Entretiens > À la Prévôté

03 01 2017

Des histoires au bout des doigts

Propos recueillis par Claire Couthenx


Des histoires au bout des doigts

Claudine Paquet – Crédit photo : Mélanie Gribinski/ Écla

Lorsque Claudine Paquet apprit qu’elle serait la prochaine auteure québécoise invitée pour la résidence croisée Aquitaine-Québec, elle fut littéralement folle de joie. Surtout qu’il s’agissait là de sa première résidence d’écriture en tant qu’écrivaine à temps plein. Rencontre avec une femme passionnée et pleine de vie.

Claudine Paquet, pétillante auteure habitante de la ville de Québec, a reçu la nouvelle de sa nomination à la résidence d’écriture comme une confirmation. Une confirmation de son choix de quitter son travail, il y a un an et demi, pour se consacrer pleinement à l’écriture. Elle qui fut thérapeute en rééducation physique durant trente-cinq ans auprès des personnes âgées, n’envisageait plus de rester éloignée de sa véritable passion pour la littérature. Une passion dans laquelle elle nage tout de même avec bonheur depuis l’âge de trente ans. Cette période de sa vie où elle a repris  des études en  littérature  et obtenu d’abord un certificat en création littéraire puis une maîtrise en littérature québécoise. Jonglant alors avec sa vie de famille, sa vie de mère de trois jeunes garçons, et sa vie professionnelle. Claudine Paquet mène ce projet haut la main, car après avoir obtenu sa maîtrise avec succès elle réussit à publier des ouvrages dès 2000. Depuis lors elle participe à la création littéraire de son pays avec toujours la même joie, elle est ainsi l’auteure de dix romans pour la jeunesse, d’un roman adulte, de quatre recueils de nouvelles et d’un récit sur le deuil sous la forme d’un abécédaire accompagné de photographies.
 
Paquet-Claudine-2Début septembre, elle a donc quitté sa ville de Québec pour Bordeaux, qu’elle connaissait déjà car un de ses fils y était venu faire ses études, dans l’intention de profiter pleinement de ces soixante jours entièrement consacrés à la création. Avec des valises pleines d’envies, une grande soif d’aventures, de découvertes, et de rencontres. Et pour elle pouvoir ainsi se plonger durant deux mois dans l’écriture, c’était « un peu magique car ici tout est concentré autour de l’art et de la création », elle ajoute que « c’est merveilleux, j’ai reçu cette nouvelle comme un cadeau. »
 
D’ailleurs elle a bien mis à profit sa résidence dans la maison de ville de la Prévôté qu’elle m’a fait visiter le soir de notre rencontre. Ce soir-là Claudine m’accueille et je me sens véritablement reçue par l’hôte de la maison ; il est palpable qu’elle y a passé un très bon séjour et que ce lieu sera partie intégrante de son univers. Et j’en ai la confirmation lorsqu’elle me montre le bureau. Rapidement devenu son bureau, où elle m’explique qu’elle adore travailler là avec la lumière du matin. On ressent le bonheur qu’elle a eu à écrire dans cette pièce. Elle a d’ailleurs terminé le premier jet du troisième volet des aventures de son jeune héros de douze ans, Hubert, qui parlera cette fois de l’adoption d’une petite Rwandaise par des personnes résidant à la ville de Québec. Le jour de notre rencontre Claudine m’a expliqué que l’histoire était bouclée mais encore un peu décousue. Il lui restait à remettre en place certains chapitres, à éliminer le superflu. Un travail plus éloigné du moment de création pure, mais qui lui paraît tout aussi essentiel, même si « il n’y a plus le fun du premier jet », dit-elle avec son charmant accent québécois. Dans ce roman il sera abordé la richesse que l’on peut trouver lorsque l’on s’ouvre aux autres, à des nouveaux arrivants. Mais sans utiliser de ton didactique, car elle fait partie de ces auteurs jeunesse qui ne sont pas des moralisateurs d’enfants. Sa technique d’écriture lui est bien propre car Claudine me raconte qu’elle écrit beaucoup à la main ses premiers jets, corrigeant ensuite sur l’ordinateur, ce qui lui prend un peu plus de temps qu’elle ne le souhaiterait. Elle avait d’ailleurs pensé profiter de la résidence pour changer cette habitude, mais apparemment cela reste trop ancré dans sa mécanique personnelle, car c’est bien la seule chose qu’elle n’a pas réussi lors de son séjour à Bordeaux.
 
