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11 07 2019

"Devenir homme" selon Federico Montero

Propos recueillis par Cédric Lépine


Photos : Théo Rulin / ALCA Nouvelle-Aquitaine

Premier lauréat des résidences internationales cinéma d’ALCA, le réalisateur costaricien Federico Montero a travaillé à la Prévôté du 21 juin à ce 12 juillet son projet de long métrage questionnant le sujet de la masculinité, Us Men Die Sooner, présenté initialement lors du « Jump In » du Poitiers Film Festival.

 
Que raconte votre projet de premier long métrage et quels choix esthétiques avez-vous choisi pour le mettre en scène ?

Us Men Die Sooner est un projet de long métrage de fiction en phase d’écriture et de développement. C'est ma propre tentative de partager nos propres questions sur le thème de la masculinité et sur la manière dont nous apprenons à être un «homme» dans un contexte aberrant et dysfonctionnel. Je tiens également à montrer les blessures que les hommes traînent émotionnellement et psychologiquement tout au long de ce processus qui vise à faire d'eux des «hommes» dans un monde qui semble ne jamais mûrir.

Le film suit l'histoire de Felipe qui, confronté à la maladie de son père, retourne dans son environnement familial pour faire face extérieurement comme au plus profond de lui à tout ce qu'il a appris pour devenir un homme. Deux espaces que l’on pourrait qualifier d’incompatibles coexistent toujours dans l’expérience de la vie humaine : le monde intérieur, dans ce cas engourdi, de Felipe, et le monde extérieur, étonnant et grotesque, de son environnement familial. Felipe déteste tous les hommes et c’est pourquoi il se déteste lui-même. À partir de là, je propose de mettre en scène cette intimité qui le terrifie et qui constitue aussi sa zone de confort face à son environnement familial empreint de cynisme et d'irrationalité. Cet espace où il juge et observe les masculinités qui lui ont appris à être un homme, est en même temps un miroir de lui-même.


Qu'attendez-vous de ce film ?

Je souhaite montrer ouvertement les blessures de la masculinité qui vont du spectre de la douleur au dégoût à l'extérieur et à l'intérieur d'un personnage qui fuit la peur et la colère et mettre en perspective les dommages inconscients générés par les croyances et les comportements du fait d'«être un homme» envers les autres et envers soi-même. Ainsi j'espère pouvoir ouvrir la porte au pardon et générer de l'empathie envers nous-mêmes, afin d'ouvrir un débat sur les mêmes questions que je me suis posées à propos de ce que signifie "être un homme" à l'endroit et au moment où j'ai dû apprendre à l'être.
 
 

"Les images et les personnages voyagent avec moi tout le temps, la résidence a été le moment où j'ai pu confronter les images et le texte."

 

Comment s'est passée la résidence ?

Les premiers jours, j'ai ressenti les effets de l'isolement. Être dans un endroit où vous ne parlez pas ou ne comprenez pas bien la langue, où vous ne connaissez presque personne, vous conduit simplement à vous concentrer sur ce que vous êtes venu faire. Les images et les personnages voyagent avec moi tout le temps, la résidence a été le moment où j'ai pu confronter les images et le texte. J'essaie ainsi d'ouvrir de nouvelles possibilités pour rechercher un moyen plus clair de partager le message que je souhaite transmettre.













    
   
Comment s'est déroulée votre candidature à la résidence ?


C’est grâce à l’accord entre ALCA et le Poitiers Film Festival. Lors du dernier « Jump In » du festival de Poitiers, j'ai présenté mon idée de travailler sur ce sujet dans un pitch au sein d'un forum réunissant plusieurs producteurs et ALCA. L'appel a ensuite été ouvert et j'ai formalisé ma demande à la résidence.


Quel est l’intérêt de la proposition de résidence d'ALCA pour vous ?

Dans mon pays, il existe peu d’opportunités comme celle-ci pour pouvoir travailler sur un projet de film en développement. Je pense que le travail d'ALCA et des résidences internationales sont une grande opportunité pour les cinéastes de pays comme le mien où nous n'avons ni les espaces ni les ressources pour développer nos projets de cette manière.

Cette résidence d'ALCA m'a tout d'abord offert une chose très importante : un espace isolé pour me concentrer sur la rédaction du projet ainsi que le tutorat du scénariste français Michel Marx. De plus, elle me donne les ressources et un endroit très agréable et confortable pour travailler et vivre à Bordeaux pendant trois semaines !
 
 

"Ce que j'ai vu ici est un autre type de masculinité qui n'est pas si courant en Amérique latine, du moins au Costa Rica."

 

Pensez-vous que la ville de Bordeaux et la région peuvent avoir une influence sur le processus d'écriture de votre projet ?

C'est une histoire très personnelle et basée sur mes propres expériences, je pourrais dire que c'est un peu autobiographique. Ma vie a toujours été au Costa Rica et le film se déroule également dans ce contexte. Ce que j'ai vu ici est un autre type de masculinité qui n'est pas si courant en Amérique latine, du moins au Costa Rica. Je pourrais dire que c’est par l’intellect, au lieu de la force physique ou matérielle, que les hommes démontrent ce pouvoir avec leur savoir et leur langage. C’est peut-être mon interprétation mais c’est une idée que je trouve intéressante et qui peut constituer un élément important à prendre en compte dans le développement de l’un de mes personnages.


Quelle a été votre expérience du Poitiers Film Festival où votre court métrage Umbral était sélectionné ?

C'était beau, même si j'étais malade pendant tout le festival ! Cela a généré un très bon environnement et une connexion entre nous tous qui en faisions partie. J'ai rencontré des gens incroyables et, à la fin, j'ai été surpris de voir que mon court métrage Umbral avait remporté le Grand Prix. C'est un festival d'une authenticité et d'une honnêteté que j'apprécie toujours. Ce fut une excellente opportunité de partager un peu de moi et de ma pratique tout en recevant beaucoup des personnes avec lesquelles j'étais durant le festival.

