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22 09 2016

Dominique Bordes, Monsieur Toussaint Louverture

Propos recueillis par Julie Duquesne


Dominique Bordes, Monsieur Toussaint Louverture

Les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont apparu dans le paysage éditorial français il y a une dizaine d'années. Cette maison néo-aquitaine est désormais une voix incontournable sur les tables des librairies. Rencontre avec son créateur, Dominique Bordes.

Julie Duquesne – Tout d'abord, en préambule, peux-tu raconter la genèse des éditions Monsieur Toussaint Louverture ?
 
Dominique Bordes – Monsieur Toussaint Louverture est le fruit d'une longue réflexion. N'ayant aucune légitimité, je voulais exercer tous les métiers pour acquérir les compétences. De plus, je ne souhaitais pas de financement extérieur.
J'ai commencé par créer un site Internet en 2006, puis une revue littéraire avec de jeunes auteurs bordelais. J'ai travaillé ainsi pendant 2/3 ans au rythme d'une parution par an. J’ai obtenu une visibilité en librairie grâce au dépôt/vente ; il y avait une émulation autour de ces publications.
La maison a été dans un premier temps auto-diffusée et auto-distribuée. En 2011, j'ai confié la diffusion et la distribution à Harmonia Mundi qui m'a fait une belle place, qui m'a accordé confiance et considération.
 
J.D. – Tu maintiens, à rebours des usages, une petite production annuelle – 3 à 4 livres par an. Pourquoi ?
 
D.B. – C'est éco-responsable ! Je m'insurge contre l'incontinence éditoriale ! L'identité ne vient pas par la quantité, le surplus. Je veux m'occuper de chaque livre jusqu'au bout, chaque livre doit être le centre d'un projet. Les livres doivent être centrés en énergie, je me sens en ça proche de l'artiste ou de l'artisan.
 
J.D. – Quel est le modèle économique de ta structure ?
 
D.B. – Les éditions Monsieur Toussaint Louverture fonctionnent en autofinancement. Aucun livre n'est déficitaire, tous doivent s'équilibrer. Le but est de faire connaître et vendre tous les livres édités. Les livres que je fais doivent être vendus. Chaque livre est budgétisé de manière autonome, les charges structurelles pèsent sur chaque titre. En fonction, je peux augmenter le budget marketing, selon ce que j'attends d'un livre.
 
J.D. – Tu apportes autant de soin au contenant qu'au contenu, à l'objet livre qu'au texte, quel est ton rapport au livre ?
 
D.B. – C'est avant tout pour l'expérience de lecture qu'aura le lecteur, chaque livre doit être un prototype. Le livre est en avance sur le capitalisme, le livre doit toujours se vendre et apporter du plaisir. Une expérience complète de lecture est aussi sensorielle : le toucher, le poids, l'odeur, sont essentiels. Le livre a un impact physique sur le lecteur, cet impact créé le souvenir de lecture :   à l'éditeur de prendre en compte l'ergonomie et le cognitif.
 
J.D. – Comment effectues-tu tes choix éditoriaux ? Pourquoi trouve-t-on plus de littérature étrangère que française dans ton catalogue ?
 
LeDernierStade-Toussaint-LouvertureD.B. – J'ai commencé par publier de la littérature française, mais ne trouvant plus rien correspondant à mes choix, je me suis tourné vers la littérature étrangère, par dépit. Mes choix sont guidés par une curiosité obsessionnelle et systématique. Pour exemple, j'ai édité et publié Le dernier stade de la soif de Frederick Exley parce que la préface d'une des versions américaines de l'Infinie Comédie (D.F. Wallace) le citait et j'ai remonté le fil jusqu'à trouver ce texte, j'ai mené une enquête pour aller jusqu'au texte.
 
J.D. – L'an dernier tu as créé une collection « Les grands animaux » de format poche alors que tu as déjà par le passé cédé des droits à des maisons d'éditions de poche. Pourquoi ?
 
D.B. – La collection « Les grands animaux » est conçue pour héberger de grands textes, une collection économique sophistiquée, avec l’exigence de qualité de la Pléiade et les outils du poche, un étalon qualitatif. C'est une collection de format semi-poche pour rendre accessibles des grands textes, esthétiquement marquée.
Cela dit, les maisons d'édition de poche offrent une belle seconde vie.
 
J.D. – Alcoolique de Jonathan Ames est un roman graphique. De nouveaux territoires éditoriaux à explorer ?
 
D.B. – J'explore tous les territoires littéraires, je recherche une puissance littéraire, je souhaite qu'il y ait toujours un auteur derrière, qui transmet quelque chose, avec une écriture, quelle que soit la forme.
 
J.D. – Avoir eu deux très bonnes ventes comme Quelque fois j'ai une grande idée ou Karoo, cela te permet de mettre laKaroo-Toussaint-Louverture maison à l'abri ?
 
D.B. – Ces bonnes ventes me permettent de prendre plus de risques comme éditer et publier La maison dans laquelle. C'est un livre exceptionnel, une expérience puissante. Il faut admettre que la culture et les livres prennent du temps alors que le temps journalistique demande de l'immédiat. On confond vitesse de réussite et qualité.
 
J.D. – Tu es un des premiers (avec Benoît Virot) à avoir pensé les relations libraires, comment ? Pourquoi ?
 
D.B. – Je ne travaillais pas au départ avec la presse donc il fallait que je parle aux libraires. Il fallait que je dissocie le rapport commercial pour avoir un autre rapport avec les libraires. Il fallait séparer le rapport avec l'argent.
 
J.D. – Pour conclure, comment est née La Belle Colère cette maison créée avec Stephen Carrère ?
 
D.B. – J'avais dans mes tiroirs des textes, thématiquement géniaux, mais qui en termes de qualités littéraires ne correspondaient pas aux canons de Monsieur Toussaint Louverture. Stephen Carrère avait des textes similaires. L'idée de proposer des textes pour les adultes qui évoquaient l'adolescence a germé.
LaNuit-Toussaint-Louverture
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    Richard Adams
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    24 x 16 cm ; 544 p. ; 21,90 € ; Isbn : 979-10-90724-27-3 ; sept. 2016








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