Si ses matinées étaient bien remplies par la création artistique, Claudine Paquet n’a pas manqué de partir à la recherche de l’inspiration dans les multiples possibilités offertes par les alentours de son lieu de résidence. Dans les librairies aquitaines d’abord avec sa soirée d’accueil à la librairie de La Zone du dehors qu’elle qualifie d’ailleurs de « cute ». Elle a également partagé une voiture avec l’auteur Romuald Giulivo pour assister à une rencontre qu’il animait avec Marcus Malte  autour de son roman Le garçon (Prix Femina 2016) à la librairie Le Jardin des lettres d’Andernos. Un roman rédigé en partie dans l’autre résidence chapeautée par Écla au chalet Mauriac à Saint-Symphorien. Claudine a également adoré une soirée organisée à la librairie Comptines à Bordeaux où étaient présents Guillaume Guéraud et Jo Witek lisant leurs textes respectifs, tous les deux également anciens résidents au chalet de Sud-Gironde. Ce même chalet où Claudine a participé à une balade littéraire avec l’auteur Anne Duprez qui y animait une rencontre autour de son livre sur Claire Mauriac, la mère de François Mauriac.
 
Claudine fut également une des auteurs invités sur le stand de La Colline aux Livres, de Bergerac, lors du salon de Lire en Poche à Gradignan, où l’auteur québécoise a vendu avec succès certaines de ses autres séries, notamment celle entamée par Quelle vie de chat! (Éditions Pierre Tisseyre) qui parle d’un chat dégriffé qui se venge de ses propriétaires. Durant ce salon Claudine Paquet a aussi participé à une table ronde animée par Fred Ricou, du site Les Histoires sans Fins, avec les auteurs Valentine Goby et Insa Sané. Alors qu’elle participe à beaucoup de salons littéraires québécois, il s’agissait là de son premier salon en France et elle m’a confié qu’elle avait trouvé que c’était « un beau salon, et bien organisé ».
 
Claudine Paquet est également partie avec plaisir à la rencontre d’auteurs locaux en prenant une bière avec l’illustratrice Isabelle Merlet, ou encore une café avec l’auteur aux publications protéiformes,  Jean-Luc Coudray. Elle a aussi pu passer du temps avec l’auteur québécois Éric Plamondon, originaire de la même région que Claudine, qui s’est depuis quelques années installé sur Bordeaux. Des rencontres pour parler de leurs travaux, de leurs écrits, de leurs inspirations et de bien d’autres choses.
 
Amatrice de la création sous toutes ses formes, Claudine est également allé voir les concerts des artistes Daran, et Moran lors de leurs prestations à L’Inox (ex-Théâtre Onyx). Partie seule elle est revenue avec des contacts d’autres personnes assistant au concert, comme une jeune femme originaire de La Rochelle qui l’a invitée à venir voir sa ville et à visiter l’Île de Ré. Invitation qu’elle a acceptée pour ainsi faire une dernière belle balade en Nouvelle-Aquitaine avant de repartir vers Québec.
 
Claudine Paquet est véritablement une femme de contact qui aime être entourée, cela fait partie de ses sources d’inspiration. Ses proches d’ailleurs ne peuvent pas non plus se passer d’elle, car durant son séjour à la Prévôté elle a reçu la visite de son mari, qui en a profité pour terminer la partie espagnole de son chemin de Compostelle. Ainsi que la visite de sa petite sœur, venue encourager sur place le travail de sa grande sœur. Un clan familial fort venu la soutenir durant cette expérience hors du commun.
 
Claudine Paquet repart à Québec avec des envies plein la tête, et de nombreuses histoires au bout des doigts. Dont une – qu’elle aimerait voir publier en France – qui parle d’un petit garçon de cinq ans voulant semer la joie autour de lui. Une histoire autour des actes tout simples qui mettent l’entraide et la compassion au centre de nos vies. Éditeurs français surveillez bien vos boîtes aux lettres, si cette auteure à l’univers rempli de charme vient toquer à votre porte, elle ne vous laissera pas indifférente.
 
Claudine et moi nous nous quittons à deux pas de l’Hôtel de Ville et je comprends en la quittant que Claudine a voulu marquer la ville de Bordeaux, et la résidence de son empreinte à elle. Et lorsque sa photo viendra orner le mur de la résidence de la Prévôté aux côtés de ses nombreux prédécesseurs, vous pouvez être sûrs que cette photo montrera une femme au regard conquérant, rayonnante du bonheur d’avoir pu laisser s’exprimer pleinement toute sa créativité durant ce séjour qui restera à jamais gravé dans son parcours d’écrivaine.
Crédit photo : Mélanie Gribinski / Écla