 

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  • « Volverse hombre » según Federico Montero

    El primer ganador de las residencias internacionales de cine de ALCA, el director costarricense Federico Montero, trabajó en Prévôté del 21 de junio al 12 de julio, su proyecto de largometraje cuestionó el tema de la masculinidad, Us Men Die Sooner, presentado durante el « Jump In » del Poitiers Film Festival.

     
     
    ¿ Puede presentar su proyecto de largometraje ?
     
    Los Hombres morimos antes es un proyecto de largometraje de ficción en etapa de escritura y desarrollo. Es mi intento por compartir cuestionamientos propios acerca del tema de la masculinidad y las formas en que se aprende a ser ‘hombre’ un contexto aberrante y disfuncional, así también, mostrar esas heridas que arrastramos los hombres a nivel emocional y psicológico al atravesar el proceso de convertirnos en 'hombres' en un mundo que parece que nunca madura.

    La película cuenta la historia de Felipe quien ante la enfermedad de su padre vuelve a su entorno familiar a enfrentarse externa e internamente con todo aquello donde aprendió a ser hombre.
     
    La película contrapone dos espacios que se podría decir que son incompatibles pero que conviven siempre en la experiencia de vida humana: el mundo interno, en este caso entumecido, de Felipe, y el mundo externo, aturdidor y grotesco, de su entorno familiar. Felipe odia a todos los hombres y por eso se odia a sí mismo, y es desde ahí que parte la propuesta creativa : construyendo esa intimidad que le aterra y es a su vez su zona de confort, en contraste con su entorno familiar lleno de cinismo e irracionalidad, el cual es un espacio donde juzga y observa las masculinidades que le enseñaron a ser hombre pero que es a la vez un espejo de sí mismo.


    ¿ Cuales son sus esperas de la película ?
     
    Mostrar abiertamente las heridas de la masculinidad que van en el espectro del dolor al asco en el exterior y en el interior un personaje que huye del miedo y el enojo. El daño de forma inconsciente que generan las creencias y comportamientos de 'ser hombre' hacia los demás y hacia sí mismo. Abrir la puerta al perdón y a la empatía hacia nosotros mismos que en este caso, para mí ha sido esa solución. Espero lograr abrir un debate de los mismos cuestionamientos que me he hecho acerca de lo que significa "ser hombre" en el lugar y la época donde me tocó aprender a serlo.
     
     

    "Las imágenes y los personajes viajan conmigo todo el tiempo, la residencia ha sido el momento en que me enfrento con las imágenes y los textos."



    ¿ Como se pasa la residencia para usted ?
     
    Los primeros días sentí los efectos del 'aislamiento'. Estar en un lugar donde no hablás ni entendés bien el idioma, no conocés casi a nadie, no te queda más que enfocarte en lo que viniste hacer. Las imágenes y los personajes viajan conmigo todo el tiempo, la residencia ha sido el momento en que me enfrento con las imágenes y los textos e intento abrir nuevas posibilidades para buscar una forma más clara de contar y transmitir el mensaje que quiero dar.
     

    ¿ Como fue la selección a la residencia ?
     
    Esto fue gracias al convenio entre ALCA y el Poitiers Film Festival. Durante el pasado « Jump In » del festival de Poitiers, expuse mi idea de trabajar este tema en un pitch dentro de un foro donde estaban varios productores y ALCA. Ya después se abrió la convocatoria y formalicé mi aplicación a la residencia.


    ¿ Cual es el interes del trabajo del ALCA para usted ?
     
    En mi país son pocas las oportunidades como esta para poder trabajar en un proyecto cinematográfico en desarrollo. Creo que el trabajo de ALCA y las residencias internacionales es una gran oportunidad y un incentivo para realizadores de países como el mío donde no tenemos los espacios o los recursos para poder desarrollar nuestros proyectos de esta manera.

    ¿ Que le permite y ofrece la residencia ?
     
    Lo más importante es un espacio aislado para concentrarme en la escritura del proyecto y la tutoría del guionista francés Michel Marx. Además, me da los recursos y un lugar muy lindo y cómodo para trabajar y vivir en la ciudad de Bordeaux por tres semanas.
     
     

    "Lo que sí he visto acá es otro tipo de masculinidad que no es tan común en Latinoamérica, al menos en Costa Rica."

     

    ¿ Piensa que la ciudad de Bordeaux y la region pueden tener una influencia en el proceso creativo de su proyecto ?
     
    Es una historia muy personal y basada en mis propias experiencias, podría decir que es un poco autobiográfica. Mi vida ha sido siempre en Costa Rica y la película también se desarrolla en ese contexto. Lo que sí he visto acá es otro tipo de masculinidad que no es tan común en Latinoamérica, al menos en Costa Rica. Podría decir que es la intelectual, en vez de fuerza física o material, los hombres demuestran ese poder con su conocimiento y su lenguaje. Tal vez es interpretación mía, pero es una idea que me parece interesante y puede ser material importante para considerar en el desarrollo de uno de mis personajes.


    ¿ Como fue su participacción en el festival de Poitiers ?

    Fue preciosa, aunque pasé enfermo todo el festival. Se generó un ambiente y una conexión muy linda entre todos los que fuimos parte. Conocí gente increíble y al final me dio la sorpresa de que mi cortometraje Umbral había sido el ganador del Grand Prix. Es un Festival muy auténtico y esa honestidad la agradezco siempre. Fue una gran oportunidad para compartir un poco de mí y de lo que hago y también de recibir mucho de las personas con las que conviví durante el Festival.