personnage voulait faire de la musique dans un village. Mais en arrivant, s’attendant à un mariage, il découvre un enterrement. Il s’est trompé. À la fin du film, il chante pour les funérailles. Comme un « maddah ». Je me suis dit que le sujet n’était pas suffisamment exploité dans un court métrage. Donc j’ai décidé d’en faire un long métrage, mais avec une histoire et des personnages différents.
 
 
Passer d’un court à un long métrage, est-ce simplement une question de travail supplémentaire ou bien est-ce une approche totalement différente ?
 
Pas totalement différente … Quand on veut réaliser un courtmétrage, on tourne quelques jours. Mais un long métrage, c’est une autre histoire. On tourne au moins 40 ou 50 jours. À cause de cela, c’est beaucoup plus dur. Je n’ai pas de producteur en Iran : mon producteur est français. Je veux être libre.
 
 
Avec un producteur iranien, vous seriez censuré ?
 
Oui, mais pas seulement. Je ne veux pas d’un producteur qui me dise « non », « tu devrais faire ceci différemment » … Alors, oui, c’est difficile d’être seul. Lors de mon premier long métrage, mon acteur principal est décédé après seulement 10 jours. Qu’allais-je devenir ? Comment sauver le film ? Mais c’est mieux d’être seul pour la liberté artistique.
 
 
Travaillez-vous avec des acteurs professionnels ou non-professionnels ?
 
Ils sont professionnels, mais de province, de petites villes. Ils font du théâtre et de la télévision locale.
 
 
Avez-vous apprécié votre séjour au Chalet Mauriac ?
 
Oh oui. C’était très agréable et calme. Il y a beaucoup de nature, j’apprécie cela. J’ai passé de bons moments ici. J’aimerais rester plus longtemps, mais je dois partir. C’est magnifique.
 
 
Le Chalet Mauriac a-t-il changé votre approche de votre travail ?

Changer ? Non. Mais plus que l’histoire, j’ai pu mieux développer mes personnages.
 
 
Avez-vous visité la région ?
 
Non, je suis resté à 100 mètres du chalet. J’aurais aimé me promener ailleurs, mais je pensais qu’en quittant ce lieu, mon esprit risquerait de s’évader… J’ai préféré rester ici. J’avais des amis, et de belles personnes.
 
 
Enfin, espérez-vous revenir ?
 
Oui, je l’espère. Mais je ne sais pas. C’était tellement agréable et bénéfique pour moi. Il faut que je revienne.

 

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