Films

20 11 2017

En Bataille, portrait d’une directrice de prison

Propos recueillis par Nicolas Rinaldi


En Bataille, portrait d’une directrice de prison

DR

Diffusé en Nouvelle-Aquitaine lors du Mois du film documentaire, En Bataille, portrait d’une directrice de prison raconte une profession tout autant qu’une vie de femme. Un équilibre que nous explique la réalisatrice Eve Duchemin.

 
Vous présentez lors du Mois du film documentaire En Bataille, portrait d’une directrice de prison. Pourquoi avoir choisi de s’intéresser à ce sujet et à cette femme ?
 
Le choix du portrait de Marie, et donc du film, n’est pas une décision prise en amont de manière abstraite mais résulte d’une rencontre. Dans ma démarche, je ne cherche pas à explorer d’abord un sujet en particulier mais plutôt à réaliser un film avec une personne qui me plaît. Ma rencontre avec Marie a ainsi été déterminante : cette jeune femme frêle, blonde, d’apparence hyper-fragile, en guerre à l’époque contre son responsable… Quand j’ai appris qu’elle était directrice d’une prison pour hommes, il m’a semblé évident qu’un jour, quand elle l’accepterait, j’allais la suivre.
 
 
Dans quelles circonstances s’est faite cette rencontre ?
 
Nous nous sommes rencontrées à l’occasion d’une fête organisée par un ami commun. C’est le fruit du hasard. Dans le documentaire, il est assez courant que le sujet naisse d’une rencontre fortuite. Pour ma part, c’est toujours le cas : quand je rencontre quelqu’un qui a quelque chose d’intéressant à partager, je me demande s’il est possible d’en faire un film. Encore faut-il que cette personne veuille bien participer au projet : l’idée reste de faire le film avec elle et non seulement sur elle.

 

"Faire le film avec elle et non seulement sur elle."

 
 
En Bataille, portrait d’une directrice de prison est un documentaire sur une profession mais aussi une vie de femme…
 
C’est toute la complexité du film, qui nous a d’ailleurs amenées à nous « bagarrer » pendant le montage. Les scènes prises avec les détenus sont émotionnellement fortes et prennent ainsi le pas sur le portrait de Marie. Quand elle rentre chez elle le soir, les détenus, eux, restent en prison. Je ne voulais pas faire un film sur la prison, montrant de fait une bourgeoise « libre » et des personnes incarcérées, mais bien l’histoire de Marie. Il fallait donc trouver un équilibre pour que le sujet soit respecté.
 
 
Vous décrivez également une femme dans un milieu d’hommes…
 
Oui, c’est une femme dans un milieu d’hommes. En même temps, le sexe importe peu : le sujet questionne la manière dont on affronte les problèmes, comment on s’adresse aux gens. Marie ne joue pas du tout sur la séduction avec les hommes qui l’entourent. Des hommes auraient pu se montrer fébriles devant des détenus alors que Marie trouve, à mon sens, une bonne distance avec eux.
 
 

"Marie avait très peur que je l’héroïse et montre ses failles."

 
 
La préparation de ce film a dû être particulièrement contraignante, ne serait-ce pour convaincre Marie d’être filmée et l’administration pénitentiaire d’autoriser le tournage…
 
Au moment des préparations du tournage, François Hollande venait de succéder à Nicolas Sarkozy. Cette alternance a grandement facilité l’accès de caméras dans les prisons, même si j’ai dû attendre plus d’un an avant de pouvoir m’y rendre. Si c’était avant tout une histoire de patience avec l’administration, le travail était bien plus complexe pour convaincre Marie de faire le film sur elle et surtout avec elle. Elle avait très peur que je l’héroïse et, paradoxalement, que je montre ses failles. Après de nombreux atermoiements deux mois avant finalement d’accepter, elle s’en est mordue les doigts lors du tournage. Non pas pour les prises en prison mais celles tournées chez elle, dans son intimité, là où sa carapace de directrice de prison peut s’effriter.
 

Marie se laissait-elle facilement filmer dans ces moments d’intimité ?
 
Ces moments tournés chez elle étaient également déconcertants pour moi. C’était la première fois que je filmais une personnalité représentant l’administration, un haut fonctionnaire habitué à maîtriser chacun de ses propos. Quand j’allumais la caméra les premiers jours de tournage, Marie conservait son attitude de directrice de prison. Tout l’enjeu pour moi était alors de retrouver et de filmer mon amie Marie. La vraie bataille était là,  je lui disais : « arrête de diriger mon film, dirige ta prison et fais-moi confiance ».

 

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