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10 04 2017

Des films imaginés en noir et blanc

Propos recueillis par Nathalie André


Des films imaginés en noir et blanc

Nicolas Novak – Photo : Quitterie de Fommervault / Écla

Nicolas Novak est directeur de production à Paris, profession très chronophage s’il en est... Quand le temps et le financement le lui permettent, il fait ce qui lui tient à cœur : il tourne ses propres films. À 38 ans, il a réalisé quatre courts-métrages dont le dernier, Tapi dans l’ombre, tourné à Bordeaux, a été soutenu en 2015 par le CNC et la région Nouvelle-Aquitaine. Il est venu en résidence d’écriture cinématographique au chalet Mauriac du 28 mars au 3 avril 2017 pour travailler son premier long-métrage Les Sens Interdits (titre provisoire). Un temps court pour se mettre à l’épreuve, faire le point et le tri...

Nathalie André – Vous êtes, depuis plusieurs années, directeur de production, une sorte de chef d’orchestre dans le cinéma, et réalisateur de 4 courts métrages. Quel est de ses deux métiers celui qui vous a happé le premier ?
 
Nicolas Novak – Je navigue dans le cinéma depuis 15 ans et j’y ai appris plusieurs métiers. J’ai commencé à travailler dans ce milieu en faisant des stages dans des sociétés de production et ça a été ma première porte d’entrée. J’ai d’abord été assistant réalisateur et maintenant je suis essentiellement directeur de production. J’ai essayé de gagner de l’argent avant même d’essayer de faire des films. J’ai ensuite travaillé pour différentes sociétés de production qui, depuis, m’appellent selon les projets. J’ai pu financer mon premier film en 2004, Chaque chose à sa place (Les Films du requin). Il était en fait très peu financé mais il y avait de quoi tourner. Ensuite en 2010, j’ai autoproduit Sang d'encre et, en 2013, j’ai réalisé Entretien d’embauche avec très peu de financements mais avec un partenariat qui m’a permis de tester un prototype de caméra numérique française Aaton. Le dernier, Tapi dans l'ombre, a lui été financé en 2015, dans les règles, comme on dit, avec le CNC et la région Nouvelle-Aquitaine. Pour la première fois, je me sentais dans un système plus avantageux pour travailler. On a tourné à Bordeaux entre décembre 2014 et mars 2015.
 
C’était votre première collaboration avec la Nouvelle-Aquitaine ?
En fait j’y ai tourné plusieurs fois mais pas sur mes films, plutôt en tant qu’assistant réalisateur. C’est un endroit que j’aime beaucoup, je suis toujours content de revenir ici. Quand Tapi dans l’ombre est sorti, il a entre autre été programmé par l’équipe d’Écla, dans le cadre du festival Biarritz Amérique Latine1, ce qui m’a permis également d’envisager l’idée d’une résidence d’écriture pour ce projet.
 
L’écriture est venue dès le départ ?
Depuis l’adolescence j’ai toujours écrit. Je voulais faire du cinéma depuis très longtemps. À l’origine, je travaillais plus une écriture littéraire ce qui n’a aucun intérêt pour l’écriture d’un scénario. On y gomme justement tout le côté littéraire. C’est censé être un outil, une technique. Là j’essaie justement d’aborder l’écriture différemment cette fois, pour que ce soit plus agréable pour le lecteur et pour moi. En fait, je suis totalement chaotique sur les mécanismes d’écriture attendus et la méthode classique. Faire des traitements de plus en plus longs et les dialogues en dernier est une très bonne méthode, mais c’est une contrainte qui échappe à mon fonctionnement. Je procède plutôt par une prise de notes éparses qu’il me faut maintenant regrouper en faisant le tri des bonnes et mauvaises idées. C’est toujours un grand chantier. Cette première étape est très importante : être coupé de mon milieu professionnel, de Paris, du quotidien est vraiment bénéfique.
 
Que pouvez-vous nous dire de votre premier long-métrage ?
Comme je n’ai encore rien déposé, je peux juste donner une trame légère : c’est un cambrioleur de nuit qui tombe amoureux d’une femme, chez elle... Il serait dommage pour l’instant d’en dévoiler plus. En fait c’est un projet que j’ai écrit sous forme de nouvelle il y a très longtemps. Je m’y suis replongé de temps en temps, sans pouvoir avancer vraiment. Pourtant, il y a toujours eu dans cette nouvelle assez d’éléments pour faire un long-métrage. Je ne crois pas du tout qu’on fait des courts métrages comme des cartes de visite pour ensuite faire des longs. Je crois qu’il y a des films qui ont les durées qu’ils doivent avoir. Et puis les idées dont on n’arrive pas à se défaire et qui ont pris de l’emprise au fil des années, on se dit qu’il faut en faire quelque chose et qu’il faut s’en libérer aussi. Même s’il y en a parfois qui ne tiennent pas finalement, d’autres projets résistent... Alors quand ça résiste...
Ce que je peux dire en revanche c’est que je ne fais pas un cinéma très réaliste. Je me situe sur une des lignes du cinéma de poésie – je pense notamment à Georges Franju, Cocteau, le cinéma muet. Pour l’instant je n’ai imaginé ce projet qu’en noir et blanc et ça se passe en 2000. On se souvient tous de ce passage de 1999 à 2000, avec toutes les superstitions du moment. On pensait que le monde allait basculer et devenir totalement numérique... Ce qui m’intéresse c’est l’idée du passage et de la confrontation d’un monde ancien à un monde nouveau qui arrive.
 
Votre cinéma a quelque chose d’onirique en effet. J’ai également eu le sentiment que, parmi les lignes motrices de vos films, il y a toujours un personnage solitaire dont on ne sait rien mais qui doit faire face à un événement qui le sort de sa mécanique et l’oblige à sortir de son vide en somme...
Au fil des films, oui j’ai repéré ça : des personnages solitaires, un peu isolé qui observent le monde sans tout à fait y être ou y participer. Ce sont aussi des films sur la ville – je viens de la banlieue alors je parle de ce que je connais – et les histoires se déroulent souvent la nuit... D’ailleurs tous mes films ont été imaginés et écrits en noir et blanc. C’est sans doute culturel ou parce que j’ai une cinéphilie essentiellement en noir et blanc mais finalement, ils finissent à chaque fois en couleur. Sauf le dernier, Tapi dans l'ombre, qui est en noir et blanc. Je crois que c’est parce que le noir et blanc déréalise, désorganise et permet tout de suite d’être un tout petit peu à côté de la réalité... Ce qui me plaît bien pour tirer le fil... J’essaie aussi toujours de faire l’inverse du précédent d’un point de vue esthétique, stylistique... Mais tout est lié aussi à ce qu’on s’autorise à filmer. Pendant ces quelques jours au chalet, je me mets à l’essai pour voir. Et je reviendrais peut-être dans quelques mois en fonction de l’avancée de mon projet...
 
1. L’agence régionale Écla est partenaire du Festival Biarritz Amérique Latine et propose chaque année, hors compétition, un programme de quatre courts-métrages soutenus par la Région Nouvelle-Aquitaine (du 26 septembre au 2 octobre 2016). À consulter : http://ecla.aquitaine.fr/Agenda/Cinema-et-audiovisuel/Festival-de-Biarritz-Amerique-Latine
 

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